Si la chimie à façon d'Orrion Chemicals Orgaform (OCO) peut se targuer d'avoir définitivement pris le virage de l'économie circulaire, c'est parce qu'en septembre 2021, elle est devenue la pionnière mondiale du recyclage chimique des matelas mis au rebut, avec le lancement d'une unité capable de dépolymériser en polyols les mousses de polyuréthane (PU) les constituant. Le procédé à l'œuvre, dénommé « Renuva », met en jeu une réaction de dépolymérisation par dissolution, au moyen d'une glycolyse puis d'une aminolyse. « Avant, il existait bien une unité en Pologne, mais qui recyclait uniquement des chutes de mousses neuves à la découpe », précise Christian Siest, le président d'OCO. Pour l'instant, la capacité de traitement de l'unité s'élève à 200 000 matelas par an, ce qui représente un peu plus de 1 000 t/an de mousses de PU. Et l'un des challenges à relever, pour atteindre la pleine capacité, réside dans la gestion d'une matière première éminemment variable. Le procédé se doit donc d'être robuste, afin d'être capable de s'adapter à tous les types de mousses.
À présent, le chimiste américain Dow, qui se charge de la distribution du polyol recyclé d'OCO en Europe, ambitionne de démultiplier les clients. Ce qui nécessite de convaincre le marché – un processus de longue haleine, qui passe par de nombreuses visites de site pour parvenir à convaincre les sociétés du marché de l'ameublement. En outre, l'augmentation du nombre de clients va également impliquer d'agrandir l'unité. Pour ce faire, celle-ci a été conçue de manière à en doubler la capacité, le moment venu.
Une forte croissance attendue
« On sent qu'on se situe dans une phase d'accélération. L'objectif, derrière, c'est de construire neuf autres installations en France », révèle le président. Ainsi, alors qu'aujourd'hui, cette activité ne représente que quelques pourcentages du chiffre d'affaires d'OCO, la société compte sur cette croissance annoncée pour créer, à terme, une filiale spécialisée, dédiée à la gestion de ce futur réseau français d'unités de recyclage chimique.
Et au président d'ajouter qu'« OCO n'a pas l'intention de s'arrêter à la France, dont la principale force réside dans le fait que ce soit le seul pays au monde où existe une filière de collecte des matelas usagés ». En effet, en amont du processus de recyclage, existe en France l'éco-organisme Ecomaison (ex-Eco-mobilier) qui se charge de ladite collecte, ainsi que du démantèlement (séparation PU/latex/ressort, etc.) des matelas, pour en faire des « balles de mousses de PU », prêtes à être dépolymérisées.
« Actuellement, d'autres pays mettent en place des systèmes similaires en Europe. Une forte croissance est donc attendue », fait-il savoir. Et en termes d'applications finales, OCO ne recycle, pour l'instant, que la mousse de PU issue des matelas. À l'avenir, en plus de cette expansion à l'international, d'autres produits finis constitués de cette mousse pourront être ciblés.



