Reportage

Orrion et Dow ouvrent la première usine de recyclage de matelas au monde

En octobre dernier, Orrion Chemicals Orgaform (OCO) organisait une visite de presse dans sa nouvelle unité de recyclage de matelas, une semaine après son inauguration officielle. Retour sur cette première mondiale.

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Dow/OCO
Dow/OCO

Située à Semoy (Loiret), la première usine de recyclage de matelas au monde est le fruit de la collaboration entre Dow Polyurethane, Orrion Chemicals Orgaform (OCO) et Éco-mobilier, éco-organisme en charge de la filière française de collecte et recyclage des matelas. Elle appartient au programme Renuva de Dow qui vise à recycler les matelas en polyuréthane (PU) en fin de vie, afin de récupérer la fraction polyols. Le gisement est colossal, puisque 30 millions de matelas sont jetés chaque année en Europe, dont 5 millions en France. Ils finissent pour la plupart dans des décharges où ils sont incinérés. L’usine a nécessité près de 3 millions d’euros d’investissements, provenant du privé et du public (Ademe, région, Dow, Eco-mobilier..).

Sous le soleil d’octobre, nous commençons la visite dans le hangar de récupération de matelas, alimenté par Éco-mobilier. « Les mousses sont introduites dans la déchiqueteuse pour être réduites en morceaux de 2 cm. Ces derniers sont ensuite acheminés dans des silos de stockage via un processus pneumatique », commente Christian Siest président d’OCO. Un mélange réactionnel composé de polyols provenant des usines de Dow au Pays-Bas, de réactifs et de catalyseurs - en proportions secrètes - est introduit dans le réacteur de 8 m3. « La mousse est petit à petit incorporée dans le réacteur. Il est chauffé à 200°C, ce qui permet d’éliminer les bactéries », précise Christian Siest. Une fois la réaction terminée, le mélange est filtré. On recueille alors un polyol couleur rouille qui sera stocké dans de grands silos et tempéré à 20°C pour le maintenir à l’état liquide. Les polyols peuvent ainsi être livrés directement aux clients du groupe. « Notre premier client est Vita Group, une société britannique spécialisée dans la formulation. C’est elle qui mélange les polyols issus du procédé Renuva, des isocyanates et les additifs pour obtenir les mousses de polyuréthane, vendues ensuite aux fabricants de matelas », ajoute le président d’OCO. Le consommateur pourra ainsi acheter des matelas avec une proportion de polyuréthane recyclé allant de 20 % à 30 %.

Lorsque l’usine aura atteint sa capacité maximale en janvier 2022, elle sera capable de traiter près de 200 000 matelas, soit 1 200 tonnes par an. D’après Christian Siest, « l’usine a été conçue de manière à pouvoir doubler sa capacité dès l’année prochaine. OCO envisage d’ailleurs de créer 10 unités supplémentaires partout en France ».

Une démarche pour limiter l’impact sur l’environnement

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Si le programme Renuva s’inscrit déjà dans une démarche d’économie circulaire, les partenaires veulent aller plus loin encore. Au tout début de la chaîne, les matelas sont compactés pour prendre le moins de place possible dans les camions. Lors du procédé, « nous récupérons les gaz émis lors de la réaction. Ils sont brûlés dans un incinérateur sur place afin de réduire la présence de composés organiques volatils (COV) et limiter leur impact sur l’environnement », déclare le président d’OCO. Pour l’instant, les volumes ne sont pas suffisants pour être revalorisés énergétiquement, mais l’entreprise réfléchit à cette option. Cet incinérateur a donc recours au gaz naturel pour maintenir une température constante. Dernier exemple, OCO a mis en place un système de refroidissement des installations à deux niveaux. « Un des réseaux de froid est limité à 30°C pour ne pas dépenser d’énergie, l’autre est plus froid » ajoute Christian Siest, sans vouloir en préciser la température exacte.

De manière plus globale, Dow a réalisé une analyse de cycle de vie (ACV) sur l’ensemble du procédé Renuva. « Notre ACV a été réalisée en suivant les normes Iso et elle est certifiée par un auditeur externe. « Elle a montré que le recyclage chimique des mousses en PU permet d’éviter 30 % d’émissions de CO2 par rapport à la production classique de polyols », précise Marie Buy, responsable du développement durable chez Dow.

Et cerise sur le gâteau, Orrion favorise la biodiversité avec la présence sur son site de ruches, qui produisent chaque année plusieurs kilos de miel.

Pérenniser la filière de recyclage

Le programme Renuva et la construction de cette usine n’auraient pas été possibles sans une filière de collecte et de tri. « Il était plus facile d’implanter une telle usine en France car il existe déjà une filière de récupération grâce à l’écoparticipation. Aucun autre pays ne possède de telles mesures », dévoile Dominique Mignon, présidente d’Éco-mobilier. En effet, une écoparticipation est ajoutée au prix des meubles neufs lors de leur achat. En 2019, cela avait généré plus de 175 millions d’euros de contributions. D’autant plus que, dès janvier 2022, et dans le cadre de la loi Agec, les distributeurs se verront obligés de proposer une reprise des meubles usagés des clients et ne pourront plus éliminer les invendus. « Ces nouvelles mesures vont permettre d’avoir un arrivage régulier de nouveaux matelas à recycler », commente Dominique Mignon. Mais il reste de nombreux gisements de mousses polyuréthanes à exploiter. « Il existe, en effet, toutes les mousses des sièges automobiles, des fauteuils et canapés. Ces produits sont plus difficiles à démanteler que des matelas, mais nous y travaillons », assure-t-elle.

OCO en bref
  • Localisation : Semoy, Loiret
  • Activité principale : recyclage des mousses polyuréthanes
  • Marché ciblé : literie
  • Nombre de collaborateurs : 50
  • Chiffre d’affaires : environ 11,3 millions d’euros en 2020
  • Création : en 2010

Éco-mobilier développe la filière de récupération des vieux meubles

Éco-mobilier est un éco-organisme agréé par les pouvoirs publics français. Depuis sa création en 2011, il prend en charge la collecte, le tri, le recyclage, la valorisation énergétique et la réutilisation des meubles et matelas usagés sur l’ensemble du territoire. L’organisme possède près de 5000 points de collecte en France mais aussi 200 centres de tri pour les matelas. « Ils sont ensuite envoyés dans sept unités qui les démantèlent et isolent les mousses de polyuréthane. Les mousses sont ensuite envoyées à des entreprises de recyclage mécanique pour être broyées et décompressées ou des usines de recyclage chimique comme OCO », précise Dominique Mignon. « Nous cherchons à obtenir des qualités de mousse constantes en ayant une traçabilité des matelas que nous récupérons », ajoute-t-elle.

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