Il n’y a pas que les centrales nucléaires d’EDF qui vieillissent mal et rencontrent des problèmes de corrosion de leurs canalisations. Les installations d’Orano à la Hague (Manche), où sont recyclés les combustibles usés, font elles aussi l’objet d’un grand carénage, sous le contrôle de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN). L’industriel, qui y a investi 450 millions d’euros en 2023, envisageait déjà d’au moins doubler ses investissements d’ici à 2030 pour pérenniser le site jusqu’en 2040, notamment en continuant d’étendre les zones d’entreposage des déchets ultimes devant aller à Cigéo. Mais l’entretien des plus vielles installations laisserait à désirer.
Le 20 juin, l’ASN a annoncé avoir mis en demeure Orano Recyclage de se conformer aux dispositions réglementaires visant à restaurer l’état des installations du barrage des Moulinets, lequel assure l’approvisionnement en eau du site de La Hague.
Implanté en bordure de mer, cet ouvrage a été mis en eau en 1965. Il permet l’approvisionnement en eau de l’établissement, en lien avec les bassins de récupération des eaux situés sur le site. L’ouvrage doit également assurer la disponibilité d’un volume d’eau brute minimal de 250 000 m3 pour les situations accidentelles extrêmes, prises en compte dans le cadre du retour d’expérience de l’accident de Fukushima.
Une fuite détectée mais non réparée
Le volume de retenue est d’environ 416 000 m3. L’eau en est évacuée par trois prises situées à différentes hauteurs, suivies de canalisations transitant dans une galerie sous-barrage. Deux canalisations permettent la remontée d’eau vers le site et la troisième permet la vidange de fond. Lors de contrôles obligatoires, Orano a constaté une perte d’épaisseur significative de ces canalisations qui, si elles se rompaient, conduiraient «à l’apparition de chemins préférentiels d’eau dans le corps de l’ouvrage ou à la vidange partielle ou intégrale de la retenue», écrit l’ASN. En clair, des installations seraient inondées, et l’ouvrage n’assurerait plus son rôle de sûreté.
Or, en février 2024, venant inspecter les travaux de restauration prévus par Orano, les inspecteurs ont identifié qu’il existait déjà une fuite, connue de l'industriel. Et donc que les mesures prévues par l’exploitant devaient être revues et les travaux accélérés. Orano a programmé de nouvelles investigations et proposé un nouveau plan d’action. Pour éviter des retards, l’ASN a décidé «d’encadrer les délais de remise en état de l’installation par une mise en demeure».



