Pour surfer sur le renouveau du nucléaire civil dans le monde, Orano multiplie les grands projets. Le géant français du cycle du combustible nucléaire – qui a déjà investi 1,7 milliard d’euros fin 2023 pour augmenter les capacités d’enrichissement de son usine Georges Besse 2 au Tricastin (Vaucluse) – a officialisé mercredi 4 septembre considérer sérieusement la construction d'un outil industriel similaire dans l’Etat du Tennessee, aux Etats-Unis.
Le site identifié se situe à Oak Ridge, un lieu historique de l’atome où Orano a trouvé un «accueil chaleureux [...] et une communauté établie de l’énergie nucléaire» ainsi qu’un accès à suffisamment d’électricité pour ses besoins, décrit Jean-Luc Palayer, président directeur général d’Orano USA, dans un communiqué de presse.
«Nous nous préparons déjà à franchir les prochaines étapes nécessaires, notamment l'obtention du soutien fédéral disponible et d’engagements des clients, ainsi que l'obtention d'une licence de la NRC [l’autorité de sûreté fédérale des Etats-Unis pour le nucléaire] et l'approbation du conseil d'administration d'Orano», écrit encore le cadre dirigeant. Une décision finale d’investissement est attendue autour de la fin de l'année 2025.
Aides massives du gouvernement Biden
L’enrichissement est une étape cruciale et très surveillée, en raison des risques de prolifération qu'elle entraîne, du cycle du combustible nucléaire. Elle consiste à faire passer l’uranium naturel dans une série de centrifugeuses ultra-rapides afin de l’enrichir en isotopes d’uranium fissiles, ce qui le rend utilisable dans la plupart des réacteurs nucléaires. Cette annonce d’Orano intervient après la signature par le président Joe Biden d'un texte législatif qui ambitionne de permettre aux Etats-Unis de cesser d'être dépendants de la production de la Russie, visée par une cascade de sanctions depuis qu'elle a envahi le territoire ukrainien. Les opérateurs des 94 réacteurs nucléaires dans le pays doivent notamment se sevrer d’uranium enrichi russe à partir de 2028, prévoit Washington.

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Le Département de l’énergie américain a lancé en juin un appel à propositions, financé à hauteur de 2,7 milliards de dollars, pour construire des capacités d’enrichissement aux Etats-Unis. C’est dans ce cadre qu’intervient le projet d’Orano, qui a aussi répondu à des appels à projets portant sur un type de combustible un peu plus enrichi (ou Haleu, qui sert notamment dans les concepts de petits réacteurs modulaires) et sa déconversion de l’uranium. «Le projet est modulaire, il s’agira de répondre aux demandes des clients et la décision d’investissement n’est pas encore prise», précise un porte-parole de l’entreprise au téléphone.
Orano est déjà bien implanté en Amérique du Nord via l’exploitation de grandes mines d’uranium au Canada, en partenariat avec le géant Cameco. A la fin des années 2000, l'ex-Areva avait déjà envisagé un projet d’enrichissement dans l’Idaho, baptisé Eagle Rock, avant de le suspendre en raison des surcapacités consécutives à l'accident de Fukushima, en 2011. Aujourd’hui, Orano revendique 12% de la capacité d'enrichissement d'uranium au niveau mondial, contre 43% pour la filiale de Rosatom, Tenex, et 31% pour le groupement européen Urenco (avec qui Orano partage sa technologie de centrifugeuses via une coentreprise).
Le champion français n’est pas seul à vouloir profiter de la manne proposée par le gouvernement américain pour les investissements industriels. De nombreux petits opérateurs miniers relancent des projets d’extraction d'uranium dans le pays, dont la production était tombée à près de zéro en 2020, pour répondre à la demande mondiale. Du côté de l’enrichissement, l’entreprise Centrus Energy a ouvert en 2023 une petite usine de combustible Haleu dans l’Ohio. Global Laser Enrichment, filiale du canadien Cameco, et Urenco considèrent aussi des projets.



