Onepoint ne se laisse pas décourager. Le cabinet de conseil en transformation numérique, créé en 2002 par David Layani, confirme sa volonté de racheter les activités digital, big data et sécurité d’Atos, et ce malgré le rejet de son offre à 4,2 milliards d’euros par le conseil d’administration du groupe français de services du numérique, le 27 septembre. Son offre surprend par son audace. Onepoint fait figure de nain en comparaison avec la cible. Il compte 3 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros en 2021, contre 59 000 salariés et un chiffre d'affaires de 4,9 milliards d’euros en 2021 pour les activités d’Atos qu’il cherche à avaler.
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David Layani a fait des acquisitions un axe majeur de la croissance de son entreprise. Au cours des dix dernières années, il a mené une dizaine d’opérations et pris une participation majoritaire dans la start-up Trixir. De quoi afficher une croissance moyenne de 35 % par an. Mais sa société reste cantonnée à des contrats de 100 à 150 millions d’euros. Son ambition est de changer d’échelle pour traiter des contrats de plusieurs centaines de millions d’euros. Il voit les activités digital, big data et sécurité d’Atos comme la cible idéale pour réaliser son rêve.
Un an à gagner sur le plan stratégique d'Atos
Plombé par son activité historique d’infogérance, Atos se débat depuis deux ans dans toutes sortes des difficultés. Pour sortir la tête de l’eau, le groupe a annoncé en juin son intention de scinder les activités digital, big data et sécurité au sein d’une société indépendante baptisée Evidian. La finalisation de ce plan est prévue au troisième trimestre 2023. Evidian serait alors cotée séparément en Bourse. Environ 70 % de son capital serait distribué aux actionnaires actuels d’Atos. Les 30 % restants seraient monétisés par Atos pour financer la transformation de son activité résiduelle d’infogérance, baptisée Tech Foundations.
Pour David Layani, la voie est alors ouverte pour lancer son offre. Il met sur la table 4,2 milliards d’euros en numéraire. De quoi offrir à Atos les moyens de gagner un an sur le calendrier de son plan stratégique et disposer tout de suite de fonds pour entamer la transformation de son activité d’infogérance. L’opération lui éviterait dans le même temps le coût d’introduction en Bourse d’Evidian. Et cerise sur le gâteau, le fondateur de Onepoint lui propose de détenir jusqu’à 30 % du capital du futur ensemble.
Messages de soutien de salariés
Pour financer la transaction, Onepoint prévoit une augmentation du capital de 2 milliards d’euros et a obtenu l’engagement du fonds d’investissement britannique ICG d’y souscrire. Le reste devrait être financé par emprunt. David Layani garderait la majorité de contrôle du futur ensemble. Il défend son offre comme un projet industriel visant à créer un champion français d’envergure mondiale de plus de 62 000 personnes et 5,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, capable de rivaliser avec des groupes étrangers comme l’américain Accenture et le britannique BCG. Et fait miroiter l’objectif de doubler le chiffre d’affaires du futur ensemble à plus de 10 milliards d’euros en cinq ans grâce à son modèle d’hypercroissance qui a fait ses preuves au cours des dix dernières années. Il martèle que ce rapprochement est dans l’intérêt de toutes les parties (clients, salariés, créanciers, partenaires, etc.) et affirme ne pas compter les messages de soutien de clients et salariés à son projet.
Contrairement à l’infogérance, vue comme une activité du passé, Evidian incarne l’avenir avec des activités de services porteuses dans le numérique. Elle changerait le visage de Onepoint en lui donnant des dimensions technologique et industrielle avec la présence dans les modules matériels de sécurité, les serveurs à hautes performances, les supercalculateurs et le calcul quantique, et une usine à Angers. David Layani s'engage à préserver ces activités à forts enjeux de souveraineté avec un plan d’investissement d’environ 1 milliard d’euros en quatre ans.
Vers une guerre de surenchères?
L’offre de Onepoint pourrait pousser d’autres prétendants à se positionner. Car les activités d’Evidian étaient déjà convoitées, du moins en partie, par des groupes français de poids comme Thales, Orange et Airbus. Onepoint a-t-il les reins assez solides pour se livrer à une guerre d’enchères ? Les autres prétendants potentiels ont l’avantage d’avoir un profil technologique proche de celui d’Evidian. Ce qui se passe aujourd’hui autour d’Evidian rappelle l’épisode autour de Gemalto en 2017. Atos a voulu racheter Gemalto. Et c’est Thales, appelé à jouer le rôle de chevalier blanc, qui a remporté la partie. La seule différence est qu’Evidian n’est pas encore coté en Bourse. Sans la bénédiction du conseil d’administration, Onepoint ne peut pas aller au bout de son opération.



