Atos, un poids lourd de la cybersécurité tricolore qui suscite les convoitises

Le groupe de services informatiques Atos dément vouloir mettre en vente son activité de cybersécurité. Avec 6000 experts dans le domaine, des positions fortes sur le marché français et international et une stratégie d’acquisition de technologies offensive, il compte parmi les leaders français du domaine.

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. Le groupe dispose de 15 SOC (Security Operations Centers), soit des centres capables de réagir en cas de cyberattaques sur les réseaux de ses clients fonctionnant 24h/24 et 7j/7.
Aux Pays-Bas, Atos dispose d’experts capables de réagir 24h/24 et 7j/7 en cas de cyberattaques sur les réseaux de ses clients. Le groupe compte 15 centres de ce type à travers le monde.

Atos va-t-il se défaire de son activité de cybersécurité ? Non, a affirmé le groupe de services informatiques dans une mise au point faite au début du mois. Le groupe réagissait à une dépêche de l’agence Reuters évoquant un possible rachat de ses actifs dans la cybersécurité par Thales pour environ 2,6 milliards d’euros. Dans la foulée, le groupe d’électronique et de défense soulignait qu’aucune discussion n’était en cours avec Atos à ce sujet…mais qu’il restait potentiellement intéressé par tout actif de cybersécurité disponible à la vente.

Le portefeuille d’activités en cybersécurité du groupe Atos a largement de quoi susciter les convoitises. Et pas uniquement auprès de Thales mais de tous les acteurs qui souhaitent se développer ou se renforcer sur ce segment. Et ils sont nombreux : Orange Cyberdefense, Airbus Defence and Space, Capgemini…

Positionné sur un marché en forte croissance

Mais à l’heure où toutes les entreprises du globe craignent de voir leurs activités bloquées par un ransomware, le nouveau patron d’Atos, Rodolphe Belmer, arrivé en janvier dernier, a de solides raisons de maintenir son groupe dans le business de la cybersécurité. En France, le marché de la cybersécurité a crû de plus de 10% entre 2019 et 2020 et s’établit à 8,3 milliards d’euros (source Observatoire de la filière de la confiance numérique, 2021). La vente de services (4 milliards) pèse quasiment autant que les ventes de produits et de logiciels (4,3 milliards). Et comme le rythme des cyberattaques s’accélère, les perspectives sont prometteuses et en plus soutenues par des initiatives publiques. Ainsi le grand plan national annoncé par Emmanuel Macron en février 2021 prévoit de multiplier par 3,5 le chiffre d’affaires de la filière de la cybersécurité pour le porter à 25 milliards d’euros en 2025.   

Sur ce marché en forte croissance, Atos dispose de positions extrêmement fortes.  Le groupe de services est classé au troisième rang du marché français de la confiance numérique avec un chiffre d’affaires estimé à 420 millions d’euros dans le domaine de la cybersécurité et de la sécurité numérique (source Observatoire de la filière de la confiance numérique, 2021). Seuls Thales (1,6 milliard) et Airbus Defence&Space (520 millions) font mieux. Au niveau mondial, Atos serait le quatrième plus gros acteur français avec un chiffre d’affaires estimé à plus d’un milliard d’euros dans le segment de la confiance numérique.

Des bataillons d'experts

Pour atteindre ces positions, Atos souligne disposer d’environ 6000 spécialistes en cybersécurité soit un peu moins de 6% de son effectif total de 105 000 salariés. Ces experts lui permettent d’intervenir dans de nombreux champs de la cyber (identification et gouvernance des risques, protection des données, chiffrement réseau, investigation numérique, stockage sécurisé…). A titre de comparaison, Thales souligne disposer de plus de 3000 ingénieurs dédiés cyber et protection des systèmes d’information. Ces bataillons d’experts font la force de ces groupes, à l’heure où les grands fournisseurs s’arrachent ces compétences rares sur le marché de l’emploi.

Atos peut faire aussi valoir sa puissance dans le domaine des services. Le groupe dispose de 15 SOC (Security Operations Centers), soit des centres capables de réagir en cas de cyberattaques sur les réseaux de ses clients, fonctionnant 24h/24 et 7j/7.

Par ailleurs, le groupe de services renforce continument son portefeuille de technologies de cybersécurité avec une des stratégies d’acquisition les plus agressives du marché. Ces dernières années, il a renforcé ses capacités grâce à plusieurs acquisitions en France mais aussi à l’étranger, notamment celles de Paladion (Etats-Unis), SEC Consult (Autriche) et digital.security (France). Avant cela, d’autres sociétés étaient tombées dans son escarcelle : Trustway (chiffrement des données), IDnomic (identité sécurisée), Evidian (gestion des accès)…

L'atout quantique

Mais l’atout le plus prometteur et différentiant d’Atos est peut-être encore ailleurs : son expertise dans les technologies quantiques. Au même titre que l’intelligence artificielle, les spécialistes s’accordent pour dire que ces technologies seront indissociables du futur de la cybersécurité. Grâce à leur capacité à résoudre des problèmes mathématiques complexes en un temps record, les prochains ordinateurs quantiques seront en effet capables de percer les secrets des communications chiffrées.

D’où le développement d’une cryptologie dite post quantique (capable de résister aux ordinateurs quantiques, ndlr) et d’une cryptologie quantique (tirant cette fois ci parti des ordinateurs quantiques).  «La maîtrise de la cryptographie du futur passera par le quantique, que ce soit via les algorithmes cryptographiques post quantiques ou via l'ordinateur quantique. Les Américains et les Chinois sont déjà très actifs dans ce domaine. Il est important que la France et l’Europe ne loupent pas ce virage », estime Loïc Guézo, secrétaire général du Clusif, une des principales associations en France centrée sur les enjeux de la cybersécurité et également membre de l'ARCSI, association des Réservistes du Chiffre et de la Sécurité de l'Information.

De quoi faire d’Atos un acteur qui comptera à coup sûr dans le développement de la sécurité informatique du futur…ou une cible de choix pour les acteurs capables de débourser plusieurs milliards d’euros afin de s’imposer comme leader du marché de la cybersécurité.

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