Comptant parmi les fleurons français de la chimie fine et de la sous-traitance pharmaceutique, Novasep devrait passer sous pavillon anglo-allemand avant la fin de l’année. C'est l'échéance fixée pour la finalisation de sa cession, si elle aboutit. Le groupe a annoncé le 16 septembre être entré en négociations exclusives pour constituer, avec le groupe allemand PharmaZell, focalisé sur les principes pharmaceutiques de spécialité, un leader européen du secteur.
Le fonds européen Bridgepoint Group, dont le siège social est au Royaume-Uni et qui est l’actionnaire majoritaire de PharmaZell depuis 2020, devrait acquérir le capital de Novasep et procéder à un regroupement des deux entités pour fonder un nouveau groupe "dont le nom n’est pas encore défini", selon un porte-parole de Novasep. Au total, le futur groupe devrait réaliser un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 500 millions d'euros par an, compter environ 2000 salariés dans le monde et opérer sept sites industriels et de R&D en Europe, avec une forte empreinte en France et en Allemagne, ainsi que deux sites en Inde et un aux Etats-Unis.
Spécialiste de la sous-traitance pharmaceutique
Spécialiste pharmaceutique, Novasep s’était diversifié ces dix dernières années avec quelques activités dans les domaines de l’agrochimie et des ingrédients agro-alimentaires. Mais ce groupe de 1200 salariés, pour un chiffre d’affaires de 394 millions d’euros en 2020, restait avant tout un grand spécialiste de la sous-traitance pharmaceutique, développant et produisant des principes actifs – le cœur des médicaments, les molécules qui soignent – pour la pharmacie et les biotechnologies. Dans un communiqué, le groupe se décrit comme un spécialiste de la chimie cryogénique, en chromatographie industrielle et comme un "leader mondial dans le domaine des anticorps monoclonaux conjugués et des ingrédients pharmaceutiques actifs à haute puissance, utilisés sur le segment en forte croissance des thérapies ciblées contre le cancer".
Investissements en France et cessions récentes
Ces derniers mois, trois investissements avaient été lancés sur des sites français : à Chasse-sur-Rhône (Isère) avec un projet de 6,1 millions d’euros pour renforcer les capacités en principes actifs; au Mans (Sarthe), où il a engagé 4 millions d’euros pour produire davantage de principes hautement actifs et des anticorps monoclonaux conjugués; ainsi qu’à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques), avec 6,1 millions d’euros d’investissements pour moderniser ce site. Les autres unités de production du groupe se trouvent à Pompey (Meurthe-et-Moselle), ainsi qu’à Leverkusen en Allemagne et à Boothwyn aux Etats-Unis.
En parallèle, Novasep avait aussi enclenché un allègement de son portefeuille d’activités début 2021. D’abord en cédant au groupe allemand Sartorius sa division d’équipements de chromatographie. Puis surtout en vendant, pour 725 millions d’euros au groupe américain Thermo Fisher, sa filiale belge Henogen. Filiale spécialisée dans les vecteurs viraux pour les vaccins et les médicaments biotechnologiques, avec deux usines en Belgique, à Gosselies et à Seneffe, cette dernière étant d’ailleurs impliquée dans la production du vaccin anti-Covid d’AstraZeneca.
Un groupe allemand plus petit
Pour justifier l’opération, Novasep avance une complémentarité avec PharmaZell. Ce groupe basé à Raubling, près de Munich, avec quatre sites industriels en Allemagne, Italie et Inde, affiche un chiffre d’affaires d’un peu plus de 200 millions d’euros pour 2020 et 900 salariés dans le monde. En plus de proposer de la production à façon, il dispose d’un portefeuille de 70 ingrédients pharmaceutiques actifs, en particulier dans les aires thérapeutiques des maladies respiratoires, inflammatoires et hépatiques. Michel Spagnol, actuel PDG de Novasep qui serait amené à rejoindre le conseil d’administration du futur groupe, décrit, dans un communiqué, PharmaZell comme "un partenaire très complémentaire en termes de technologie, de clientèle et de dispositif industriel".
Contexte de souveraineté nationale en santé
Ce projet de constituer un leader européen intervient dans le contexte particulier d’une volonté française affirmée de renforcer la souveraineté nationale en termes de santé, alors que 80% des ingrédients pharmaceutiques actifs ont été délocalisés ces 20 dernières années en Chine et en Inde. L’Etat soutient d’ailleurs financièrement, ces derniers mois, de multiples projets en France pour rapatrier de telles productions.
C’est aussi une volonté européenne, sachant que ces relocalisations ne pourront jamais être effectuées uniquement aux échelles nationales mais bien réparties sur le continent. Enfin, ces productions ne pourront jamais être toutes relocalisées, en raison des coûts et aussi des réglementations environnementales strictes dans l’Union européenne. L’opération intervient aussi au moment où Sanofi finalise la constitution d’un autre leader européen des principes actifs, en regroupant certaines de ses activités de production pour le compte de tiers au sein de l’entité Euroapi. Laquelle doit être pleinement lancée début 2022.



