Reportage

Nouvelles Fibres Textiles lance le premier pilote de tri et délissage automatisés

L’inauguration de la ligne pilote de Nouvelles Fibres Textiles à Amplepuis (Rhône) marque une étape vers une industrialisation du recyclage des textiles.

Réservé aux abonnés
Inauguration Amplepuis recyclage textile
La ligne pilote de Nouvelles fibres textiles permettra de trier et délisser 1000 tonnes de vêtements tout en poursuivant la R&D.

C'est parti pour la première ligne de tri et délissage automatisés des textiles en fin de vie, à Amplepuis (Rhône) ! Une nouvelle pierre apportée à l’édifice du recyclage des textiles en France et en Europe.

Une production vraiment industrielle en 2025

Les tissages de Charlieu et Synergies TLC, spécialiste de la collecte de vêtements, se sont associés pour créer la co-entreprise Nouvelles Fibres Textiles (70/30), qui développe sur le site inauguré le 30 novembre un process de tri automatisé des textiles par composition et par couleurs. Dans cet ancien bâtiment de stockage, des machines rutilantes démarrent les opérations. Elles traiteront 1000 tonnes par an par autorisation réglementaire, même si elles pourraient produire beaucoup plus. Il s’agit d’un pilote industriel qui sera encore amélioré et servira à la R&D. A Amplepuis, l’investissement global s’élève à 10 millions d’euros. La véritable usine à échelle industrielle, capable de trier et délisser 25 000 tonnes, n’est pas prévue avant 2025 et devrait être implantée dans le département du Rhône.

La SNCF participe à cette aventure en fournissant les vêtements de ses agents. Ils sont produits par Armor Lux avec de bonnes fibres. Des vêtements qui finissaient auparavant en décharge. Car il n’est pas possible de les remettre sur le marché de seconde main «en raison des risque d’usurpation d’identité», précise Mikaël Lemarchand, directeur de l'engagement social, territorial et environnemental à la SNCF. 

Délissage et pré-effilochage

L’usine reçoit des balles de 300 à 600 kg qui ont été triées manuellement pour en extraire les vêtements aptes à une seconde vie et sur l’aspect et le touché pour une première séparation des matières. La ligne pilote est équipée des technologies de tri de Pellenc ST déjà éprouvées et de transformation des textiles d’Andritz. Sur la chaîne de production, les tissus sont répartis pour éviter le chevauchement, puis les pièces sont triées par couleur et par matière avec trois sorties. Par analyse moléculaire, il est possible de distinguer la viscose du polyester et le coton avec ou sans élastomère.

Ensuite, place au module de découpe pour sortir des petites pièces ou chiquettes avant la dernière opération de délissage et pré-effilochage, en supprimant les points durs. «Nous traitons les chutes de production et les vêtements y compris professionnels, précise Alexandre Butte, directeur général d’Andritz Laroche, entité française du groupe autrichien. Nous préparons la matière pour le recyclage car nous transformons les vêtements en matière première secondaire.»

L’usine pilote va continuer à innover pour être encore plus performante et restera «de la pré-industrie pour le prototypage», prévient Eric Boëls qui rappelle le modèle économique à trouver. «Si on veut trier 100%, on y arrivera dans cinq ou dix ans. Il faut se concentrer sur les 80% qui ont un marché important (couleurs et matières) et ils devraient être atteints rapidement.»

Des innovations tous azimuts

Depuis la loi Agec et la volonté de réindustrialiser la France, les initiatives se multiplient pour faire entrer l’industrie textile dans le monde de l’économie circulaire. Et le travail est immense quand on sait que seul 1% du textile est recyclé dans le monde. Toutefois, Maud Hardy, directrice générale de l’éco-organisme Refashion rappelle les avancées positives de ces dernières années. «Les marques se sont engagées à investir 1 milliard d’euros entre 2023 et 2028. Il faut les accompagner dans l’écoconception. Et le bonus réparation a été lancé il y a trois semaines. Demain un système de pénalités sera mis en place» pour les entreprises qui ne respectent pas les règles. En France, 3,3 milliards de pièces sont mises sur le marché chaque année, soit 820 000 tonnes, dont 96% sont importées, mais on ne collecte que 260 000 tonnes.

«Cela fait dix ans que l’idée a germé de transformer des vêtements qui ne peuvent pas avoir une seconde vie et le programme gouvernemental Etincelles [il accompagne les PME] nous a permis de gagner six mois, se réjouit Eric Boël, président des Tissages de Charlieu et de Nouvelles fibres textiles. La surproduction, la fast fashion ce n’est pas une fatalité. L’économie circulaire, c’est la clef.» Il défend la perma-industrie, «une rupture de modèle qui se met en route. Il faut arriver à massifier suffisamment pour obtenir des prix équivalents à ceux de la matière vierge avec une qualité identique.» Produire un pantalon avec de la matière recyclée émet quinze fois moins de gaz à effet de serre qu’avec de la matière vierge...

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.