Seuls 13% des déchets textiles sont recyclés en France, principalement en produits de moindre qualité comme les torchons. Et seulement 1% sont eux-mêmes recyclés en boucle, sous forme textile. Face à ce constat, l’entreprise Carbios, dont le siège se situe à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), a développé une ligne de préparation des textiles automatisée en vue de produire des matières premières pour le textile. Une première étape avant la dépolymérisation.
«Notre défi est de recycler tous les déchets en polyester ou PET comme les barquettes alimentaires, les bouteilles, les flacons plastiques mais également tous les textiles ce qui représente les deux tiers des déchets en polyester et qu’on trouve en grande quantité dans nos garde-robes, développe Emmanuel Ladent, directeur général de Carbios. On a besoin de préparer ces déchets pour les rendre compatibles avec notre procédé de dépolymérisation enzymatique».
300 kilos de textiles traités par heure
Carbios a développé ces dernières années un procédé de recyclage innovant qui utilise une enzyme capable de dépolymériser spécifiquement le PET présent dans divers plastiques et textiles. Contrairement aux méthodes de recyclage thermomécaniques traditionnelles, l'innovation de la start up clermontoise permet de recycler tous les types de déchets PET, y compris les plastiques complexes et souillés, tout en produisant des produits PET recyclés et recyclables, sans compromis sur la qualité.
Cette ligne innovante et brevetée, inaugurée le lundi 2 octobre en présence de Roland Lescure, ministre délégué en charge de l’Industrie, intègre donc toutes les étapes de préparation, y compris le broyage et l'élimination des points durs, comme les boutons. Les textiles - post-consommation et chutes de production - sont chargés sur la ligne pour être déchiquetés. Les “points durs” métalliques ou non-métalliques (boutons, fermetures éclair...) sont retirés. À la sortie, le matériau peut être recyclé par voie enzymatique selon la technologie Carbios. 300 kilos de textiles peuvent être traités par heure en procédé continu.
Carbios-AgenceSkotchProd Les boutons, fermetures éclair, entre autres éléments métalliques, peuvent être recyclés par voie enzymatique. ©Carbios-AgenceSkotchProd
Une usine fin 2025
Des marques partenaires comme Puma et Salomon ou le groupe PVH qui possède Tommy Hilfiger et Calvin Klein et Patagonia se sont associés à Carbios, notamment pour fournir la matière recyclable. «Ces marques ne veulent plus seulement fabriquer des produits à base de bouteilles en PET, mais aussi à partir de textile. Tout l’enjeu de notre technologie est de passer à une quantité de vêtements qui vont redevenir des vêtements», ajoute Emmanuel Ladent.
Testée pour l’instant dans son démonstrateur à Clermont-Ferrand, cette nouvelle technologie passera au stade industriel avec l’ouverture de la première usine Carbios fin 2025, en Moselle. «Le défi est de passer à l’échelle supérieure. On a des millions de tonnes de plastiques à recycler. On a des centaines de milliers de gens à recruter dans l’industrie. Il faut qu’on aille vers du textile fabriqué et recyclé en France. De plus en plus de marques emblématiques reviennent produire en France. Il y a un vrai potentiel», a lancé Roland Lescure à l’issue de la visite.
La future usine Carbios permettra de traiter, dans un premier temps, 50 000 tonnes de déchets soit l’équivalent de 300 à 400 millions de tee-shirts ou de 2 milliards de bouteilles plastiques.



