Reportage

IA, robots et laser... Comment le Cetia innove pour mieux recycler les textiles

La première plateforme d’innovation dédiée au tri et démantèlement automatisés du textile et des chaussures a pris ses quartiers à Hendaye, dans les Pyrénées-Atlantiques. L’occasion de découvrir une ruche de jeunes ingénieurs en quête d’innovations perpétuelles.

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CETIA Hendaye
Le Cetia travaille sur l'amont du recyclage sur sa plate-forme d'Hendaye.

Coloris multiples, points durs à supprimer, compositions variées et complexes, coûts... Les obstacles au développement du recyclage des textiles sont nombreux. Preuve en est : seul 1% du textile est recyclé dans le monde et un tiers des microplastiques qui polluent la planète provient des vêtements. Pour répondre à ces blocages, la plateforme d'innovation Cetia est inaugurée mercredi 6 septembre dans la zone industrielle d’Hendaye, au Pays basque. L'objectif : mettre au point des technologies d'automatisation inédites qui permettront de franchir une étape importante dans le recyclage des textiles et des chaussures. D'une superficie de 1 200 m², la plateforme a bénéficié de 2,4 millions d’euros d'investissement en machines, dont la moitié portée par la Région Nouvelle Aquitaine.

«Nous travaillons en amont du recyclage, explique Chloé Salmon Legagneur, directrice du Cetia, à L’Usine Nouvelle. Nous nous attaquons au maillon faible, la préparation de la matière – c’est-à-dire le passage d’un produit fini à une matière prête à être recyclée.» Première plateforme d’innovation dédiée au tri et au démantèlement automatisés des articles textiles et chaussures en fin de vie ou invendus, le Cetia est le fruit de la chaire Bali (Biarritz Active Lifestyle Industry) créé en 2021 par l’école d’ingénieur ESTIA et le CETI, le centre de l’innovation textile. Les deux organisme détiennent chacun la moitié du capital de la plateforme, avec un objectif commun : accélérer le développement de la filière de recyclage du textile, encore balbutiante. Et ce alors que les différentes réglementations européennes et françaises – comme la loi Agec – déjà appliquées ou à venir obligent ce secteur industriel comme les autres à ne plus déverser des monceaux de vêtements dans des pays d’Afrique et d’Asie. 

Une pépinière de jeunes ingénieurs   

Installé depuis 2020 dans les locaux de l’ESTIA, le Cetia a rejoint ses locaux à Hendaye cet été. Sept personnes y travaillent déjà, essentiellement des jeunes ingénieurs, dont Alex Marquoin (récompensé en 2022 par le prix de l'ingénieur du futur de L’Usine Nouvelle dans la catégorie «Innovation»). A l’intérieur, une grande salle avec des machines flambant neuves. Parmi elles, une trieuse Fibersort, du fabricant belge Valvan, sert à explorer des solutions plus performantes pour le futur. Le linge est encore posé manuellement sur le convoyeur par les ingénieurs, qui seront à terme remplacés par un robot. L'alimentation automatisée sur laquelle travaille Valvan permettra d'atteindre les volumes et cadences nécessaires pour réduire les coûts du recyclage. 

Le but de cette trieuse est d'envoyer dans des bacs les vêtements selon leur composition. Les outils de spectroscopie à proche infrarouge dont elle est équipée peuvent détecter sept matières. Un autre capteur, une caméra, détecte les couleurs. Problème : le noir empêche parfois la détection des matières par infrarouge et la trieuse ne peut pas déceler plus de deux composants dans une même étoffe. Elle ne distingue pas plusieurs couches, notamment quand il y a une doublure. Au Cetia, on réfléchit ainsi à l’utilisation d’autres technologies comme la spectroscopie Raman développée au CEA. 

Une fois triés, les vêtements passent ensuite dans un système avec deux ouvreuses qui permettent de délisser les fibres et de préparer la matière au recyclage en séparant les points durs (fermetures, boutons, rivets, …) et les coutures renforcées. La première machine coupe le textile et la seconde – équipée de gros cylindres et de pics – permet de faire sauter ces fameux points durs. En sortie, les effilochés de bonne qualité feront du fil. Ceux de mauvaise qualité, eux, serviront le plus souvent pour produire des isolants. 

L’IA pour du délissage intelligent

Plus loin, un ingénieur derrière un écran et portant des lunettes de protection rentre les informations sur son clavier avant de lancer des opérations dans une structure métallique équipé de laser qui permet de découper les points durs ou les coutures d’une doublure. Cet espace prototypage doit permettre de créer une boucle fermée : refaire des maillots de bain avec des maillots de bain de seconde main, par exemple. «C’est du délissage intelligent, se félicite Chloé Salmon Legagneur. L’idée est aussi de rentrer le maximum d’informations pour nourrir l’IA et permettre à terme de détecter les zones à découper automatiquement.»

Dans la seconde salle, le concept est plus avancé avec un pilote industriel en place depuis le 1er juin dans le cadre du projet Re_Shoes. Il s’agit de séparer la matière sur les chaussures et surtout d'en ôter la semelle. Eram, Decathlon, Zalando et des acteurs du luxe sont partenaires de ce projet. Les chaussures sont actuellement placées sur le convoyeur manuellement, mais le Cetia travaille déjà pour mettre en place un robot.

Les chaussures passent dans un tunnel, en réalité un four, puis un robot va arracher la semelle quand elle est collée. Actuellement, cette machine peut traiter 500 paires de chaussures par jour. L’objectif est d’arriver à 800. Une détection laser permet de connaître la composition de la semelle pour le recyclage.Dès octobre une technologie de découpe à l’eau sera mise en place pour les semelles injectées ou cousues. Et aller au plus près pour perdre le moins de matière possible. Et le Cetia, avec Décathlon et Eram, travaille sur la reconnaissance automatisée des modèles de chaussures pour faciliter le traitement en fin de vie. Un système basé sur l'IA et la vision assistée par ordinateur.

CETIA HendayeCETIA
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Le projet Re-Shoes concerne la préparation des chaussures au recyclage. Cette machine pilote sépare la semelle de la chaussure.

Comme preuve du dynamisme de la filière pour innover dans l’amont du recyclage, l’éco-organisme de la filière textile, Refashion annonce ce 5 septembre se lancer dans un programme d’innovation en partenariat avec le Cetia. « L’idée est d’accompagner le financement des projets industriels, indique Véronique Allaire, directrice du pôle régénération de Refashion à L’Usine Nouvelle. Nous avons un engagement de 900 000 euros minimum sur trois ans. » Ce partenariat va permettre de financer de nouveaux développements sur le projet Re_Shoes . Et ces investissements concerneront aussi le programme pour caractériser les vêtements multi-matières et multicouches. Avec un objectif : passer au plus vite à l'échelle industrielle.

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