Longchamp est une marque française de maroquinerie très connue, notamment prisée pour son fameux sac «Pliage». Son implantation industrielle, quant à elle, l’est moins.
Si la maison, détenue à 100% par la famille Cassegrain, s’appuie comme nombre de ses pairs sur des fournisseurs dans des pays où la main d’œuvre est moins chère, comme en Chine ou au Maroc, elle a conservé une base conséquente de production interne en France. La maison née en 1948, qui emploie 4245 personnes dans le monde, dont 1682 en France, connaît un certain succès, avec un chiffre d’affaires en hausse de 20% en 2024. Elle ne communique pas le montant exact, le dernier chiffre publié étant celui de 2015, à 566 millions d’euros. La performance de la marque s’appuie énormément sur l’export, avec notablement une grande croissance aux États-Unis (+27% en 2024). Cela permet à l'entreprise d’investir dans la décarbonation de ses activités, à hauteur de cinq millions d’euros par site, sur une durée de cinq ans. Dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle, Jean Cassegrain, PDG de Longchamp et petit-fils de son fondateur —homonyme — expose les recettes de son succès et les défis à venir.
L'Usine Nouvelle - Pouvez-vous détailler vos implantations industrielles et combien de personnes y travaillent ?
Jean Cassegrain - Notre implantation industrielle est centrée sur Segré, dans le Maine-et-Loire. C’est notre plus grand site, et nous en avons quatre autres, toujours dans l’ouest de la France, où travaillent environ 900 personnes. Nous fabriquons aussi hors de France, particulièrement depuis 20 ans en Tunisie et depuis plus de 40 ans à l’Île Maurice. Nous avons également des partenaires de fabrication en Chine, au Maroc et en Roumanie.
Quel est votre part de fabrication interne ? Fabriquez-vous des gammes différentes de produits selon les pays ?
Nous ne publions pas ce chiffre. Tous nos produits peuvent être fabriqués dans plusieurs pays différents de manière identique, car tous nos ateliers, qu’ils soient internes ou externes, travaillent de la même façon, avec nos normes, nos procédés de travail, nos cahiers des charges et nos matières premières. Ce que nous voulons mettre en avant, ce n’est pas le «made in» mais le «made by».
Quelle est votre performance à l’export ?
Nous réalisons 81% de notre chiffre d’affaires à l’international. La France reste notre premier marché, avec 19% des ventes. Nos autres grands marchés sont la Chine et les États-Unis. Le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont aussi des marchés importants.
Vous avez dû percevoir les effets de la crise de consommation en Chine…
Nous avons eu une augmentation très importante de nos ventes en Chine, jusqu’à la mi-2024. Depuis, nos chiffres se consolident. Nous ne sommes pas en baisse, contrairement à un certain nombre d’autres marques, mais nous n’avons plus de progression aussi élevée que par le passé.
Comment parvenez-vous à conserver un chiffre d’affaires en hausse, malgré la situation générale du secteur ?
Depuis deux ans, nous avons de très fortes augmentations de nos ventes, auxquelles tous nos marchés ont contribué. Récemment, ce sont les États-Unis qui ont le mieux marché, pendant toute l’année 2024 et encore maintenant.
Cela risque de changer, avec les droits de douane…
Nous ne savons pas encore. Nous comptons d’ores et déjà augmenter nos prix aux États-Unis, pour la simple et bonne raison que le dollar baisse. Il faut plus de dollars pour avoir le même nombre d’euros. Nous allons donc appliquer une augmentation de nos tarifs dans les semaines qui viennent.
Pensez-vous qu’une hausse de vos prix peut être absorbée par vos clients américains ?
La hausse que nous avons prévue pour l'instant est de 6%, et elle me semble absorbable. Je ne pense pas qu’elle va affecter les ventes pour le moment. Ce qui est plus inquiétant, c’est la crise économique globale annoncée qui pourrait avoir un impact sur la confiance des consommateurs et leur envie d’acheter des produits comme les nôtres. L’incertitude actuelle est plus liée à une dynamique générale de marché qui risque d’être perturbée, qu’à une hausse des prix.
D’où proviennent les sacs que vous vendez aux États-Unis ?
Ils peuvent provenir de plusieurs lieux. Actuellement, nous évitons d’envoyer aux États-Unis des produits fabriqués en Chine et nous nous sommes engagés dans une politique de régionalisation de nos productions, afin de réduire notre empreinte carbone. Nous vendons en Europe les produits fabriqués en Europe, en Tunisie ou au Maroc, tandis que ce que nous produisons en Chine est fléché vers le marché asiatique. Mais n’ayant pas de site de production sur le continent américain, nos manufactures européennes fournissent également les États-Unis.
Envisagez-vous de délocaliser une partie de votre production outre-Atlantique ?
Nous l’avons parfois envisagé, mais ne l’avons jamais fait pour deux raisons. Le marché américain représente environ 10% de notre chiffre d’affaires, ce qui n’est pas suffisant pour y organiser une production locale, et nous n’avons quasiment pas de matières premières qui en proviennent. La deuxième raison est que même en prenant en compte les droits de douane, je ne suis pas sûr que la fabrication américaine soit très compétitive par rapport à d’autres. Honnêtement, il n'y a pas beaucoup de fabricants de sacs aux États-Unis, et ce n’est pas demain la veille que la production de sacs y reviendra.



