InfoChimie magazine - Pouvez-vous présenter les installations de Chemours sur cette plateforme chimique de Villers-Saint-Paul dans l’Oise, alors que votre groupe vient d’annoncer un investissement de 200 millions de dollars ?
Cédric Triquet - Le site de Villers-Saint-Paul est une plateforme chimique qui appartient au groupe TotalEnergies et qui est gérée par sa filiale real estate Retia. Nous sommes locataires d’une partie du terrain, de même que Dow et Arkema qui sont également présents sur la plateforme. Cette dernière a vu le jour en 1917. L’unité actuelle de Chemours a été construite en 1996 par Atofina, avant d’être cédée au groupe Dupont en 2002. Elle est passée sous la bannière de Chemours dans le cadre du spin off de DuPont en 2015. C’est un petit site d’une soixantaine de personnes, sur un effectif de 300 personnes pour l’ensemble de la plateforme. Nous produisons des fluorotélomères qui appartiennent à la famille des produits chimiques fluorés et qui sont utilisés pour des applications de protection de surface, notamment dans des revêtements architecturaux ou de prévention d’incendie. Cette activité appartient à notre division de matériaux de haute performance qui est l’une des quatre divisions de Chemours avec le dioxyde de titane, les gaz réfrigérants et les solutions chimiques.
Que pouvez-vous dire de la nouvelle ligne de production qui va être installée ?
Nous allons produire des Nafion qui est une ligne de produits différente des fluorotélomères, Il s’agit de membranes qui seront utilisées pour trois applications principales : pour la production d’hydrogène vert selon la technologie PEM, pour la reconversion de l’hydrogène en électricité dans les piles à combustible qui est une technologie inverse, et pour le stockage d’énergie de renouvelable dans des piles à oxydo-réduction. La technologie Nafion a toutefois été inventée, il y a une cinquantaine d’années, et elle est aussi utilisée dans les électrolyseurs pour l’industrie du chlore. Une membrane en Nafion est un produit fini constitué par l’assemblage de plusieurs couches de polymères et de dispersants. La chaîne de production du Nafion est complètement intégrée au sein de Chemours. Dans notre installation américaine de Fayetteville en Caroline du Nord, nous fabriquons les monomères, les ionomères, les dispersants et les membranes. Pour ce qui est des polymères constitutifs, nous utilisons un PTFE sulfoné et un autre polymère dont la composition reste confidentielle. A Villers-Saint-Paul, nous prévoyons de produire à la fois les ionomères et des membranes, selon un nouveau procédé de production. Ce sera notre deuxième site de production dans le monde. Ce montant de 200 M$ représente un peu plus de la moitié de nos Capex globaux, c’est-à-dire de nos investissements sur une année partout dans le monde, qui se situent entre 350 et 450 M$.

- 109.03+7.78
2 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Pourquoi avoir choisi le site de Villers-Saint-Paul pour cette deuxième installation mondiale ?
Nous étions à la recherche d’une implantation en Europe et le choix de Villers a été fortement influencé par le fait que nous étions déjà présents sur le site. En Europe, nous possédons un autre site aux Pays-Bas, mais il est déjà très dense, et un site en Belgique, mais il n’a pas de production chimique. Notre site français s’est imposé comme la meilleure piste, d’autant plus que la plateforme avait l’avantage de disposer d’importantes réserves foncières. Dans les années 70, elle a employé jusqu’à 3000 personnes, soit dix fois plus qu’aujourd’hui, avant de connaître de nombreux arrêts d’activités et démantèlements d’unités. Sur ses 40 hectares, à peine 20 à 25 sont actuellement exploités, alors que l'ensemble des utilités et services partagés n’ont jamais été redimensionnés malgré la diminution d’activité, ce qui constituait une réelle opportunité pour notre projet. Enfin, la dynamique française autour de l’hydrogène et la création d’un écosystème complet ont également joué en faveur de ce choix. Il y a un réel besoin de mettre à disposition des capacités de membranes car la disponibilité de membranes est un facteur limitant dans la montée en puissance des électrolyseurs et des capacités de production d’hydrogène.
Quelles sont les étapes qu’il vous reste à franchir ?
Nous avons soumis des demandes de permis d’exploitation et de permis de construire auprès des autorités compétentes. Une fois les deux obtenues, d’ici au mois de juillet de cette année, nous pourrons démarrer la construction. Nous comptons dix-huit mois pour la construction de l’unité de fabrication de membranes qui démarrera fin 2024-début 2025. Au départ, elle sera opérée avec des ionomères livrés depuis les États-Unis. Dans un deuxième temps, à la mi-2025, nous prévoyons de démarrer l’unité d’ionomères. Les productions historiques de Villers-Saint-Paul seront poursuivies.



