Depuis un an, la France commence à s’habituer à des investissements de très grande ampleur dans l’industrie chimique. Le 12 janvier 2023, l’américain Chemours a officialisé un projet de 200 millions de dollars, soit environ 186 millions d’euros, sur son site de Villers-Saint-Paul, dans l’Oise, pour accompagner la croissance du marché de l’hydrogène bas carbone.
Deux bâtiments seront construits sur ce site de 40 hectares, le premier pour la production de polymères (en l’occurrence des ionomères), le second pour la fabrication de membranes échangeuses de protons. Ces dernières sont essentielles pour la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau, pour le stockage d’énergie dans les batteries à écoulement. Elles peuvent aussi être utilisées dans la conversion d’hydrogène en électricité au sein des piles à combustible pour l’automobile. Le démarrage des futures installations, prévu début 2025, va plus que doubler les effectifs du site (60 salariés actuellement), avec la création de 80 postes supplémentaires.
Sur cette plateforme partagée avec les chimistes Arkema et Dow Chemical, ce projet va profondément changer le site de Chemours, le seul de l'entreprise en France. Entré en service en 1996, il est spécialisé «dans les produits chimiques entrant dans la lutte contre les incendies et les produits hydrophobes dans le textile ou le bâtiment», détaille Marc Chefson, le directeur de l’usine. Soutenu par le plan France Relance, ce projet de Chemours devrait obtenir une aide de «l’ordre de quelques dizaines de millions d’euros», a souligné Roland Lescure, le ministre en charge de l’Industrie lors de l’annonce de l’investissement sur la plateforme de Villers-Saint-Paul, le 12 janvier.
Cette usine de Chemours dans l’Oise sera unique en Europe
Chemours ne fabrique ces produits, commercialisés sous le nom de gamme Nafion, qu’aux Etats-Unis actuellement. Son site dans l’Oise sera le premier en Europe et dans le reste du monde pour ces productions du groupe. Ce choix de la France résulte en particulier «de l’alignement idéal entre notre vision de croissance durable et la volonté du gouvernement française de bâtir une économie forte autour de l’hydrogène», a commenté Mark Newman, le PDG de Chemours. Cette future implantation permettra au groupe de répondre à la forte demande pour ces produits destinés à la production d’hydrogène bas carbone dans toute l’Europe. «Le marché de l’hydrogène croît à une vitesse incroyable, de l’ordre de 30% à 40%. L’objectif est de pouvoir très vite construire ici pour être présent rapidement sur le marché européen et pour étendre fortement nos capacités», ajoute Mark Newman. Lequel ne dévoile pas le détail des capacités mais parle d’une extension «très conséquente» de celles actuellement opérationnelles aux Etats-Unis.

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Start-up de 200 ans d'expérience
La vitesse d’exécution semble avoir été un véritable moteur pour cet investissement. Les dirigeants américains de Chemours ont entamé leurs discussions avec le gouvernement français lors du sommet Choose France de juillet 2022, puis avec les collectivités régionales et locales. L’agilité est érigée comme une priorité chez Chemours.
Fondé en 2015 lors de la séparation des activités de matériaux de performance du géant chimique DuPont, l’entreprise se présentait alors comme une "start-up de 200 années d’expérience". Devenu désormais un groupe de 6400 salariés et affichant en 2021 un chiffre d’affaires de 6,3 milliards de dollars (5,85 milliards d’euros au cours actuel), Chemours «a certes le profil d’un grand groupe mais nous gardons cet esprit de start-up pour prendre des décisions rapidement et nous assumons de prendre de vrais risques», sourit Denise Dignam, présidente de la division Matériaux de haute performance. Jugeant au passage que les «ressources déployées en France pour accompagner notre projet ont été phénoménales». Pendant son discours officiel, son patron Mark Newman a d’ailleurs plusieurs fois remercié le gouvernement et les collectivités locales et régionales pour leur aide.



