Quand un grand patron américain de la chimie se déplace en France, ce n’est pas pour faire de la figuration. Après Mark Costa, le p-dg d’Eastman, qui a confirmé, l’an dernier, un investissement d’un milliard d’euros dans le recyclage chimique du PET, dans le bureau du président Emmanuel Macron, place à Mark Newman, le p-dg de Chemours, ex-chimie de DuPont dont le siège est installé à Wilmington dans le Delaware. Ce dernier s’est rendu sur son site de Villers-Saint-Paul, dans l’Oise, en compagnie de Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie, pour annoncer un investissement de 200 millions de dollars (185 M€) dans la fabrication de précurseurs (ionomères) et de membranes Nafion, qui sont utilisées dans les électrolyseurs d’eau pour la production d’hydrogène et dans les piles à combustible à hydrogène permettant la production d’électricité. Ces deux processus étant inverses, dans les deux cas, les Nafion vont jouer le rôle de membranes échangeuses de protons (Proton Exchange Membrane, PEM) qui permettent la conduction protonique tout en étant imperméables aux gaz tels que l’oxygène ou l’hydrogène. Ces membranes, de type acides perfluoro-sulfonés (PFSA), sont fabriquées à partir d'ionomères ou copolymères thermoplastiques fluorés réticulés ioniquement, selon une technologie héritée de DuPont. Ce type de fabrication sera une première pour le site de Chemours qui marque son entrée dans l’économie de l’hydrogène, et pour toute la plateforme chimique de Villers-Saint-Paul qui héberge également les groupes Dow et Arkema.
Mais pourquoi avoir choisi la France plutôt qu’un autre pays en Europe ou dans le monde pour accueillir une telle fabrication ? Mark Newman s’est justifié : « Chemours a choisi la France en raison de la forte concordance entre notre vision de la croissance durable, et le désir du gouvernement français de développer une économie de l’hydrogène fiable et solide, et l’ambition de l’Union européenne de parvenir à une transition énergétique propre, basée sur les objectifs fixés par la loi européenne sur le climat ».
L’investissement de Chemours reste encore soumis à l’obtention de tous les permis et licences habituels, nécessaires à la construction et à l’exploitation de la nouvelle installation. Mais si toutes les planètes sont alignées, le projet verra le jour avec, à la clé, la création d’environ 80 emplois à temps plein pour ce site de Chemours qui ne compte, pour l’heure, qu’une soixantaine de collaborateurs. Une cinquantaine de postes supplémentaires sont également pressentis en sous-traitance, à plus long terme.
Chemours a, par ailleurs, ajouté que ce projet soutenait son engagement RSE, à l’horizon 2030, qui consiste à générer 50 % ou plus de ses revenus à partir de produits contribuant aux objectifs de développement durable des Nations unies. Roland Lescure a salué cet investissement et souligné que l’État soutiendra financièrement le projet industriel de Chemours dans le cadre de l’appel à projets « Soutien de l’offre de solutions de décarbonation des industriels », opéré par l’Ademe. « La France n’a jamais été aussi attractive grâce au volontarisme des salariés, des investisseurs et des pouvoirs publics », a-t-il ajouté. En 2021, le pays a accueilli plus de 1 600 projets d’investissements étrangers qui ont permis de créer ou de maintenir 45 000 emplois : un record pour la France, qui maintient sa première place en termes de nombre de projets. Les États-Unis sont d’ailleurs le principal investisseur en France.



