Gazprom perd une bataille judiciaire dans le dossier Nord Stream 2, le gazoduc reliant la Russie à l'Allemagne. Les promoteurs du projet avaient déposé en 2020 un recours pour contester les règles de concurrence de l'Union européenne (UE) qu'ils jugeaient discriminatoire. Le Tribunal régional supérieur de Düsseldorf a finalement tranché en rejetant ce recours. Cinq sociétés européennes sont associées à Gazprom et ont apporté la moitié du financement : Uniper, Wintershall-Dea, Royal Dutch Shell, OMV et Engie.
Une manœuvre géopolitique selon Gazprom
Le tribunal allemand a jugé mercredi 25 août que le gazoduc ne pouvait pas se soustraire aux règles de concurrence de l'Union européenne prévoyant que le propriétaire d'un gazoduc et les fournisseurs de gaz naturel qui l'utilisent ne peuvent être identiques. Cette réglementation européenne vise à garantir une libre concurrence entre sociétés du secteur et éviter que des fournisseurs puissent empêcher leurs rivaux d'utiliser les infrastructures qu'ils contrôlent.
Selon l'opérateur de Nord Stream 2, la modification de cette réglementation en 2019 visait à torpiller le projet de gazoduc. Celui-ci est loin de faire l'unanimité au sein des pays de l'Union européenne dont certains redoutent une dépendance accrue du bloc au gaz naturel russe. L'application de la réglementation européenne ne devrait pas bloquer le projet de 11 milliards de dollars mais le rendre plus coûteux et retarder la mise en service du gazoduc capable de transporter 55 milliards de m3.
Les Etats-Unis ennemis historiques du projet Nord Stream 2
Sur le plan international, les Etats-Unis se sont toujours farouchement opposé au projet Nord Stream 2. Officiellement pour diminuer l'influence économique internationale de la Russie et officieusement, pour protéger leurs exportations de GNL américain vers l'Europe. En décembre 2019, Donald Trump avait promulgué une loi imposant des sanctions contre les entreprises travaillant sur à la construction de gazoduc. Ces pressions avaient conduit à l'arrêt du projet mais l'arrivée de Joe Biden, soucieux de préserver ses relations avec l'Allemagne a changé la donne. En mai 2021, le président américain avait en effet annoncé la levée des sanctions et concrétisait cette annonce par la signature d'un accord le 21 juillet avec Angela Merkel.
Avec Reuters (Tom Kaeckenhoff, version française Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault)


