Surcoûts, retards, promesses industrielles non tenues… Naval Group fait l’objet d’attaques en règle dans la presse australienne. L’industriel tricolore est critiqué pour la gestion du programme qui vise à livrer 12 sous-marins à la marine australienne, soit le plus grand programme de défense jamais financé par ce pays. La menace d'annulation du contrat serait même réelle, selon l’article des Echos publié le 20 janvier 2021. Pour rappel, en 2016, l’industriel tricolore avait décroché "le contrat du siècle" pour un montant de 35 milliards d’euros !
Naval Group ne s’en laisse pas compter. L’industriel réfute point par point les attaques, dénonce des contre-vérités et défend sa gestion du programme. La situation n’en est pas pour le moins sensible.
Le nouveau PDG du groupe, Pierre Eric Pommellet doit se rendre en février en Australie pour rencontrer toutes les parties prenantes autour de ce contrat : ministres, autorités militaires et politiques, industriels partenaires… "Il s’agit d’un voyage prévu de longue date. Le programme australien fait partie de ses priorités", explique-t-on au siège de la société.
A Canberra, le contexte de crise économique et sanitaire hystérise la situation. Il faut dire que le moindre faux pas de Naval Group à l’occasion de ce programme serait immédiatement exploité. Alors que des élections fédérales pourraient avoir lieu dès août prochain, l’opposition fourbit ses armes, prête à dénoncer la moindre mauvaise gestion du pouvoir en place. Par ailleurs, les concurrents de Naval Group ont toujours l’espoir de revenir dans la course. Les industriels japonais, allemands et suédois sont en embuscade tant que le premier sous-marin ne sera pas entré en construction. C’est un grand classique dans le domaine des contrats d’armement. Même après la vente de 36 Rafale en 2016 pour l’Inde, Dassault Aviation avait subi également une pression politico-médiatique intense et des attaques de la part de ses concurrents. Face aux différentes accusations portées contre lui, Naval Group défend sa gestion du programme. Calendrier, coût, engagements industriels… Où est vraiment le programme ?
Malgré le Covid, malgré la difficulté de se rendre en Australie, on tient les jalons
— Naval Group
Le programme est-il en retard ?
Naval Group réfute l'accusation de retard et affirme être dans les temps. Dans le cadre de la phase de design, l’industriel doit passer une étape majeure en présentant à la fin du mois les spécificités fonctionnelles du sous-marin. "Cette réunion va se tenir au jour prévu. Malgré le Covid, malgré la difficulté de se rendre en Australie, on tient les jalons", affirme-t-on du côté de Naval Group. Aujourd’hui, le programme est toujours dans une phase dans une phase d’ingénierie mobilisant 450 personnes à Cherbourg et 250 personnes à Adelaïde en Australie. Le chantier de construction des sous-marins doit démarrer en 2023, et atteindre sa pleine cadence en 2028 avec 1800 salariés mobilisés.
Les coûts du programme sont-ils maîtrisés ?
Naval Group réfute totalement les 50% de surcoûts évoqués dans la presse australienne. Sur l’offre remise fin 2020 concernant le design initial du sous-marin, l’industriel reconnaît un dépassement (qu’il ne chiffre pas) du montant initialement évoqué. Il le justifie par la prise en compte d’exigences supplémentaires par rapport au projet initial et demandées par le client sur des performances fondamentales du sous-marin (vitesse, autonomie, discrétion acoustique…)…
Autre exemple, suite aux cyberattaques dont le pays a été la cible l’été dernier et attribuées à la Chine, la marine australienne a demandé un renforcement des capacités cyber du sous-marin. Afin de rester dans l’enveloppe financière initiale, les deux parties ont donc décidé de travailler sur une nouvelle proposition. "On doit remettre au client une nouvelle offre à la fin du mois de février", précise Naval Group.
Les engagements auprès des industriels australiens sont-ils tenus ?
La question est sensible en Australie dans ce contexte de crise économique. L’industriel reconnaît qu’il a subi une forte pression médiatique pour chiffrer les retombées de ce contrat pour les entreprises locales. Il faut dire que cela faisait partie de ses arguments pour remporter la mise face à ses concurrents. Dans l’accord de partenariat stratégique signé en 2019, le groupe avait exprimé sa volonté de maximiser le contenu industriel australien. En février 2020, Naval Group s’était engagé devant une commission sénatoriale à réaliser 60% de la valeur du programme localement, c’est-à-dire soit auprès d’entreprises australiennes soit auprès d’entreprises françaises ou internationales installées en Australie.
Cet engagement réaffirmé par écrit et remis en décembre dernier aux autorités australiennes, est toujours en attente de validation. A noter que l’américain Lockheed Martin fournisseur du système de combat des sous-marins, n’a pas pris un tel engagement. Naval Group précise par ailleurs avoir engagé en novembre 2020 pour 900 millions de dollars australiens avec des entreprises locales. Plus de 1500 fournisseurs locaux ont été identifiés pour participer à ce programme.
La confiance avec le client australien est-elle fragilisée ?
C’est peut-être la question la plus importante. Naval Group reconnaît qu’il doit renforcer cette confiance dans le domaine technique et budgétaire. Pierre-Eric Pommellet, PDG du groupe se rendra en personne en Australie durant 3 semaines, dont 2 en quarantaine pour respecter les contraintes sanitaires. Son entourage indique qu’il a fait du contrat australien l’une de ses priorités. Au vue des enjeux économiques, militaires, et stratégiques, ni Naval Group ni le client australien ne peuvent se permettre un échec sur un tel programme.



