« Montpellier possède la plus grande concentration d’entreprises du diagnostic médical, plus forte qu’à Marseille, Toulouse, Nice ou Nîmes », affirme Laurent Garnier, animateur de l’antenne montpelliéraine du pôle de compétitivité Eurobiomed (régions Occitanie et PACA) et de sa filière « Diagnostic ». Eurobiomed se penche sur la filière « diagnostic » depuis une décennie et s'est inscrit dans celle du diagnostic in vitro impulsée en septembre 2020. Les 7 et 8 juin, le pôle organise, avec le Club Diag, en virtuel, l’événement annuel « Biomarqueurs Days ».
« A Montpellier, le diagnostic in vitro domine, alors que Marseille est plus sur l’imagerie », précise Laurent Garnier. Une récente cartographie recense 28 Montpelliérains sur les 83 acteurs d’Eurobiomed (23 Marseillais, 12 Toulousains...). Ils emploient 930 personnes (sur les 2 760 du pôle). « La photographie comprend beaucoup de start-up, mais pas seulement », précise Laurent Garnier. Arrivé à Montpellier via l’achat d’ABX Diagnostics en 1996, Horiba Médical (division du groupe japonais Horiba) figure parmi les leaders mondiaux des automates et réactifs en hématologie, et a réalisé 165 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020. Le Parc Euromédecine de Grabels, voisin de Montpellier (Hérault), héberge son siège, un de ses deux centres R&D et un de ses cinq sites de production, soit 505 des 1 482 salariés.
Tests prédictifs en oncologie
La filière s’enrichit régulièrement de start-up issues de la recherche. « Les biomarqueurs, bases de la plupart des diagnostics, sont un sujet-phare à l’université et au CHU, assure Laurent Garnier. C’est aussi un domaine stratégique identifié par la métropole et la région. »
Fréquemment soutenues par le Business & Innovation Center (BIC, incubateur) de la métropole et par la société d’accélération de transferts de technologies SATT AxLR, les jeunes pousses explorent en particulier l’oncologie, à travers des tests prédictifs pour personnaliser les traitements de cancers, à l’image de NovaGray (cancer du sein), Diag2Tec (mélyome multiple) ou Azelead, qui utilise les embryons de poisson zèbre pour dépister les étapes de la progression métastatique.
Effet Covid
Face à la pandémie de Covid-19, des réponses sont venues de Montpellier. Innovative Diagnostics, expert des maladies infectieuses animales et zoonotiques depuis 2004, installé lui aussi à Euromédecine, a annoncé en mai 2020 un test sérologique chez l’homme. Sa filiale ID Solutions (créée en 2015 sur l’oncologie, avec une dizaine de salariés) a « décollé » avec la production de tests PCR. « En dix mois, elle a embauché 50 personnes, informe le président d’Innovative Diagnostics, Philippe Pourquier. Après 50 millions d’euros en 2020, ID Solutions table sur 90 en 2021. » Épaulée durant un an par sa maison-mère, la filiale vient de prendre son autonomie, tandis qu’Innovative Diagnostics (120 personnes, plus de 35 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui enregistre 15 à 20% de croissance depuis plusieurs années, va investir 5 millions d’euros pour doubler ses locaux d’ici deux à trois ans.
De son côté, le laboratoire montpelliérain Sys2Diag (CNRS-Alcediag) a mis au point le test salivaire EasyCov, au sein d’un consortium public-privé associant le CNRS, la société de solutions vidéo Vogo (Montpellier) ainsi que deux filiales d’Alcen, la biotech Skillcell et l'électronicienTronico. Sur cette lancée, le directeur de Sys2Diag Franck Molina annonce un prochain centre d’innovation dédié aux diagnostics, réunissant sur un plateau technique du Biopôle Euromédecine une douzaine de salariés de Vogo et Tronico et l’équipe de Sys2Diag (40 personnes). « Les compétences seront rassemblées pour des tests nouvelle génération en matière de diabète, santé dans le sport, la psychiatrie... »
A contrario, l’urgence Covid-19 a pu freiner d’autres activités. « Dans les hôpitaux, tout ce qui était hors Covid ne répondait plus, mais ça repart. Nous espérons une mise en marché du GemciTest en 2021 », indique Philippe Outrebon, directeur financier d’Acobiom (8 salariés), qui développe un diagnostic in vitro prédictif de la réponse du patient à un traitement du cancer du pancréas.
De l’IA dans le diagnostic
« Aujourd’hui, l’intégration de l’intelligence artificielle est l’un des enjeux du diagnostic, de plus en plus complexe, assure Laurent Garnier. Tous les acteurs s’y intéressent. » Né en 2017, SeqOne (environ 35 personnes) marie génomique et IA dans une plate-forme cloud de séquençage ADN haut débit, afin d’accélérer et réduire le coût des analyses. I2A (90 salariés), qui revendique la première place du marché hospitalier français pour les lecteurs d’antibiogrammes, place l’IA au cœur de son expertise bactériologique ; elle a mis à disposition son système expert pour une application mobile de diagnostic de résistance aux antibiotiques, annoncée par la Fondation MSF pour la fin 2021. Quant à Philippe Pourquier, d’Innovative Diagnostics, il vient de créer Di4 Diag (deep intelligence for diagnostics) « en lien avec la SATT, l’IRD et l’université de Montpellier, pour combiner biologie moléculaire et intelligence artificielle, afin de proposer des diagnostics accessibles aux pays émergents ».



