Les spécialistes français du diagnostic mettent en garde contre les autotests Covid-19

Les fabricants de tests antigéniques français sont sceptiques face à l'utilisation d'autotests du Covid-19 par les particuliers. S'ils ne mettent pas en cause l'efficacité du prélèvement nasal, le geste doit continuer à être exécuté par un professionnel de santé selon eux.

 

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AAZ test rapide antigénique fabriqué à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise)
Le test antigénique vendu par le français AAZ sera utilisé avec un écouvillon spécifique pour les prélèvements nasaux.

Carrefour en a déjà fait la publicité. Jeudi 18 mars, au lendemain des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) concernant l'usage des autotests antigéniques Covid-19 sur prélèvement nasal pour les personnes asymptomatiques de plus de 15 ans, le géant de la grande distribution publiait sur Twitter une photo du produit (chinois) qu'il comptait installer dans ses rayons... et ce malgré le fait qu'il ne soit pas officiellement autorisé. Un problème selon les fabricants français de tests antigéniques, qui estiment que pour assurer une fiabilité maximum, le prélèvement doit continuer à être effectué par des professionnels. 

"For professionnal use only"

"Ce n'est pas encore une autorisation, fait remarquer Joseph Coulloc'h, président de AAZ, le principal fournisseur français de tests antigéniques. La HAS s’est prononcée en faveur, maintenant il faut attendre la parution d’un arrêté ministériel qui précisera le(s) circuit(s) de dispensation et les performances nécessaires aux autotests"dans les conditions réelles d’utilisation"."

Chaque mois depuis novembre, ce spécialiste hexagonal du diagnostic fabrique et distribue 4 millions de tests antigéniques en France. "Pour les tests sur prélèvements nasaux, ce sont les mêmes boitiers et les mêmes cassettes de lecture, seul l'écouvillon servant au prélèvement change", explique-t-il. Et sur son site de production de Villiers-le-Bel (Val d'Oise), les cartons sont prêts. "Nous attendons le feu vert officiel des autorités pour fournir aux professionnels de santé ces écouvillons spécifiques".

Mais pour l'ancien biologiste, hors de question d'inclure les grandes surfaces dans son carnet de commandes. "Nous avons reçu des sollicitations de grandes enseignes, mais nous restons sur le segment des professionnels de santé." Selon lui, la banalisation des tests pourrait être contre-productive dans la stratégie de dépistage. "Il y a trop d'incertitude autour de l'auto prélèvement. Il suffit que les gens ne fassent pas le bon geste ou aient du spray dans le nez par exemple, pour que le test se trompe. Ou qu'il soit négatif pour qu'ils oublient les gestes barrières". Le directeur d'AAZ doute d'ailleurs que le ministère ouvre la voie à une commercialisation en supermarché, comme c'est le cas en Allemagne. "Si vous regardez bien la photo du test publiée par Carrefour, vous observerez l'indication "For professionnal use only" en bas de la boîte, sourit-il. En outre, c'est un test basé sur prélèvement naso-pharyngé…"

Un avis partagé par le PDG de Theradiag, Bertrand de Castelnau, qui commercialise un test antigénique en France produit dans ses usines espagnoles. "A n’en pas douter, le résultat d’un test dépend de la qualité du prélèvement de l’échantillon, en l’occurrence et à notre sens, le geste d’un professionnel de santé importe". L'entreprise dit ne même pas souhaiter participer au marché.    

Un appel d'air pour les grandes firmes ?

Mais les autotests présentent un potentiel commercial énorme. En Allemagne, quelques heures après le début de leur mise sur le marché par Aldi et Lidl, deux acteurs de la grande distribution allemands, les tests étaient en rupture de stocks. Vendus un peu plus de 20 euros, les kits contenant cinq tests se sont écoulés à plusieurs millions d'exemplaires...

En France, au lendemain des annonces de Carrefour, Système U annonçait également se tenir prêt. Des appétits aiguisés par les propos du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, sur BFM TV, dimanche 14 mars : "Ce sera assez facile d’accès. Le principe de l’autotest, c’est justement qu’on puisse l’avoir en famille. Ce sera en supermarchés ou en officines en tout cas, si c’est le plus facile, ça va être très facile à organiser". 

Contacté par l'Usine Nouvelle, le laboratoire suisse Roche assure de son côté qu'il proposera un kit contenant autotests, écouvillons nasales et fiche explicative. "Une autorisation provisoire, un peu comme en Allemagne, a été donnée par les autorités pour utiliser au plus tôt les kits sans marquage CE. On est donc en phase de pré-lancement", assure un porte-parole.

Une fiabilité pas encore établie

Dans son avis, la HAS expliquait mener encore des essais cliniques jusqu'à la fin du mois de mars avant de se prononcer sur la fiabilité des tests rapides sur prélèvement nasal. Elle basait ses premières recommandations sur "des éléments bibliographiques et la position d'un groupe d'experts pluridisciplinaires" lui permettant "d’extrapoler les performances des tests antigéniques rapides sur prélèvement nasopharyngé à celles des tests antigéniques sur prélèvement nasal". A savoir, une sensibilité (taux de positivité du test chez les patients atteints par le virus) d'au moins 80% pour les personnes symptomatiques et de 50 à 60% pour les asymptomatiques.

De quoi faire craindre aux spécialistes du diagnostic français nombre de résultats faussés à cause d'un mauvais prélèvement, et que les autotests ne s'avèrent donc dommageables pour la stratégie de dépistage du Covid-19. 

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