[Covid-19] Face aux big pharmas, la riposte des industriels français dans la course aux tests antigéniques

Vingt millions commandés à l'américain Abbott par la Commission européenne en décembre 2020, un appel d'offres européen remporté par le suisse Roche, le marché des tests antigéniques pour dépister le Covid-19 a explosé en quelques mois. Après avoir calé au démarrage, les industriels français se mettent en ordre de bataille.  

 

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test rapide Panbio COVID-19 Ag France
20 millions de tests antigéniques "Panbio" de l'américain Abbott ont été commandés par l'Union européenne en décembre.

La bataille fait rage et les volumes se comptent en millions d'exemplaires. Depuis l'introduction des tests antigéniques dans la stratégie de dépistage du Covid-19, acteurs institutionnels et officines privées se relaient pour passer des commandes record. Si les laboratoires internationaux ont raflé l'essentiel du marché, les acteurs français du diagnostic ne comptent pas se laisser dévorer. 

Les grandes firmes inondent le marché européen

Ils sont deux à se partager l'essentiel du marché européen. Développé durant l'été 2020, le test rapide de l'américain Abbott est le premier à être commercialisé aux Etats-Unis après sa validation par l'Agence sanitaire américaine (FDA) le 26 août, avant de s'exporter en octobre sur le continent européen. Sa validation le 19 octobre par la Haute autorité de santé (HAS) a conduit l'Etat français à le privilégier lors d'une première commande de 10 millions de tests. Si Abbott reste discret sur le reste de ses ventes, en France comme en Europe, le laboratoire pharmaceutique indique être "présent dans la grande majorité des pays européens". Il a d'ailleurs reçu le 18 décembre une commande de 20 millions de tests via le fonds européen European Support Instrument pour un montant de 100 millions d'euros. Ils seront distribués dans le courant du premier semestre 2021 aux différents Etats membres.

De son côté, le suisse Roche tente aussi de faire une place au soleil. Son dispositif, le "SARS-CoV-2 Rapid Antigen Test", produit par une entreprise coréenne, SD Biosensor, n'a pas été retenu par les acheteurs français mais s'exporte ailleurs. "Nous avons récemment été sélectionnés par la Commission européenne pour un appel d'offres important, nous attendons de connaître la répartition des tests par pays et les volumes, confie un collaborateur. Le laboratoire travaille aussi sur une automatisation du procédé antigénique qui doit être validée par l'ASNM. "Nous serons en mesure de donner le résultat de 300 tests en une seule analyse de 18 minutes. Pour les laboratoires équipés par Roche via son système COBAS, il n'y aura aucun changement. Ils recevront simplement le nouveau code barre permettant la lecture des prélèvements".

Les acteurs français en embuscade  

Avec une telle embellie du marché, les acteurs français du diagnostic ont d'abord été dépassés. Aucun site en France ne permettant de produire ces volumes, ils ont fait appel à leurs partenaires étrangers pour intégrer les commandes publiques. Dans un second temps, l'ouverture des ventes aux acteurs privés (pharmacies et médecins) courant novembre a permis de décloisonner le marché. Deux PME, AAZ et Biosynex, se sont rapidement imposées. A partir de novembre, AAZ, située dans à Villiers-le-Bel (Val d'Oise), a distribué plus de 4 millions de tests par mois exclusivement au marché français. "Soit une dizaine de millions de tests antigéniques Covid-19 dont 60% à destinations des administrations et/ou collectivités territoriales et le reste à des acteurs privés", détaille son dirigeant, Joseph Coulloc'h. L'alsacien Biosynex a quant à lui signé fin janvier une commande publique pour 2 millions de tests et assure être un des leaders sur le segment des professionnels de santé.

Et le vent pourrait continuer à tourner pour les deux PME. Après un investissement de 4 millions d'euros, Biosynex s'est doté d'une machine pour relocaliser en interne, sur son site alsacien, 20% de ses volumes. AAZ mène quant à lui "deux petites révolutions" dans le dépistage du Covd-19, selon Joseph Coulloc'h. La mise sur le marché d'un test antigénique sur prélèvement nasal (moins intrusif que le naso-pharyngé) "début mars" et le début d'une étude de trois mois financée par la HAS sur un test antigénique sanguin. Ce serait une première. 

Une harmonisation des technologies en Europe privilégiant les grandes firmes ?  

Le 20 janvier, le Commission européenne a publié une recommandation pour établir un "cadre de reconnaissance mutuelle des tests antigéniques en Europe". Une façon de faire le tri parmi les dispositifs qui se sont multipliés ces-derniers mois. Une sélection par les Etats membres est d'ailleurs attendue prochainement. La France aurait déjà fait parvenir la sienne, dans laquelle figure "une centaine de TAG [tests antigénique rapide, ndlr] (…) dont une dizaine de TAG français (AAZ, BioSpeedia, Toda pharma, Biosynex, etc. )", assure la Direction générale de la Santé à L'Usine Nouvelle. Mais la méthode risque plutôt d'asseoir définitivement les grandes firmes, dont le produit est déjà présent dans la plupart des pays européens.

Avec Roman Epitropakis

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