L’annonce pourrait bien figurer sur le compte Instagram « Tej par texto » tant elle est brutale. Le 13 juin, sans donner d’explications, Stellantis a indiqué qu’il quitterait l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) avant la fin de l’année 2022. Dans le même communiqué, le groupe dévoile un projet de « Forum sur la liberté de mouvement ». Une manière pour Stellantis de faire bande à part dans la représentation des intérêts du secteur automobile.
Les motifs de la rupture restent mystérieux. De façon assez flagrante, elle intervient moins d’une semaine après le vote des eurodéputés sur la fin des véhicules thermiques neufs en 2035. Contacté par L’Usine Nouvelle, Stellantis ne commente pas plus son départ. L’ACEA indique de son côté qu’elle respecte cette décision, même si elle la déplore.
Perte de puissance du lobby automobile
Compte tenu de la politique frugale de Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, certains soulignent le montant important des frais d’adhésion à l’ACEA : 700 000 euros, selon des sources de Politico. La somme représenterait presque 14% des dépenses déclarées par Stellantis dans le lobbying : 5,1 millions d’euros en 2021.
De façon plus évidente, le départ de Stellantis révèle au grand jour les désaccords entre les constructeurs automobiles européens sur la vitesse de la transition électrique. Carlos Tavares a régulièrement pointé du doigt les surcoûts de production liés aux voitures électriques aux côtés de la Plateforme automobile (PFA), l'organisation chargée de représenter les industriels français du secteur. Contrairement à la France, l’Allemagne a peu hésité à soutenir un durcissement drastique des normes anti-CO2 dans l’automobile. Nul doute que le scepticisme de Stellantis a pu contraster avec le volontarisme de Volkswagen dans les salles de réunion de l’ACEA.

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« L'ACEA ressemble à une réunion du Conseil de l'Union européenne où l'on peine à trouver un consensus », estime l’analyste allemand Matthias Schmidt. L’expert observe des désordres similaires au sein de la Plateforme automobile (PFA) et de la VDA, l’organisation qui réunit les industriels allemands de l’automobile. « Un message incohérent émane de ces groupes de pression automobiles autrefois puissants », observe Matthias Schmidt. Ainsi, les mises en garde de l’ACEA et de la PFA n’ont pas suffi à convaincre les eurodéputés de retarder la fin des moteurs thermiques.
Une bataille pour une cause perdue?
Stellantis va donc tenter de peser différemment. Début 2023, le constructeur compte organiser la première édition d’un forum « sur les enjeux de la mobilité durable ». Ouvert au public, l’événement doit réunir des entreprises, des universitaires, des politiciens et des scientifiques. « Le forum abordera les questions avec une approche à 360 degrés », promet Stellantis dans son communiqué. Le président de la PFA, Luc Chatel, avait eu une expression similaire à la journée de la filière automobile pour alerter sur l’accélération vers le tout électrique : « Où sont les analyses macro, à 360 degrés, sur l’électrique, du puits à la roue ? »
« S’agit-il du STEXIT [le Brexit à la sauce Stellantis, ndlr] du monde du lobby automobile, et est-ce que d’autres vont quitter le navire, déçus que l'ACEA ne fasse pas avancer leur propre programme ? », s’interroge Matthias Schmidt. Pour l’instant, aucun autre départ de l’ACEA n’a été annoncé. « On va rester, mais c’est une bonne initiative de Stellantis, complémentaire de l’ACEA », a jugé Luca de Meo, directeur général du groupe Renault, auprès de l’agence Reuters.
L’avenir dira si le forum de Stellantis sert de porte-voix aux réfractaires du tout électrique. Avec ses 14 marques, le groupe est loin d’être un petit acteur du secteur automobile, mais son mouvement de fronde pourrait être une cause perdue si l’Union européenne adopte définitivement la fin des ventes de voitures thermiques en 2035.



