ResiCare passe du pilote au démonstrateur industriel. La filiale chimie de spécialités de Michelin va faire construire une unité d’une capacité de 3000 tonnes par an pour produire du 5-HMF biosourcé, un monomère utilisé dans de multiples secteurs comme l’agriculture, les cosmétiques, la construction, l’électronique ou encore l’aéronautique et les transports. Michelin va engager 60 millions d’euros dans cette unité qui sera bâtie sur la plateforme chimique Osiris à Péage en Roussillon, en Isère, et qui doit entrer en service courant 2026, générant 30 emplois sur place.
Ce projet, mené au sein du consortium Cerisea avec des partenaires industriels comme Arkema et académiques comme le CNRS, est soutenu par l’Ademe et France 2030, ainsi que par l’initiative européenne commune Circularité biosourcée, laquelle apporte près de 20 millions d’euros de soutien.
Michelin rêve d'établir une filière biosourcée inédite dans le monde
Ce projet porté par ResiCare résulte d’une collaboration entamée depuis 2021 avec l’Ifpen (Institut français du pétrole et des énergies nouvelles) et qui vise à établir une filière industrielle biosourcée inédite dans le monde. En septembre 2024, dans le cadre d’un entretien avec L’Usine Nouvelle, Laurent Lemmonier, PDG de ResiCare assurait que le 5-HMF «n’est pas disponible à échelle industrielle», indiquant seulement l’existence «d’un approvisionnement asiatique en quantité minuscule, entre 500 et 800 tonnes par an» ainsi qu’un «acteur suisse qui n’en produit que quelques kilos». D’ailleurs, dans son communiqué, Michelin se félicite d’une «première au niveau mondial», qui pourrait permettre à la France de se positionner au-devant d’un marché colossal d’applications décrit comme supérieur à 11 milliards d’euros par an.
Cette molécule 5-HMF (pour 5-hydroxyméthylfurfural) n’a pas d’équivalent pétrosourcé mais peut remplacer des substances chimiques synthétisées à partir de pétrole, comme le formaldéhyde, toxique et dangereux et dont les usages pourraient être particulièrement restreints dans l’UE dès 2026. Le procédé mis au point par l’Ifpen et ResiCare permet de produire le 5-HMF à partir de blé ou de maïs transformé en amidon puis en fructose. Soit une molécule non toxique et d’origine entièrement renouvelable, avec des matières premières disponibles en France et en Europe.
Un schéma de licences pour développer un réseau d'usines de chimie verte
Le 5-HMF est déjà utilisé par ResiCare et Michelin pour produire des résines adhésives. Pour l’heure, les applications ne sont pas encore concrètes dans les pneumatiques, mais ces résines trouvent déjà des débouchés dans le contreplaqué, les abrasifs et les composés moulés, indique Michelin, en attendant des applications testées aujourd’hui dans différentes industries. Sur le plan industriel, le groupe n’envisage pas forcément de construire à l’avenir lui-même des usines. Michelin parie plutôt sur des octrois de licences à des partenaires pour des unités de capacités supérieures au démonstrateur, de l’ordre de 20000 tonnes par an.



