Formule Verte : Pouvez-vous présenter la société ResiCare que vous dirigez ? Quelles sont ses activités phares ?
Laurent Lemonnier : ResiCare est une entité du groupe Michelin, détenue à 100 %. Elle a été créée en 2016 pour développer et commercialiser des résines adhésives innovantes alliant haute performance, non-toxicité et matières renouvelables. La technologie de ResiCare a été mise au point initialement pour l’industrie du pneumatique. Plus de 50 millions de pneus dans le monde utilisent d’ailleurs nos résines. Désormais, ResiCare se déploie sur un panel d’applications industrielles comme les panneaux de bois, les matériaux abrasifs, les isolants ou les composites, sachant que les pneumatiques sont déjà des matériaux composites. Ils sont composés d’environ 200 éléments différents.
ResiCare emploie un peu plus de 50 personnes qui se consacrent essentiellement à la recherche et au développement de produits. Nous sommes présents sur trois continents, en Europe mais aussi en Asie – principalement en Chine - et en Amérique du Nord. Nous détenons plus de 40 brevets notamment dans la formulation. L’ambition de ResiCare, à travers ses activités, est d’ouvrir la voie à une nouvelle chimie plus saine pour la santé et notre environnement.
Wikipédia Aujourd’hui, vous communiquez sur le lancement des premiers échantillons de 5-HMF, une molécule biosourcée non toxique pour laquelle vous avez développé un nouveau procédé de production, en partenariat avec l’IFPEN. Pourquoi vous intéresser à cette molécule ?

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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
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Trim 4 2025
Granulés bois producteurs - vrac€/tonne
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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
L.L. : Le 5-HMF, ou 5-hydroxyméthylfurfural, est une molécule plateforme particulièrement intéressante pour l’industrie chimique et que nous utilisons déjà pour produire des résines qui entrent dans la composition de nos colles. Nous sommes en cours de scale up pour des applications dans le contreplaqué, en isolation, dans l’abrasion ou dans les composites pré-imprégnés. Jusqu’à présent nous devions nous approvisionner en Asie, car il n’y a pas de capacité de production suffisantes en Europe. Par ailleurs, cela reste une molécule émergente avec des volumes disponibles qui restent globalement faibles.
C’est ainsi que Michelin a décidé d’internaliser sa production au meilleur coût et avec le plus faible impact environnemental possible. C’est dans la culture de Michelin que d’agir en pionnier et remonter en amont dans la chaîne de valeur pour créer les conditions de sa réussite. Le 5-HMF est aujourd’hui une molécule indispensable pour la croissance de ResiCare. Le domaine des colles est en forte mutation. Des molécules telles que le résorcinol, le formaldéhyde, le bisphénol ou les isocyanates qui sont largement utilisées dans ce domaine font l’objet de règlementations de plus en plus strictes. On observe un besoin de substituts de la part de nos clients qui souhaitent préparer l’avenir. Nous sommes très engagés dans cette voie.
Que pouvez-vous dire du procédé développé en partenariat avec l’IFPEN ?
L.L. : Nous avons démarré une collaboration en 2020 avec l’IFPEN pour le développement du procédé qui relève de la chimie verte. Notre 5-HMF est produit à partir de fructose par déshydratation, mais c’est l’étape ultérieure d’extraction et de purification qui s’est révélée la plus complexe et qui a demandé le plus de temps de développement. Aujourd’hui, nous pensons avoir abouti à un procédé original et efficient, avec des résultats technico-économiques qui nous positionnent parmi les meilleurs du marché. Si le 5-HMF est encore une molécule émergente, nous ne sommes pas les seuls sur le marché. Nous sommes très fiers de pouvoir mettre à disposition de nos partenaires industriels ces premiers échantillons de la molécule qui ont été produits dans les installations d’un partenaire sous-traitant français. Nous venons de franchir une étape clé dans notre agenda de production. Nous entendons proposer dans les prochains mois des volumes répandant aux besoins des industriels
Avez-vous l’ambition de porter ce procédé au stade industriel avec la construction d’une usine ?
L.L. : Nous avons, en effet, le projet de construire un gros démonstrateur (ou une petite usine) en France. Pour cela, nous sommes en train de monter un consortium d’entreprises et nous sommes en attente de financements européens. Le dossier devrait être bouclé d’ici à quelques mois. Nous avons le projet de nous installer dans la région lyonnaise, sur une plateforme existante qui pourrait mettre à notre disposition une énergie décarbonée qui pourrait bénéficier à la production de notre 5-HMF. Cette usine, dont les travaux d’ingénierie ont été confiés à Technip Energies, pourrait avoir une capacité de production entre 1000 et 5000 tonnes par an, pour un démarrage à la fin de 2026. Nous voulons amener cette molécule sur le marché avec des industriels et des prix compétitifs pour permettre à des clients de l’intégrer dans leurs formulations et d’entamer une transition écologique avec un produit biosourcé et non-toxique. Michelin est un groupe réputé pour sa discrétion. Mais nous faisons le choix de communiquer très largement sur ce projet pour embarquer le plus d’industriels dans cette ambition et avoir de l’impact pour transformer la chimie.
Qu’en est-il de l’approvisionnement en fructose qui est donc votre matière première biosourcée ?
L.L. : Nous travaillons également sur cette question de notre approvisionnement en fructose qui est un dérivé de la production de céréales telles que le maïs ou de blé. Nous cherchons à sécuriser un sourcing robuste et fiable à l’intérieur des frontières de l’Europe et non pas en dehors.



