Chez Michelin, ResiCare proche de l’industrialisation d’une molécule biosourcée à grand potentiel

Fondé en 2016 au sein du groupe Michelin, le chimiste ResiCare pourrait construire en Europe une usine de 5-HMF, un monomère entièrement biosourcé, dérivé de fructose, qui permet la production de résines adhésives non toxiques pour de très nombreuses applications industrielles.

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ResiCare, entièrement contrôlée par le groupe Michelin, fait produire par un sous-traitant français son monomère 5-HMF mais fabrique ses propres résines biosourcées sur sa ligne pilote implantée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

ResiCare est en passe de franchir le stade de l’industrialisation pour sa molécule 5-HMF. Après trois ans de collaboration avec l’IFPEN, l'institut de recherche sur les énergies nouvelles, cette entité de chimie de spécialité de 50 salariés, créée en 2016 et entièrement contrôlée par le groupe Michelin, finalise un projet de construction d’une usine en Europe.

Le 5-HMF est une molécule biosourcée présentée comme une plateforme pour la production de résines de haute performance et non toxiques avec des applications très vastes, comme «dans les peintures, les adhésifs, les biocarburants et même dans l’agriculture et les compléments alimentaires», cite Laurent Lemonnier, PDG de ResiCare. La décision d’investir dans une usine est attendue en janvier 2025, avec un début de construction envisagé en avril et une mise en service fin 2026. Début septembre, ResiCare a annoncé que des premiers échantillons de 5-HMF sont désormais disponibles pour les industriels cherchant des alternatives biosourcées.

Un marché mondial de 11 milliards d'euros

De son nom complet, le 5-hydroxyméthylfurfural (5-HMF) n’a pas d’équivalent pétrosourcé. Cette molécule est obtenue à partir de blé ou de maïs transformé en amidon puis en fructose, et extraite par des procédés de chimie verte. Ce qui en fait un monomère d’origine renouvelable, doté de caractéristiques de non-toxicité et de haute performance. Ce 5-HMF permettrait de fabriquer des «résines avec de très bonnes tenues thermique et résistance au feu», illustre Laurent Lemonnier. Lequel y voit par exemple un moyen de substitution au formaldéhyde et évoque une nouvelle solution dans le «marché des résines formophénoliques, qui représente environ 11 milliards d’euros dans le monde en valeur».

Or le formaldéhyde est une substance chimique sous surveillance. L’Agence européenne des produits chimiques (Echa) la décrit comme toxique en cas d’ingestion, au contact de la peau, à risque de brûlures graves et de lésions oculaires, toxique, voire létale en cas d’inhalation, ou encore pourvue de risques cancérogènes. Dans l’UE, le formaldéhyde sera soumis à des restrictions dès l’été 2026 en termes d’émissions dans son utilisation dans les colles pour les panneaux de bois. Des limitations sont aussi en vigueur en Chine. Selon Laurent Lemonnier «en termes de sévérité réglementaire sur le formaldéhyde, les États-Unis sont en retard sur la Chine ou l’Europe, mais cela peut changer très vite. Une étude est en cours à l’Agence américaine de l’environnement (EPA) et il n’est pas impossible que le formaldéhyde puisse se trouver limité à des dosages 30 fois inférieurs à l’Europe, donc des normes américaines bien plus strictes». De quoi, potentiellement, ouvrir des perspectives intéressantes pour des résines dérivées de 5-HMF en substitution.

Une ligne pilote déjà en production

En attendant l'usine, la société fait produire ses échantillons de 5-HMF par un partenaire sous-traitant, en France. En revanche, elle produit déjà elle-même des résines à partir de 5-HMF grâce à sa ligne pilote installée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). ResiCare bénéficie ainsi déjà d’un portefeuille de clients. Sans surprise, on y trouve Michelin qui utilise ainsi une résine employée comme colle pour les renforts textiles dans ses pneumatiques. Des spécialistes de la production de panneaux de bois, de contreplaqués, de panneaux d’isolants en fibres de verre ou de bois, ont démarré aussi l’emploi des premières gammes disponibles de ResiCare.

Industriellement, ResiCare a aussi une place à prendre. Car «pour le moment cette molécule n’est pas disponible à échelle industrielle» assure Laurent Lemonnier. Lequel évoque juste «un sourcing asiatique en quantité minuscule, entre 500 et 800 tonnes par an» ainsi qu’un «acteur suisse qui n’en produit que quelques kilos». Alors que si le projet se concrétise, l’usine de ResiCare disposera de capacités allant de 1000 à 5000 tonnes par an. En termes de coût, les résines obtenues avec du 5-HMF seront évidemment plus onéreuses. Mais, utilisées comme colles, adhésifs ou additifs, elles ne représentent finalement qu’une part infime des coûts de production de produits finis, veut croire la société clermontoise.

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