Le réseau d’investisseurs Fairr publie un nouveau rapport dont L’Usine Nouvelle a eu la primeur. L'organisation chantre de l’analyse ESG (Environnementaux, Sociaux et de bonne Gouvernance) en agroalimentaire s’est livré à une étude des 22 principaux leviers de transition mis en avant par les grandes entreprises du secteur. L'objectif est de mettre en parallèle leurs conséquences sur les limites planétaires. Une façon de distribuer les bons et les mauvais points pour allouer les fonds de manière pertinente. Exemple, Fairr estime que seul 0,3% de l’investissement climatique public et privé est fléché vers l’élevage alors que ce dernier a une énorme empreinte sur les limites planétaires.
L'empreinte colossale de l'élevage sur la Terre
Ces dernières présentent une vision plus complète des responsabilités de l’Homme sur la santé de la planète que la simple matrice climatique. Elle prend ainsi en compte l'érosion de la biodiversité ou le changement d’usage des sols. De ce point de vue, les conséquences de l’élevage sont sans appel. La pratique est responsable de 19,6% des émissions de gaz à effet de serre (GES) et mobilise 77% des terres agricoles mondiales tout en accélérant le processus d’eutrophisation des eaux de surface.
Dans ce contexte, les investisseurs, qu’ils soient publics ou privés tendent à céder aux sirènes de la technologie lorsqu’ils songent à neutraliser ces impacts. Schématiquement, ils préfèrent investir sur des nouvelles technologies d’irrigation plutôt que de financer des mesures agronomiques. Implantation de couverts végétaux, moindre travail du sol, replantation de haies, les solutions sont pourtant nombreuses. Mais il est vrai que la technologie permet souvent une approche "un problème égal une solution", là où la reconnexion avec la nature implique plutôt de penser "reconfiguration" du système une fois le problème posé.
L'approche naturelle plus efficace
«S’appuyer continuellement sur des interventions aux bénéfices incrémentaux [par paliers ndlr] crée un effet de verrouillage et d’incitation pour les pratiques d’élevage intensives», fustigent les auteurs. À l'inverse les mesures agronomiques écologiques ont plus fréquemment un effet positif sur la santé financière des exploitations et sont plus faciles à déployer à l’échelle.
Fairr Des controverses scientifiques
L’évaluation de l’ensemble des pratiques est résumée dans le tableau ci-dessus. Elle est réalisée à partir d’une revue des recherches disponibles sur le sujet. C’est d’ailleurs l’une des critiques à adresser à ce rapport de Fairr. S’il dégage des tendances intéressantes et permet d’y voir plus clair, la bibliographie mêle les véritables études scientifiques à d’autres analyses réalisées par le cabinet de conseil McKinsey & Company. L’ensemble mériterait d’être complété. Par exemple pour le biochar, une récente étude met largement en doute ses bénéfices agronomiques. Une clarification qui pourrait inspirer la finance dans ses prochaines décisions d'investissements verts.



