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[COP26] Le scope 3, passage obligé d’une bonne stratégie climat

La chaîne de valeur amont et aval d’une entreprise, ou scope 3, représente souvent plus de 80 % de son empreinte climatique. Plus question de faire l’impasse.

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Remy Cointreau
Le producteur de liqueurs Rémi Cointreau s’est intéressé à l’impact du verre de ses flacons et a commencé à travailler avec ses fournisseurs.

L'aventure sera palpitante. Les perspectives, vertigineuses. Les surprises, nombreuses. L’heure du départ pour un voyage à la découverte de votre scope 3 a sonné. Dans l’industrie, les émissions de gaz à effet de serre des chaînes de valeur amont et aval représentent en moyenne 70 à 80 % du total, selon le Carbon disclosure project (CDP). Elles peuvent grimper à plus de 90 % si vous fabriquez des machines et équipements de production ou des biens de grande consommation.

Faire un bilan carbone de son scope 3 n’a rien d’obligatoire. Les entreprises de plus de 500 salariés sont seulement tenues, depuis 2010, de publier tous les cinq ans un bilan de leurs émissions des scopes 1 (émissions directes) et 2 (émissions indirectes liées aux achats d’énergie). Aborder le scope 3 est seulement recommandé. Jusqu’à récemment, rares étaient les groupes prêts à s’y frotter, plus rares encore ceux communiquant sur le sujet.

Même si la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 impose aux entreprises cotées d’informer sur la prise en compte de leur empreinte climatique, jusqu’au stade de l’usage des biens et services qu’elles produisent. Depuis deux à trois ans, elles sont plus nombreuses à parler de scope 3, notamment celles engagées dans une validation de leur trajectoire de réduction d’émissions dans le cadre de l’initiative Science based targets. Cela leur permet de mieux évaluer leur vulnérabilité au risque carbone et de montrer, au passage, qu’elles mènent une démarche exemplaire.

15 catégories d’émissions indirectes

Mais si vous ne décidez pas vous-même d’explorer votre scope 3, vos parties prenantes risquent de vous y forcer. Pour obtenir des données spécifiques sur l’impact carbone de leurs achats, les donneurs d’ordres commencent à « inonder de questionnaires de type Quovadis ou CDP Supply chain leurs fournisseurs, qui cherchent en urgence de l’aide et des outils pour les remplir », observe Dimitri Caudrelier, le directeur général de l’agence Quantis.

Autant prendre les devants. D’autant qu’évaluer les 15 catégories d’émissions indirectes du scope 3 telles que définies par le standard international greenhouse gas protocol (GHG protocol) est fastidieux et peut donner le vertige. « La responsabilité de l’entreprise est une grande source d’inquiétude, prévient Dimitri Caudrelier. Mais elle n’est pas infinie et le périmètre est clairement défini par le GHG protocol : l’entreprise doit comprendre l’ensemble de son empreinte sur une année sur l’ensemble de son activité. Et la reporter sur l’ensemble de la chaîne de valeur. »

Avec un peu de méthode, cela n’est pas si compliqué. La première étape consiste à réaliser un bilan carbone complet sur les trois scopes afin de caractériser la majeure partie de l’impact. Ainsi, passer sa flotte de véhicules à l’électrique n’est peut-être pas prioritaire quand le gros des émissions du scope 3 provient des achats de matières ou de l’utilisation des produits par les clients. « Au début, il faut être le plus exhaustif possible, même en sachant que l’on n’a pas de leviers d’action partout. Car l’idée est de bien identifier les points chauds », conseille Dimitri Caudrelier.

Ce premier bilan permet aussi d’identifier les freins et les défis de la collecte de données. Il est également utile pour « définir les responsabilités, identifier les personnes, améliorer les archives pour faciliter le travail de la direction responsabilité sociale et environnementale (RSE) afin que les bilans des années suivantes soient de qualité », explique Raphaël Beton, le directeur conseil et expert carbone de l’agence Greenflex.

Image d'illustration de l'articleFlorent Robert / L'Usine Nouvelle
Les 15 catégories du scope 3 Les 15 catégories du scope 3

Infographie : Florent Robert pour L'Usine Nouvelle

Un travail à accomplir avec les fournisseurs

À ce stade, pas besoin des données des fournisseurs et des clients. L’entreprise a ses données de flux entrant et sortant, auxquelles elle va appliquer des facteurs d’émission, fournis par l’Agence de la transition écologique (Ademe) ou par d’autres bases privées, qui transforment les données d’activité en impact carbone. « Il ne faut pas chercher à obtenir une photo nette de son scope 3 dès la première année et le premier exercice », précise Dimitri Caudrelier.

Ensuite, on augmentera progressivement la part de données spécifiques obtenues auprès des fournisseurs, soit via des questionnaires, soit en incluant des critères carbone dans ses appels d’offres. Pour aider les fournisseurs, certains grands donneurs d’ordres d’une filière s’associent pour créer des référentiels communs, comme le projet Spice (pour Sustainable packaging initiative for cosmetics) dans les emballages des cosmétiques et le Higg Index dans le textile.

Adopter une logique d'éco-conception

C’est alors le moment de définir des trajectoires de réduction d’émissions et des actions à mener sur les catégories présentant l’empreinte carbone la plus lourde. Le producteur de liqueurs Rémi Cointreau s’est intéressé à l’impact du verre de ses flacons et a commencé à travailler avec ses fournisseurs. « Cette étape passe toujours par des engagements avec les parties prenantes », rappelle Raphaël Beton. Sur la chaîne amont, l’entreprise peut mettre en place une politique d’achats durables et inclure des critères carbone dans ses contrats.

Pour l’aval, cela implique souvent par une redéfinition du produit ou du service dans une logique d’éco-conception… Voire une diversification de l’activité, comme les pétroliers qui misent sur la production et la vente d’électricité décarbonée. Un fabricant normand de câbles de communication, dont 90 % des émissions indirectes provenaient de ses achats de métaux, a par exemple décidé d’internaliser les compétences d’analyse de cycle de vie de ses produits pour les faire évoluer. Le plus complexe reste souvent de travailler sur l’usage des produits chez ses clients. Dans tous les cas, s’attaquer au scope 3, « c’est s’ouvrir vers des interactions avec des parties prenantes, sortir du cadre de l’entreprise et entamer un dialogue différent », souligne Dimitri Caudrelier. Un sacré voyage, qui vaut la peine d’être entamé.

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