Pour tenter de combattre le Covid-19, deux types de médicaments sont testés. Les antiviraux pour combattre directement le virus, ainsi que des médicaments agissant sur le système immunitaire pour contrôler la réaction inflammatoire de l'organisme, lorsque l’état de santé de certains patients se dégrade brusquement après plusieurs jours.
L'antiviral remdesivir en première ligne
Il ne dispose encore d’aucune autorisation de mise sur le marché pour traiter une maladie. Mais le remdesivir, une molécule du laboratoire Gilead (connu pour ses traitements du VIH) initialement développée contre Ebola, suscite beaucoup d’espoirs du côté des antiviraux. Selon les résultats préliminaires d'un essai clinique contre placebo dévoilés mercredi 29 avril par les Instituts de santé américains (NIH), il aurait permis aux malades hospitalisés de se rétablir en moyenne en 11 jours au lieu de 15. Ce traitement par injection intraveineuse a été testé auprès de 1 063 patients souffrant d’une forme avancée du Covid-19 et de problèmes pulmonaires, aux Etats-Unis et dans 21 hôpitaux européens et asiatiques. Donald Trump a d’ores et déjà demandé aux autorités américaines de lui accorder une autorisation d’urgence pour les hôpitaux, tandis que le patron de Gilead promet de donner les 1,5 million de doses dont il dispose pour traiter au moins 140 000 patients.
Mais gare à l’empressement. On ne sait pas si le remdesivir permet de sauver des vies, ni quels effets indésirables ont été observés : les NIH doivent encore publier l'intégralité de leurs résultats après évaluation par une revue scientifique. Tandis que selon les résultats d’un plus petit essai réalisé en Chine avec ce produit sur 237 patients, évoqués par le Financial Times, il n’aurait pas eu d’effet meilleur que le placebo, voire aurait provoqué des effets secondaires "importants" auprès de 18 malades.
Les espoirs suscités par le tocilizumab, de Roche
Les anticorps monoclonaux sarilumab (commercialisé par le laboratoire français Sanofi sous le nom de Kevzara) et tocilizumab (produit par le suisse Roche sous le nom d’Actemra ou RoActemra) - des médicaments déjà commercialisés contre la polyarthrite rhumatoïde pour bloquer le récepteur d'une protéine du système immunitaire – font quant à eux partie des médicaments agissant sur le système immunitaire.
Lundi 27 avril, la France a fait part d’avancées prometteuses concernant les essais menés sur le tocilizumab contre le Covid-19. Selon l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui l’a expérimenté via un essai sur 129 malades dans 13 hôpitaux, les patients hospitalisés atteints de forme modérée à sévère (hors réanimation) sur lesquels il a été testé présenteraient moins de besoin d’assistance de ventilation et auraient un taux de décès plus bas au cours des 14 jours de suivi, tandis que les effets secondaires seraient "rares". "Il s’agit du premier médicament testé pour lequel un effet significatif est observé dans le cadre d’un essai clinique", se félicite le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.
Prudence, néanmoins : ces résultats doivent encore être "consolidés", avant de faire l’objet d’une publication scientifique d'ici quelques semaines, au lieu des traditionnels trois mois. Si l’AP-HP en fait déjà part, c’est "pour des raisons de santé publique" du fait du contexte de la crise. Elle les a par ailleurs communiqués à l'Organisation mondiale de la Santé. Ce produit est aussi testé par Roche dans un essai de phase III (dernière phase avant une éventuelle autorisation dans cette indication), en coopération avec les autorités américaines.
Autre bonne nouvelle aux yeux des médecins français, la disponibilité de ce traitement, qui ne pose pas de difficulté d’approvisionnement. Il coûte par ailleurs 822 euros par injection, soit bien moins qu'une journée d'hospitalisation dans un service de réanimation, font-ils valoir. Roche a fourni gratuitement le médicament et les kits de dosage dans le cadre de cet essai.
Déception du côté de Sanofi
Sanofi et son partenaire américain Regeneron testent pour leur part leur molécule sarilumab – qui s’était déjà révélée efficace contre le virus Ebola - également auprès de patients atteints de formes sévères du Covid-19. Mais, alors qu’une première étude en Chine paraissait prometteuse, les premiers résultats d'une autre menée plus largement sur 276 patients aux Etats-Unis s'avèrent décevants, sauf pour les patients situés dans une phase "critique", c'est-à-dire ayant besoin d'une ventilation mécanique ou d'une oxygénation à haut débit.
Ils ont donc décidé de poursuivre leurs études uniquement sur les patients "présentant des formes les plus « critiques » de la maladie", indiquent-ils dans un communiqué publié le 27 avril. "Nous attendons les résultats de l’essai de phase III en cours pour approfondir nos connaissances sur le Covid-19 et mieux déterminer si certains patients peuvent bénéficier d’un traitement par Kevzara, précise George D. Yancopoulos, le co-fondateur, président et directeur scientifique de Regeneron. Il est de plus nécessaire de développer des traitements adaptés qui ciblent spécifiquement ce virus – c’est d’ailleurs dans cet objectif que Regeneron s’emploie, indépendamment, à développer rapidement son cocktail ciblé d’anticorps anti-SARS-CoV-2 et prévoit de lancer des essais cliniques en juin."
Sanofi et Regeneron conduisent également un second essai clinique hors des États-Unis. Le recrutement d’environ 400 patients Covid-19 hospitalisés dans l’essai de phase III de Kevzara est en cours en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Canada, en Russie, en Israël et au Japon. Les premiers résultats de cet essai sont attendus au troisième trimestre.
Mise en garde contre les substituts nicotiniques
Enfin, l’autorité sanitaire française ANSM a été contrainte de faire un rappel le 24 avril concernant les substituts nicotiniques. Alors que des données publiées récemment ont mis en évidence une faible proportion de fumeurs chez des patients atteints par le coronavirus, de nombreux Français se sont rués sur ces produits. Or "à ce stade, cette observation ne permet pas de conclure que la nicotine a un effet protecteur contre la maladie Covid-19", des essais cliniques doivent encore être menés, insiste l’ANSM.
Elle rappelle : "ces substituts nicotiniques ne doivent être utilisés que dans le traitement de la dépendance tabagique et sont notamment contre-indiqués chez les non-fumeurs", pour lesquels leurs effets indésirables sont d'autant plus graves. Depuis le 23 avril, elle a donc décidé de limiter la délivrance des substituts nicotiniques en pharmacies et de suspendre leur vente sur internet.



