La biotech française Xenothera franchit une étape de plus dans le développement de son traitement contre le Covid-19. Installée à Nantes (Loire-Atlantique), l’entreprise a annoncé le 15 juin avoir bouclé le financement de son médicament. Elle a réussi à lever plus de 7 millions d’euros tout en devenant la première société à bénéficier du Programme d’investissements d’avenir (PIA) mis en place par Bpifrance.
Xenothera veut accélérer les procédures de son candidat médicament
L’État français va soutenir Xenothera à hauteur de 2,3 millions d’euros à travers le dispositif French Tech Bridge, géré dans le cadre du PEI. L’Union européenne apporte 2,1 millions d’euros tandis que l’entreprise avait déjà réuni 500 000 euros de subventions et 2,8 millions d’euros auprès de ses actionnaires historiques.
“Ces financements permettent à l’entreprise d’accélérer les procédures de son candidat médicament anti-Covid-19 nommé XAV-19 et de préparer son essai clinique de traitement des patients en début d’hospitalisation”, commente Xenothera dans un communiqué. L’augmentation de capital menée auprès des actionnaires va également permettre de financer le développement des autres produits de l’entreprise en transplantation, maladies infectieuses et cancérologie.
Un essai clinique fin juin ?
Xenothera, spécialiste de l’immunologie, dispose d’une technologie innovante pour mettre au point des anticorps polyclonaux humanisés qui pourraient permettre de lutter contre des maladies infectieuses résurgentes, comme Ebola ou celles dues aux coronavirus. Le 15 avril, Xenothera avait conclu un accord avec le LFB pour que ce dernier produise le premier lot clinique de son candidat médicament XAV-19.
Le site de bioproduction du LFB à Alès (Gard) est en charge du projet. "Le premier lot de notre traitement XAV-19 poursuit son chemin vers les patients. Les quantités sont suffisantes pour le démarrage de l’essai clinique, projeté fin juin comme nous l’avions indiqué dès le mois de mars", se félicite dans un communiqué Odile Duvaux, présidente de Xenothera.
Une autorisation temporaire début 2021
Ce premier essai, directement en phase de développement IIa et non de phase I en raison de la preuve déjà faite par le passé par Xenothera de l’innocuité de la technologie employée, serait menée sur une vingtaine de patients du Covid-19. Des patients dans un état grave mais qui ne seraient pas encore en réanimation, justement pour tenter de leur éviter cette étape plus lourde d’hospitalisation.
En termes de calendrier de développement, et si toutes les premières étapes sont franchies avec succès, Xenothera envisage une phase IIb en septembre, sur une centaine de patients, et vise une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) début 2021. En raison de liens historiques, les essais cliniques pourraient se dérouler au CHU de Nantes (Loire-Atlantique).
Technologie unique
Xenothera a été fondée en 2014 à partir de travaux de l’Institut de transplantation urologie et néphrologie (Itun), une unité de recherche commune de l’Inserm et du CHU de Nantes, avec l’apport de l’expertise de deux professeurs italiens dans les domaines de la transplantation et du génie génétique. Cette technologie, unique, est basée sur les anticorps polyclonaux humanisés. Lesquels disposent de deux avantages spécifiques par rapport aux anticorps monoclonaux, centrés sur une cible thérapeutique spécifique, et les anticorps polyclonaux d’origine animale, employés notamment pour les vaccins ou les antidotes contre des venins.
D’une part, ces anticorps polyclonaux humanisés permettent d’apporter une réponse immunitaire la plus proche possible des défenses immunitaires humaines, avec un mélange de centaines d’anticorps pour neutraliser un virus. D’autre part, les anticorps polyclonaux d’origine animale peuvent générer des réactions allergiques en raison de la présence en surface de molécules xénoantigènes, non présentes chez l’Homme. Xenothera a mis au point une technologie permettant "de glyco-humaniser ces anticorps", souligne Odile Duvaux, et de les rendre similaires aux anticorps humains, donc en éliminant le risque allergique, et en évitant le risque d’ADE (augmentation dépendante des anticorps) qui au lieu de soigner l’infection l’aggrave rapidement.
Zika, Ebola, coronavirus
Xenothera, dont le candidat-médicament (LIS1) le plus avancé aujourd’hui cible la prévention de rejet de greffe d’organe solide, avait déjà travaillé, avant l’émergence du SARS-CoV-2, sur l’emploi de sa technologie contre les infections virales comme le Zika, Ebola ou les coronavirus. Le projet avait été toutefois mis de côté pour avancer plus vite sur le LIS1, répondant à un sujet plus urgent en l’absence d’épidémie virale à grande échelle. Mais Xenothera a pu se remettre très vite dessus dès le début de la pandémie de Covid-19.
Odile Duvaux explique cette réactivation rapide par le fait que "nous avions déjà établi les collaborations scientifiques, avancé sur notre technologie, nous étions déjà capables de maîtriser la purification en grade pharmaceutique, de libérer des lots cliniques et nous avions validé l’aspect toxicologique de nos produits".
Trois millions d'euros à dénicher
Comme toute biotech, Xenothera n’échappe pas aux difficultés de financement. La société recense 8 salariés permanents mais dispose aujourd’hui de presque 20 collaborateurs pour ce projet XAV-19. Avant l'annonce du 15 juin, elle avait déjà levé 6 millions d’euros de fonds depuis sa création, ainsi que 4 millions supplémentaires via des prêts de Bpifrance ou grâce au Crédit impôt recherche.
Pour aller plus vite sur son traitement contre le Covid-19, lequel permettrait de neutraliser le virus, d’empêcher sa multiplication dans l’organisme, et de réduire le phénomène inflammatoire sans risque allergique, Xenothera avait lancé fin mars un appel aux dons auprès des acteurs privés et du grand public. L’objectif était de récolter 3 millions d’euros pour franchir les premières étapes cliniques. 100 000 euros ont pu être récoltés en 15 jours. Et le 9 avril, la région Pays de la Loire a aussi débloqué une aide immédiate de 200 000 euros.



