L’hydrogène sera-t-il le nouveau pétrole ? Pour l’instant, cette petite molécule ne sert que de vecteur énergétique. En clair : pour être utilisée comme matière première ou comme source d’énergie, elle doit d’abord être produite… en consommant de l’énergie. Qu’elle ne fait au mieux que stocker. Pire : en attendant l’hydrogène vert, issu d’électrolyse, les quelques 100 millions de tonnes que nous consommons annuellement aujourd’hui sont ultra-majoritairement d’origine fossile et émettrices de dioxyde de carbone. C’est là qu’intervient une nouvelle voie : celle de l’hydrogène dit "natif", ou "naturel", dont les défenseurs sont convaincus qu’elle pourrait changer la donne. La société australienne HyTerra, par exemple, a récemment annoncé l’ouverture très prochaine de son premier puits de test, situé au Nebraska aux Etats-Unis.
Ruée vers l’hydrogène blanc
«L’hydrogène natif est fabriqué naturellement par la planète dans certains contextes géologiques. Il n’utilise donc ni eau ni énergie anthropique et ne nécessite pas de matériaux critiques, ce qui permet d’atteindre des coûts de production très compétitifs», vante Nicolas Pelissier, président depuis 2017 de la start-up 45-8 (Moselle), dont l’ambition est de développer des puits européens d’hélium et d’hydrogène. Selon lui, l’hydrogène natif permettrait donc d’atteindre des prix «inférieurs à 50 centimes d'euro par kilo après l’industrialisation» et sans émissions de CO2. Une manne qui attire, selon l’ingénieur géologue. Il estime qu’une trentaine de sociétés travaillent sur le sujet dans le monde, et que «plus de 100 millions d’euros ont été injectés en 2022 alors que c’était 10 en 2021 !»
L’heure n’est pas encore à la production industrielle. Les seuls puits en opération, exploités au Mali par la société canadienne Hygroma, ne servent qu’à produire un peu d’électricité pour alimenter des luminaires. HyTerra, qui travaille aux États-Unis avec la société Natural Hydrogen Energy (dont elle possède une part minoritaire) prévoit d’abord d’étudier le potentiel de sa zone d’extraction en mesurant la composition du gaz et son débit de sortie. Avant de commencer à produire en 2024 si tout se passe bien. Sa compatriote australienne, Gold Hydrogen, développe un projet au sud de l’Australie et doit commencer à forer en fin d’année. Le groupe pétrolier Santos, qui dispose déjà de puits d’exploration, devrait aussi entamer sa production dans l’année…
«35 permis d’exploration ont été déposés rien qu’en Australie du Sud, au point que le pays passe d’une logique de gré à gré – où le premier qui demande une zone peut l’explorer – à une logique de mise en compétition des projets», remarque Isabelle Moretti, ancienne directrice scientifique d’Engie désormais chercheuse associée à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et experte reconnue du sujet. Brésil, Colombie, Maroc, République du Congo… De nombreux pays se positionnent sur le sujet, alors que les majors pétrolières et gazières forment leurs bataillons, estime Isabelle Moretti dont le «téléphone sonne tous les deux jours pour des demandes d’aide ou de formation.»

- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Des réserves incertaines
En France, l’hydrogène naturel est reconnu comme une matière première, et donc légalement exploitable, depuis début 2022. Pionnière sur le sujet, la start-up 45-8 Energy a déposé des permis de recherches de gisement d’hélium (un gaz cher qui sera coexploité avec l’hydrogène) dans le Doubs et dans la Nièvre. Une autre société, TBH2 Aquitaine, a déposé la première demandé de recherche pour l’hydrogène en se concentrant sur les Pyrénées-Atlantiques.
Radiations naturelles dissociant l’eau présente dans les roches, oxydation de certaines roches chargées en métaux au niveau des dorsales océaniques… «On trouve en bibliographie une trentaine de processus de production d’hydrogène natif, dont certains semblent plus prometteurs que d’autres», explique la géologue au Bureau des ressources géologiques et minières (BRGM) Anne-Gaëlle Bader. Mais «la seule chose que l'on sait avec certitude aujourd'hui c'est que la Terre émet de l'hydrogène. De nombreuses choses restent à comprendre», tempère la scientifique en pointant les incertitudes sur les volumes émis ou la possibilité de capter les flux d’hydrogène.
Petite, volatile et réactive, la molécule peut disparaître à la vitesse de sa production, qu’elle soit consommée par des bactéries ou évacuée vers l’atmosphère. La question de son impact climatique est aussi en suspens, alors qu’une récente étude parue dans la revue Communication Earth & Environment, montrait que les fuites d’hydrogène réagissent chimiquement dans l’atmosphère, pour un bilan carbone par kilo 13 fois plus néfaste que celui du CO2 à horizon 100 ans ! De quoi polariser les experts des sous-sols entre enthousiastes et sceptiques. «Rockefeller était richissime alors que nous ne comprenions encore rien au système pétrolier», pointe de son côté Isabelle Moretti. Manière d'argumenter que pour les industriels, les connaissances viendront en forant.



