Malgré une participation minimale, Nissan devient «investisseur stratégique» de Renault au sein d’Ampère

Les difficiles négociations entre Nissan et Renault pour décider de la participation du constructeur nippon dans la nouvelle filiale électrique et logiciels du groupe français ont finalement abouti. Nissan va investir «jusqu'à 600 millions d’euros» dans Ampère et disposera d'un siège à son conseil d'administration. La fin d’un feuilleton.

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Luca de Meo Alliance
Le groupe Renault, emmené par Luca de Meo (en photo), pourrait annoncer une marge opérationnelle juste en deçà des 10% sur le premier semestre 2023.

C’est l’issue de longs mois de tractations particulièrement complexes pour faire oublier les déboires de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi dans la foulée de l’affaire Carlos Ghosn. Après avoir difficilement accouché en février 2023 d’une remise à plat de leur pacte pour les quinze années à venir, Renault et Nissan sont restés assis autour de la table. Désormais sur le même pied d’égalité, l’objet de leurs discussions était la future participation de Nissan au sein d’Ampère, la nouvelle filiale de Renault dédiée à l’électrique et aux logiciels. Ce mercredi 26 juillet, les accords définitifs tant attendus sont enfin signés.

Comme pressenti, c’est une communion a minima des deux alliés : Nissan annonce investir jusqu'à 600 millions d’euros dans la nouvelle entité. Le pourcentage de participation n'est en revanche pas explicité, comme il en avait été question en début d’année 2023. Après la présentation de la nouvelle mouture de l’alliance, Renault avait en effet expliqué que Nissan pourrait prendre «jusqu’à 15%» de participation dans Ampère. L’entité doit voir le jour en novembre et être introduite en Bourse au premier semestre 2024, où sa valorisation est espérée entre huit et dix milliards d’euros. 

En investissant au maximum 600 millions d’euros, Nissan est en tout cas très loin des 15% tant espérés. En cause, notamment, les déboires du yen. La monnaie japonaise est en chute libre depuis plusieurs mois, et le taux de change limite considérablement la manne financière du constructeur nippon. Ce qui n’empêche pas Renault de qualifier Nissan d'«investisseur stratégique» dans Ampère. Le constructeur y détiendra par ailleurs un siège au conseil d'administration.

«Cette opportunité d'investissement s'inscrit dans la stratégie d'électrification de Nissan, créant de multiples avantages possibles et des synergies qui complètent les objectifs et les initiatives de Nissan en Europe et potentiellement d’autres marchés», est-il précisé dans un communiqué, où la nouvelle «agilité stratégique» de l'Alliance est mise en avant.

Un dossier longtemps bloqué à Yokohama

Le dossier complexe s’est débloqué en quelques semaines, alors que l’horizon était encore très nuageux au mois de juin. En cause : une intense lutte interne au sommet de Nissan. Tout s’est précipité après le départ fin juin de son directeur des opérations, Ashwani Gupta, vraisemblablement peu friand d’un investissement dans Ampère. Les choses se sont accélérées, même si de nombreux détails restaient à régler. Outre le montant de la participation de Nissan, la protection de sa propriété intellectuelle (dans la conduite autonome, les véhicules hybrides, les batteries tout-solide ou encore les logiciels de gestion des batteries) et l’accès à certaines ressources (notamment des logiciels) ont nécessité d’importantes tractations.

Un accord a donc finalement été trouvé. Les querelles politiques outrepassées, l'alliance ressuscitée peut à nouveau se projeter. Quant au groupe Renault, il va pouvoir finaliser sa réorganisation, avec la séparation de ses activités thermiques et électriques. Après un redressement financier difficile, le géant tricolore va mieux. L’ensemble emmené par Luca de Meo pourrait même annoncer une marge juste en deçà des 10% sur le premier semestre lors de la publication de ses résultats ce jeudi 27 juillet. Certes, ce n’est pas autant que les concurrents, mais ce serait un excellent résultat, à même de permettre au groupe de financer son avenir dans l’électrique. 

De grandes ambitions pour Ampère

Désormais, Renault va pouvoir avancer sur ses deux jambes. D’une part, le projet Ampère, destiné à devenir le véritable fer de lance du groupe, est donc doucement en train d’émerger. Plusieurs décisions d’investissement sont toujours en attente, comme celles de Mitsubishi et Qualcomm. Les discussions se poursuivent, sans plus de précisions. Le constructeur n’a pas de temps à perdre dans la course à l’électrification. Il faut développer de nouveaux modèles et lancer la toute nouvelle gamme d’Alpine dans les prochaines années, tout en investissant plusieurs milliards d’euros dans le logiciel et le «software-defined vehicle» (plus connu sous l’acronyme SDV). Le groupe vise à développer une architecture logicielle comparable à celle de Tesla d'ici 2026. Dans un environnement automobile très concurrentiel, «Renault a intérêt à la développer au pas de course», lance un fin connaisseur du sujet.

D’autre part, l’entité Horse est déjà lancée. Officiellement incorporée début juillet, l'entreprise détenue par Renault (40%), Geely (40%) et Aramco (20%) est le symbole d’un changement de paradigme au sein de l'industriel français : son savoir-faire historique dans le thermique quitte la France pour s’établir à cheval sur l’Espagne et la Roumanie. La fin d’une ère, même si le moteur à combustion interne a encore quelques beaux jours devant lui, en dehors des frontières de l’Europe.

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