LAlliance Renault-Nissan-Mitsubishi veut renaître de ses cendres. Les trois constructeurs automobiles ont présenté en février un accord pour redéfinir les termes de leur partenariat. Pour Renault et Nissan, c’est l’aboutissement d’une longue négociation censée réparer les dommages de l’affaire Carlos Ghosn. Oublié la course aux volumes et les tentatives de fusion. L’Alliance est désormais placée sous le signe de l’égalité.
Au centre du deal : le rééquilibrage des participations croisées. Depuis des années, le sujet cristallise les tensions entre Renault et Nissan. «Le statu quo n’était plus possible», a affirmé Jean-Dominique Senard, le président de Renault. Le français va diminuer sa participation chez Nissan à 15% et le groupe japonais détiendra autant de capital chez Renault. Ces niveaux seront figés pendant quinze ans grâce à des obligations de conservation et de plafonnement.
Après ce débroussaillage, l’Alliance va-t-elle fleurir ou flétrir ? Les investisseurs semblent partagés. «En éliminant le ressentiment politique dans le camp japonais et en se concentrant sur quelques projets concrets, l’Alliance peut repartir sur des bases saines», estime Michael Foundoukidis, d’Oddo BHF. Nissan devrait ainsi investir un montant non communiqué dans Ampere, la nouvelle entité de Renault dédiée à l’électrique et au logiciel. «Pour tous les développements technologiques, l’effet taille est non négligeable», souligne l’analyste.
En plus de pacifier les relations avec son partenaire, Renault va pouvoir revendre 28,4% de parts dans Nissan. Valorisé 3,8 milliards d’euros en février, ce trésor de guerre pourrait soulager les besoins en capitaux du groupe français. Celui-ci va placer cette participation dans une fiducie, en attendant que les cours remontent. «Libéré du carcan de l’ancienne Alliance, Nissan pourra peut-être se redresser plus facilement, ce qui sera bénéfique pour le cours de son action», prévoit Philippe Houchois, analyste financier chez Jefferies.

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Une «autonomie stratégique» retrouvée
Pour d’autres observateurs, le rééquilibrage des participations acte une rupture entre les deux partenaires. «Il y a beaucoup de communication pour faire semblant de s’en aller sans perdre la face... Mais on peut difficilement prétendre que réduire la participation est un signe de renforcement de l’Alliance», juge Pierre-Yves Quéméner, analyste chez Stifel.
L’Alliance n’est pas une fin en soi, c’est une opportunité supplémentaire.
— Luca de Meo, directeur général de Renault
L’accord semble en tout cas enterrer définitivement le rêve d’une fusion complète entre Renault et Nissan, chimère de l’ère Carlos Ghosn. «L’Alliance n’est pas une fin en soi, c’est une opportunité supplémentaire», a résumé Luca de Meo, le directeur général de Renault. Cette union libre a nécessité d’établir un cadre plus clair pour le partage des brevets technologiques. «Dans les moteurs thermiques et hybrides de l’Alliance, il y a des pièces développées par Nissan. Ils ne veulent pas que cela soit cédé à des tiers», a rapporté une source proche des discussions.
Le sujet était d’autant plus sensible que Renault s’est associé au chinois Geely pour développer des activités liées aux moteurs thermiques, dans le cadre du projet Horse. «Les deux constructeurs retrouvent de l’autonomie stratégique. Rien n’empêcherait Nissan de conclure aussi des accords avec d’autres constructeurs, notamment aux États-Unis et en Chine, où Renault est peu présent», remarque Philippe Houchois.
Salve de projets industriels communs
Désireux de manifester leur réconciliation, les trois partenaires ont annoncé une salve de projets industriels communs. Notamment en Amérique latine et en Inde, où ils ont du mal à s’imposer individuellement. «À deux, nous représentons 10% du marché mondial. Les 90% restants sont à conquérir», a lancé Luca de Meo. Forcé de quitter la Russie, Renault a fortement perdu en envergure internationale. En 2022, le constructeur français a vu ses volumes mondiaux plonger de 24%.
Le nouvel accord de l’Alliance prévoit plusieurs partages d’usines. En Argentine, l’usine Renault de Cordoba servira par exemple à assembler des pick-up pour Nissan. En contrepartie, l’usine mexicaine de Nissan produira un nouveau modèle pour Renault. «L’Amérique latine est un marché volatil, donc plus nous avons de points de présence, moins nous prenons de risques», a expliqué Luca de Meo.
Des projets similaires sont en préparation en Inde. «Les constructeurs craignent de rater ce qui pourrait être le prochain grand marché automobile, après la Chine. Et ils réfléchissent à fabriquer sur place des modèles électriques à moindre coût pour l’Europe. Renault le fait déjà en Chine avec la Dacia Spring», analyse Philippe Houchois. Selon Luca de Meo, l’ensemble des nouveaux projets annoncés par l’Alliance pourrait se traduire par des centaines de millions d’euros de synergies chaque année, voire plusieurs milliards «si tout fonctionne à la perfection».
Une Alliance houleuse
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1999
Renault acquiert 36,8% de son concurrent japonais. Il échoit alors à Carlos Ghosn de relancer Nissan au bord de la faillite. Une mission que le dirigeant accomplit au prix d’une sévère réduction de l’effectif et de fermetures d’usines. Au fil des années, Nissan devient la vache à lait de l’Alliance. -
2016
L’Alliance embarque un nouveau partenaire : Mitsubishi, dont Nissan devient actionnaire. En 2017, elle atteint l’un des objectifs ultimes de Carlos Ghosn : devenir le premier constructeur mondial de véhicules particuliers, devant Volkswagen et Toyota. -
2018
Le tout-puissant dirigeant de l’Alliance est arrêté au Japon pour soupçons de malversations. Les dissensions entre Renault et Nissan éclatent au grand jour. En France, Renault sombre dans la crise, plombé par les conséquences de la course aux volumes. -
2020
Plongée dans une crise sans précédent, l’Alliance présente un nouveau plan stratégique. Il est organisé selon une logique de référent-suiveur, par zone géographique et par technologie, afin de capitaliser sur les savoir-faire de chacun des groupes. L’Alliance tente depuis cette date de relancer des projets industriels.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3176 - Mars 2023



