Coup d'envoi imminent pour la production de vaccins contre le Covid-19 en France. Ou plus précisément d'une des étapes entrant en ligne de compte dans la fabrication de doses. Le laboratoire français Delpharm va commencer la mise en flacon et le conditionnement du produit de Pfizer/BioNTech mercredi 7 avril, sur son site de Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir).
Trois autres industriels – le suédois Recipharm, le façonnier Fareva et le géant pharmaceutique français Sanofi – doivent suivre d'ici l'été. "250 millions de doses de vaccins anti-Covid sortiront des lignes de production des usines françaises pour sécuriser les approvisionnements de l'UE d'ici la fin 2021", a annoncé la ministre chargée de l'Industrie, lors d'un point presse virtuel mardi 6 avril, sans préciser combien de doses seraient produites sur chaque site. Elles seront ensuite réparties en fonction des doses attribuées à chaque pays de l'Union.
Une nouvelle mise en avant par le gouvernement alors que la vaccination en France accuse un retard important par rapport aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, et que des voix se sont élevées pour critiquer les insuffisances de la recherche française en matière de santé.
Agnès Pannier-Runcher a également indiqué que trois sites de production de substances active à ARN messager seront financés dans les prochaines années par le plan de relance économique dédié à la relocalisation de l'industrie française. Une "priorité pour assurer la souveraineté française en matière de santé". En attendant, L'Usine Nouvelle vous en dit plus sur ces fabricants et leurs usines françaises d'ores et déjà mobilisés pour la production de vaccins.
Delpharm engagé aux côtés de Pfizer/BioNTech en Eure-et-Loir
Delpharm remplira et conditionnera à partir du 7 avril des doses du vaccin Pfizer/BioNTech sur son site d’injectables stériles à Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir). Le groupe français a déjà embauché 40 personnes et prévoit d’en ajouter encore 60 pour atteindre 300 salariés sur le site d’ici à l’été. Des investissements dans des infrastructures de froid ont également été réalisés. "Nous avons acheté 55 congélateurs et cinq tonnes de glace carbonique seront nécessaires pour assurer l’expédition à -70°C de chaque lot de vaccin", a précisé Stéphane Lepeu, son directeur général délégué, au magazine Challenges.
D’autres projets pourraient être déployés, en particulier sur « notre site de produits stériles à Tours. Rien n’est encore signé. Nous examinons la possibilité d’augmenter les capacités », confiait-il il y a quelques semaines à L'Usine Nouvelle.
Recipharm mobilisé pour Moderna en Indre-et-Loire
Sur son site de Monts, en Indre-et-Loire, le suédois Recipharm doit lancer le remplissage et le conditionnement du vaccin de Moderna "d'ici deux semaines", a indiqué Agnès Pannier-Runcher. Là encore, aucun détail sur les volumes n'ont été avancés. Mais le groupe aurait étoffé ses équipes en recrutant 60 personnes, portant à 300 le nombre de collaborateurs présents sur le site. Des lignes de production en continue 24 heures sur 24 auraient également été aménagées. La production était initialement prévue à la mi-mars, mais "un goulot d'étranglement dû aux délais dans la production de la substance active que Moderna produit depuis son site suisse de Lonza" expliquerait ce retard, selon la ministre.
Spécialisée dans les produits injectables et le remplissage aseptique, l’usine de Recipharm à Monts avait été acquise auprès du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca en 2007. Sur place sont fabriqués de nombreux produits, en particulier des anesthésiques locaux, mais pas encore de vaccin. Le site recevra la matière active depuis les installations européennes de Lonza, géant suisse et mondial de la chimie pharmaceutique et sous contrat avec Moderna dans le cadre de ce vaccin.
Fareva se prépare pour CureVac
Fin mai, le spécialiste français de la sous-traitance pharmaceutique Fareva va dédier deux sites à la production du vaccin à ARN messager de l’allemand CureVac - en cours d'autorisation par l'Agence européenne du médicament - dans l'Eure et dans les Pyrénées-Atlantiques. Implanté au Luxembourg, collaborera avec CureVac. À Pau (Pyrénées-Atlantiques), sur un site de 250 salariés repris l’an passé à Pierre Fabre, il s’agira d’opérations de remplissage stérile de flacons. À Val-de-Reuil (Eure), Fareva produira un éluant (solvant) nécessaire à la formulation de ce vaccin ARNm. Les opérations devraient démarrer au second semestre 2021.
Sanofi met deux usines à disposition
Enfin, Sanofi Pasteur mettra à contribution son site de Marcy-L’Etoile (Rhône) pour le remplissage du vaccin de Johnson & Johnson, "dés qu'ils auront le principe actif pour mettre les chaines de production en marche, autour de juin ou juillet", a avancé Agnès Pannier-Runacher.
Le géant français doit également commencer d'ici le troisième trimestre la production de 125 millions de doses de Pfizer/BioNTech sur son site allemand de Francfort, en attendant de mettre sur le marché son propre vaccin, qui ne sera pas opérationnel avant 2022.



