L'Usine Nouvelle.- Qu’est-ce que cela vous fait de diriger le site le plus avancé de STMicroelectronics ?
Eric Gerondeau. - C’est une grande fierté pour moi de diriger un site emblématique des métier et des expertises de ST. C’est aussi une grande responsabilité au vue de l’ensemble des défis qui nous attendent tous. Ce qui m’intéresse, c’est l’aventure humaine, cette opportunité de réussir ensemble. Chez ST, nous sommes bien servis. Dans la réalisations de puces, j’ai un parcours porté vers les clients au niveau de la conception et de l’intégration dans les applications. Je suis dans une démarche d’effort collectif avec une bonne dose d’innovation.
Quels sont les défis que vous devez relever dans votre travail?
D’abord assurer la sécurité de tous en toutes circonstances. Nous avons connu en 2020 une année inédite qui a mis en lumière la nécessité d’assurer à la fois la sécurité des salariés et la continuité d’activité pour tous nos clients. C’est toujours ma priorité pendant cette pandémie. C’est aussi faire en sorte que toutes les équipes soient mobilisées dans ces deux objectifs en termes de moyens humains, d’organisation du travail et d’équipement.

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Le site de Crolles est connu pour être un bastion syndical. Comment gérez-vous cela ?
Le développement du site passe par le dialogue et l’écoute. Les organisations syndicales sont nos partenaires. Dans des périodes comme celle de la crise sanitaire actuelle et face à l’inédit, le dialogue s’impose. Nous avons eu l’occasion de travailler avec les syndicats pour mettre en place des mesure de protection des salariés et assurer la continuité de l’activité.
Justement, commentavez-vous maintenu la continuité de la production tout en garantissant la sécurité des salariés ?
Nous avons bénéficié de la dimension internationale de ST avec une présence dans plus de 80 pays. Nous avons ainsi été alertés dès janvier 2020 de la crise sanitaire à partir de notre implantation en Chine. Nous avons ensuite vu la pandémie se développer et toucher en février 2020 nos collègues en Italie. Cela nous a permis de mettre en place des mesures sanitaires très tôt. Notre priorité a été la protection des salariés, avec l’installation sur le site de plus de 250 distributeurs de gel hydroalcoolique remplis plusieurs fois par jour. Pour éviter tout risque de pénurie, nous en avons produit nous-mêmes 17 000 litres sur le site. Nous en avons fait don de 12 000 litres aux hôpitaux et professionnels de santé dans le bassin de Grenoble.
Nous avons également mis en place certaines règles de circulation sur le site, séparé les flux entrants et sortants, et décalé les prises de postes pour réduire les croisements d’équipes de production. Nous avons imposé des règles de distanciation de 1 mètre et aujourd’hui 2 mètres dans les salles de réunion, les espace de pause et de restauration, et favorisé le télétravail pour tous les salariés dont le poste et la mission ne nécessitent pas une présence sur site comme la R&D ou certaines fonctions de support de la production. Pendant le premier confinement, nous avons honoré toutes les commandes. Nous avons constaté néanmoins une baisse de la demande dans certaines applications comme l’automobile. Nous avons ajusté notre production en conséquence et réduit le personnel présent dans la salle blanche. Un accord conclu au niveau national avec les syndicats nous permettait d’aller jusqu’à 50 % dans cette réduction au plus fort de la période de confinement.
Votre site est classé Seveso seuil haut. Qu’avez-vous appris de l’incendie de Lubrizol à Rouen en sept 2019 ?
Nous avons échangé avec les services de la Dreal (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) sur les enseignements à tirer de l’incendie de Lubrizol. Nous avons renforcé nos procédures d’exercice de situation de crise incendie, notamment dans les plages d’horaires décalés et des équipes de nuit et week-end.
Le site est en pleine expansion. Mais la production est très automatisée. Est-ce que ce développement se traduit par des embauches ?
Nous avons la chance d’appartenir à une société en croissance qui a confiance dans les équipes de Crolles et qui investit dans l’expansion du site. Pour accompagner ce développement, nous avons besoin de recruter et d’attirer des talents, et faire en sorte qu’ils s’épanouissent. Nous avons créé plus 250 postes en CDI en 2020 malgré une période inédite d’incertitude. Et nous avons l’objectif de créer plus de 200 CDI cette année en majorité dans les opérations industrielles et l’activité de R&D.
ST est souvent pointé du doigt comme un mauvais élève en matière de féminisation. Du moins pour le Comex. Qu’en-t-il de la situation à Crolles ?
Nous avons parmi nos salariés à Crolles 30 % de femmes avec des disparités entre les différentes catégories. Nous avons plus d’opératrices et moins de techniciennes ou d’ingénieures. Nous travaillons pour atteindre la parité, mais nous souffrons du déficit de jeunes femmes dans les filières de formation techniques. Nous avons mis en place des programmes orientés vers les jeunes filles pour leur présenter nos métiers et leur donner l’envie de suivre des formations techniques et scientifiques pour un jour nous rejoindre. Nous leur montrons que nos métiers peuvent être exercés par des femmes et qu’elles peuvent s’y épanouir. Nous avons aussi un programme d’accompagnement de jeunes femmes à la reconversion dans nos métiers. L'une de nos salariées a ainsi travaillé comme maquettiste dans les spectacles avant de devenir technicienne de maintenance.
L’industrie des semi-conducteur est vue comme conservatrice vis-à-vis du cloud et du numérique. Où en êtes-vous dans l’utilisation du digital sur votre site ?
Dans le cadre de notre démarche d’excellence opérationnelle, nous investissons dans le numérique et l’utilisons pour la gestion des données en grand volume avec stockage dans un lac de données résidant éventuellement dans le cloud. Notre priorité absolue est la sécurité des données. Nous nous assurons que les espaces de stockage utilisés chez des tiers soient sécurisés contre les cyberattaques et tous les autres risques. L’incendie d’un datacenter d’OVH rappelle combien cette préoccupation d’assurer la sécurité, la disponibilité et l’intégrité des données est importante. Nous avons mis en place des jumeaux numériques pour le pilotage en temps réel de nos processus industriels. Ainsi nous savons à n’importe quel moment l’état de l’outil de production et où se situe le lot de production. Dans le cadre de la nouvelle extension de l’usine de 300 mm, nous utilisons le numérique pour simuler en 3D le bâtiment et préparer l’architecture jusqu’au passage de chaque canalisation qui va amener les produits chimiques et fluides nécessaires à la production.
En ce moment, il y a une pénurie de puces, notamment pour l’automobile. Que faites-vous à Crolles pour aider à la résorber?
Je ne peux pas commenter cette situation. Nous avons déjà ouvert une extension de notre usine de 300 mm et lancé la construction d’une autre. Le groupe a annoncé l’augmentation de ses investissements en 2021 entre 1,8 et 2 milliards dollars. Nous sommes portés par un marché des semi-conducteurs en forte croissance, qui pourrait doubler d’ici à la fin de la décennie. C'est à cette perspective que nous nous préparons.



