Les ultimes révélations du Sénat dans l'affaire Nestlé Waters

La publication de l’épais rapport de la Commission d’enquête sénatoriale sur les pratiques des minéraliers, lundi 19 mai, s'accompagne de nouvelles révélations. Le document détaille comment, à la demande de Nestlé Waters et avec l’appui du gouvernement, un rapport de l’Agence régionale de santé du Gard a été édulcoré.

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Perrier Vergèze
Un rapport en lien avec la réorganisation de l'usine où est produit le Perrier a été édulcoré à la demande de l'industriel.

Au tour du Sénat d’alimenter la chronique des révélations. A l’occasion de la vaste revue des pratiques des minéraliers menée par la chambre ces derniers mois, qui a abouti sur un épais rapport publié le 19 mai, les sénateurs indiquent avoir été informés par un lanceur d’alerte. Le récit qui en ressort, appuyé par des échanges écrits, est l'illustration même des dysfonctionnements de l’Etat dans cette affaire qui restera marquée du sceau de Nestlé Water, le minéralier ayant déployé à grande échelle des systèmes de traitement incompatibles avec l’appellation «eau minérale naturelle».

Le contexte : une réunion en lien avec la réorganisation de Perrier

L’histoire se déroule fin 2023 avant que l’affaire n’éclate publiquement suite aux révélations du Monde et de Radio France en janvier 2024. A Vergèze, où Nestlé Waters possède la marque Perrier, l’industriel a déjà réorienté une partie de la production du site. Il n’est plus question d’eau minérale pour ces nouvelles bouteilles mais d’eau gazeuse aromatisée, ce qui permet de maintenir certains traitements en toute légalité, vendue sous la marque émergente «Maison Perrier». Une réunion, présidée par le préfet du Gard, en présence des services de l’Etat, d’experts et de consommateurs, se tient alors pour examiner un rapport de l’Agence régionale de santé (ARS) locale. Ce dernier fait suite à des prélèvements sur le site de Nestlé suite aux demandes de l’industriel de réorganiser sa production.

Muriel Liénau, présidente de Nestlé Waters, adresse un mail le 29 novembre 2023 à l'autorité régionale, le directeur général de l’ARS Occitanie, Didier Jaffre, lui faisant part de ses préoccupations quant au rapport de l'ARS du Gard. Didier Jaffre écarte alors la demande de l’industriel. Mais ce dernier n’en reste pas là. L’affaire remonte aux cabinets des ministères de la Santé et de l’Industrie. Le 1er décembre, le mail d’un membre du cabinet du ministère de la Santé indique aussi : «Après avoir eu au téléphone Didier (Jaffre, ndlr), je comprends, à la différence de son mail ci-après que ces équipes (sic) ne feront pas état de ces mesures dans le document qui sera transmis». Autrement dit, le directeur de l’ARS Occitanie accède aux demandes ministérielles, après que le cabinet de la santé ait été sollicité par Nestlé Waters, de dissimuler les contaminations détectées dans la source. 

Des échanges nourris entre Nestlé, l'Etat et les ARS

Les demandes ne se limitent pas à l’ARS Occitanie mais ciblent aussi directement l’antenne départementale. L’ARS du Gard reçoit une demande de modifications provenant directement de sa préfecture. Le directeur général de l’ARS du Gard, Guillaume Dubois, adresse le 1er décembre le courriel suivant à Didier Jaffre à l’issue des échanges : «Nous proposons cette version en rouge, mais on ne peut pas aller au-delà. Si cela ne convient pas au préfet il faudra que tu l’appelles, il a dû avoir les dirigeants du groupe au téléphone et je crains qu’il ait pris des engagements un peu à la va-vite.» Didier Jaffre indique alors nourrir des échanges avec le ministère de la Santé, Muriel Liénau et le préfet du Gard, Jérôme Bonet.

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Les modifications ne suffisent pas. En début de soirée, le directeur industriel de Nestlé Waters, Ronan Le Fanic, transmet directement ses corrections à l’ARS du Gard. «Il s’agit pour Nestlé Waters de dissimuler la contamination par des bactéries E. Coli et Entérocoques intestinaux, mais aussi par des herbicides et des métabolites de pesticides», note le rapport du Sénat. A l’appui de ses dires une version "avant/après" du rapport est adjointe au document (voir page 95). Le 4 décembre, le courriel de l’un des fonctionnaires chargés de la rédaction du rapport va demander à ce que sa signature soit retirée après ces modifications au motif «qu’il ne correspond plus vraiment aux éléments rapportés dans le dossier».

Nestlé et l’Etat central ont toutefois obtenu satisfaction à en croire ce mail de Didier Jaffre au cabinet du ministère de la Santé : «J’ai eu la présidente de NW (Nestlé Waters, ndlr) ce we (week-end, ndlr) pour valider ensemble le document (…) ; il n’y a donc plus de sujet sur le document (…). Je lui ai aussi demandé leurs EDL (éléments de langage, ndlr) pour la suite.» Des révélations qui éclairent sur les conditions dans lesquelles certains arbitrages ont pu être rendus.

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