Quatre syndicats français de la métallurgie – CFE-CGC, CFDT, CGT et FO Métaux – unissent leurs voix pour alerter sur la fragilité de l’écosystème automobile européen. Dans un courrier adressé aux députés et commissaires européens, ils demandent des contreparties industrielles et sociales au paquet «omnibus», qui vise à simplifier les cadres réglementaires dans le cadre du Pacte vert européen.
«Il faut passer du constat aux actes», martèle Cyril Vincent (CFE-CGC Métallurgie), en évoquant la multiplication des fermetures de sites et les suppressions d’emplois chez les équipementiers. «Quel que soit le pays, les entreprises sont en souffrance car les donneurs d’ordre privilégient la sous-traitance hors d’Europe.»
40 à 50% de contenu européen
La demande phare des syndicats est claire : imposer que 40 à 50% de la valeur des composants (hors batterie) d’un véhicule assemblé en Europe soit d’origine européenne. Une mesure jugée indispensable pour enrayer le décrochage industriel et protéger les emplois ainsi que les savoir-faire historiques du continent.
Pour Frédéric Vion (CFE CGC Métallurgie), «les constructeurs ont obtenu une flexibilité sur les objectifs CO2, mais sans aucune contrepartie de production locale pour les équipementiers. Il est temps de rééquilibrer les choses». Il évoque notamment l’assouplissement de la norme CAFE, qui oblige les constructeurs à abaisser les émissions de CO2 de leurs véhicules.
Face au précédent nord-américain, un bouclier industriel européen
Les syndicats rappellent dans leur courrier que les États-Unis, le Canada et le Mexique imposent déjà un contenu local à 75% dans leur industrie automobile, via l’accord USMCA. «Pourquoi l’Europe reste-t-elle à la traîne ?», interroge la lettre. «Ce sont des mesures protectionnistes, ce n’est pas un gros mot. Il faut des contreparties européennes pour protéger l’Europe et les travailleurs européens des autres pays qui le font déjà», défend Olivier Lefebvre (FO Métaux).
Une dynamique européenne à construire
Pour Benoît Ostertag (CFDT Métallurgie), il est urgent d’établir «une stratégie industrielle européenne qui prenne en compte non seulement l’assemblage, mais aussi la R&D et la fabrication locale». Les représentants syndicaux le martèlent, «ce n’est pas une bataille franco-française. C’est au niveau européen que ça doit se jouer.»
Face aux délocalisations massives, les syndicats veulent mobiliser au-delà des frontières nationales. Des actions de lobbying sont prévues à Bruxelles et Strasbourg, ainsi que des échanges avec des syndicats d’autres pays européens, comme en Italie, où des discussions seraient déjà en cours avec leurs homologues (la FIM-CISL, la FIOM et l’Uilm).
Une fenêtre législative serrée
Ce courrier s’insère dans une dynamique de plaidoyer pour le contenu local démarrée fin 2024, notamment à travers la voix de Christophe Périllat, directeur général de Valeo. Les syndicats espèrent faire inscrire des amendements au paquet omnibus d’ici fin juin, puis à nouveau à l’automne lors d’une seconde séquence législative. «Si on ne saisit pas cette opportunité maintenant, on va rater le coche, et reconstruire un tissu industriel coûtera beaucoup plus cher demain», conclut Cyril Vincent.



