Les secteurs de l'agroalimentaire français dopés par la crise du Covid-19... et les perdants

Si le secteur de l'agroalimentaire français maintient la tête hors de l'eau grâce à des ventes record dans certains rayons, d'autres segments sont toujours à la peine. L'Usine Nouvelle fait le point sur les gagnants et les perdants.

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 Usine vendéenne de Fleury Michon à Mouilleron
L'usine de Fleury Michon. Les plats préparés ont ils séduit les Français durant les confinements de 2020 ?

Avec une baisse de ses volumes de 2,9% en 2020, l'agroalimentaire est l'un des secteurs de l'industrie qui a le mieux résisté à la pandémie. "Cette baisse est trois à quatre fois moins forte que celle enregistrée pour l’ensemble des activités en France", commente l'Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) dans sa dernière note de conjoncture. Cette résilience de l'alimentaire français cache toutefois de grandes disparités entre les secteurs.

L'épicerie salée tire son épingle du jeu

Les industriels des légumes surgelés et de la conserve font partie de ceux qui ont le plus profité de la période. Selon les chiffres communiqués par l'interprofession, les achats en magasins ont enregistré des croissances records de +8,5 % en volume pour les surgelés et +7,7 % pour les conserves sur les neuf premiers mois de 2020 par rapport à la même période en 2019.

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Comme la farine ou les pâtes, dont la demande a bondi respectivement de hausses respectives de 150 % et 97 % lors de l'annonce du deuxième confinement, les légumes surgelés et en conserve font partie des denrées dites "de stockage". Résultat, dans cette filière aussi les deux confinements ont entraîné de forts pics de consommation : +31 % pour les surgelés et +28 % pour les conserves en volume lors du confinement du printemps et + 50 % en valeur pour les légumes cuisinés surgelés. "Cela illustre la résilience et la flexibilité de nos entreprises qui ont réussi à s'adapter à la nouvelle demande et à absorber les pics" observe Olivier Morel, président de l'interprofession qui comprend des industriels comme d'Aucy ou Bonduelle. 

Bilan mitigé pour les produits frais

Du côté des produits frais, le bilan est plus contrasté. Les ventes du rayon crèmerie ont progressé, en 2020, de 6,3 % en valeur et 4,4 % en volume, tirées notamment par la catégorie "lait de consommation" qui a gagné 120 millions de litres vendus pendant la période. Mais d'autres segments ont souffert. Comme le fromage à la découpe qui connu un recul de 60% en moyenne de son chiffre d'affaires.  

Autre difficulté: la dépendance de ce secteur à la restauration hors domicile, qui n'a pu être compensée par l'augmentation des ventes en distribution. L'entreprise Laïta, propriétaire des marques Paysan Breton réalise près de la moitié de ses ventes à l'export et dans la restauration hors domicile : "La croissance de la GMS, de 10 à 15 %, n’a pas contrebalancé la baisse de la RHF de 20 %", note Jacques Klimczak, directeur marketing du groupe coopératif dans une interview accordée à LSA.

Les boissons et les pommes de terre dans le rouge

La dépendance à la consommation des bars et restaurants est l'un des éléments qui a pénalisé le secteur des boissons. "35% des volumes nationaux de vente sont dépendants du tourisme, événementiel, et du circuit cafés-hôtels-restaurants. Pour beaucoup de PME, cela monte à 60%, jusqu’à 100%" estime Maxime Costilhes, délégué général de Brasseurs de France. Conséquence, bien que le syndicat n'ait pas encore enregistré de fermetures, "10% de nos adhérents brasseurs ont totalement stoppé leur production actuellement" explique le responsable, qui représente 3500 entreprises pour un chiffre d'affaires de 4,1 milliards d'euros.

Laure Bomy, directrice générale de la Fédération nationale des boissons (FNB), qui représente les distributeurs-grossistes en boissons, estime que de "juin à août, nos entreprises étaient jusqu’à –30% de ventes sur un an; de septembre-octobre, le chiffre s'est écroulé entre moins 50% et moins 60% de notre chiffre d'affaires avec, en période de confinement des pics bas à -95%."

Autre grande victime du confinement : la pomme de terre dont la consommation dans les restaurants représente, selon le Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre (Gnit), 50% des débouchés. "Les usines françaises de transformation de pommes de terre ont connu un plongeon de leur activité avec – 28,4 % en août, – 14,1 % en septembre et – 10,9 % en octobre" communique la GNIT. Pour faire face à cette situation, le secteur demande à ce que les 10 millions d'euros d'aides promises par le gouvernement en juin 2020 soient débloquées.

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