Sept accélérations (record d’Europe pour un grand huit en acier), 110 kilomètres à l’heure et un point culminant à 51 mètres de hauteur (record de France), ainsi que 23 «airtimes», ces moments où les passagers se décollent de leur siège (record du monde) : vertigineux sont les chiffres qui caractérisent l’attraction Toutatis, inaugurée ce samedi 8 avril au Parc Astérix.
A Plailly (Oise), le deuxième parc d’attractions de France (400 employés permanents et 2 000 saisonniers) a investi 36 millions d’euros, la plus grosse somme consentie depuis son ouverture en 1989, pour s’offrir une nouvelle zone de trois hectares, soit 10% de surface supplémentaire, comprenant cette attraction flambant neuve, un manège familial (Chez Gyrofolix), deux points de restauration et une boutique.
La grande descente attendra
Avec une chute inclinée jusqu’à 101 degrés, ponctuant un parcours de 1 328 mètres (environ 30% plus long que les autres montagnes russes du parc), Toutatis constitue le clou du spectacle. «Il s’agit d’un launch coaster : on va donner de l’énergie au train par des lanceurs électromagnétiques. Cela nous permet de ne pas forcément avoir les éléments les plus rapides au début de l’attraction», décrit Matthieu Gallus, chef de projets au Parc Astérix.
Cette technologie, apparue sur le marché il y a une quinzaine d’années, est une première pour le parc, connu pour ses montagnes russes dotées d’une montée à chaîne (Goudurix, Tonnerre 2 Zeus, OzIris…). Elle permet également d’adapter la vitesse du train au poids des passagers et à la température. Pour les besoins du Parc Astérix, les lanceurs ont été combinés à la possibilité de réaliser des changements d’aiguillage en cinq secondes.
L'attraction en vidéo :
Une nouvelle norme intégrée
A l’issue d’un l’appel d’offres lancé fin 2017, le Parc Astérix a sélectionné le constructeur suisse Intamin. «Dans le monde, il y a une dizaine de constructeurs de grands huit, et il n’y en a pas en France. Mais la fabrication s’est effectuée en Europe, avec des normes très exigeantes. Suite à la dernière norme, l’épaisseur des rails a augmenté», indique Matthieu Gallus.
Lancée en 2019 et appliquée par anticipation, la norme européenne EN 13814 (sécurité des manèges et des dispositifs de divertissement) prévoit que toutes les attractions doivent être garanties pour ne pas avoir de fissures avant 5 millions de cycles, soit quarante à cinquante années d’exploitation. Toutatis doit être arpenté par 60 trains par heure, durant une dizaine d’heures par jour, durant 200 jours par an, soit un horizon fixé à 41 ans. Des contrôles périodiques sont effectués.
Même si le Covid-19 a décalé d’un an et demi la livraison de l’attraction, les responsables du parc se félicitent d’être passés entre les gouttes de l’inflation. «Nous avions tellement peur des délais d’approvisionnements que nous avons versé de gros acomptes aux entreprises. Le 8 ou le 15 avril, les gens paient le même prix, donc ils doivent disposer du produit. Sur les prochains projets, l'impact de l'inflation sera plus difficile», explique Matthieu Gallus.
Peu de tolérance pour le gros oeuvre
Le chantier a démarré en septembre 2021 avec le lot voirie et réseaux divers et le gros œuvre. «La particularité a consisté à imposer des tolérances à 2,5 millimètres au carré en termes d’ancrages de fondations, données par le constructeur de l’attraction, au-dessus des pieux de fondations. Cela a été assez nouveau pour les entreprises de gros œuvre. Toutes les cinquante fondations, un compte-rendu a été remis au constructeur de l’association», poursuit le chef de projet. Le montage du coaster s’est effectué aux deux-tiers entre janvier et mars 2021, puis s’est étalé par plages de six mois, avec quinze jours d’avance pour la disponibilité des rails. Douze personnes spécialisées dans le montage de grands huit ont été mobilisées.
Depuis la mise en service effective de l’attraction, le constructeur forme les équipes du parc. Intamin accompagnera aussi le lancement de l’exploitation commerciale. Toutatis prend place dans la zone «la plus décorée du parc», avec de nombreux éléments en béton sculpté, dont une statue haute de 11 mètres. Quant à savoir si les nombreux airtimes font peur, Matthieu Gallus rappelle qu’ils «apportent beaucoup de peps à l’expérience»...



