Un temps prévue pour 2013, reportée, mise en pause pour un délai indéterminé… L’histoire de la mine d'uranium d’Imouraren, découverte dans les années 1960 par Orano (à l’époque Areva) au Niger, n’a pas été un long fleuve tranquille. Mais le gisement, touché par les difficultés de l’industriel français et les soubresauts des cours de l’uranium, longtemps déprimés à la suite de la catastrophe japonaise de Fukushima, pourrait enfin sortir de son cocon. Jeudi 4 mai dernier, l’industriel français présent sur tout le cycle de l’uranium – de son extraction et du raffinage en amont des centrales, à son stockage et sa valorisation en aval – a annoncé la signature d’un accord de partenariat avec l’Etat du Niger.
Ce dernier consacre, entre autres, 85 millions d’euros pour la création de deux pilotes d’extraction d’uranium par pompage sur le gisement, avec pour objectif de tester la viabilité technique et économique de cette méthode. Peu après l'annonce, le 12 mai, Orano a dû évacuer son personnel expatrié près de la ville d'Arlit, vers la capitale Niamey, en raison d'un risque sécuritaire. Une alerte qui n’a «pas d’incidence sur les activités opérationnelles d’Orano au Niger ni sur les investissements prévus», assure le groupe à l'Usine Nouvelle.
200 000 tonnes d’uranium en réserve
Imouraren serait le troisième gisement exploité par Orano au Niger. Il se situe à 80 kilomètres au sud de celui d’Akouta, aujourd’hui en cours de fermeture, et de celui de Somaïr, toujours en exploitation et dont la date d'épuisement est estimée à 2040. «C’est un gisement de classe mondiale du fait de ses réserves, estimées à 200 000 tonnes d’uranium, indique Matthieu Davrinche, représentant d’Orano au Niger et directeur général du projet Imouraren. Mais si on le compare aux autres, il est deux fois plus profond et la teneur du minerai (700 parties par millions, soit 0,07%) est trois fois inférieure à celle de Somaïr. Même si la capacité du gisement est énorme, cela pose des difficultés économiques».
C’est face à cette situation géologique qu’Orano, qui cherche à pérenniser sa présence au Niger et à profiter de la remontée des cours de l’uranium, veut tester une nouvelle technologie : la récupération in situ par pompage (ou ISR, selon l’acronyme anglais en usage). Une méthode considérée bien adaptée et moins chère pour les gisements profonds et à faible teneur, alors que les premiers plans du groupe minier, dans les années 2010, prévoyaient de creuser une mine à ciel ouvert sur toute la surface du gisement de huit par quatre kilomètres.

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Aspirer le métal de la terre
Jamais utilisée au Niger, cette méthode n’est pas nouvelle. Selon la World nuclear association, elle représentait en 2019 près de 31 500 tonnes d’uranium, soit 57% de la production de l’année. Concrètement, les infrastructures ressemblent à des cellules hexagonales, au sein desquelles six puits d’injection entourent un puits central, destiné à aspirer l’uranium du sol.
«Le principe est de faire circuler dans les zones minéralisées une solution porteuse d’un réactif pour mettre l’uranium en solution, et ensuite pomper le liquide qui le contient pour l’acheminer vers une usine de traitement», décrit Matthieu Davrinche. En clair, au lieu de creuser pour atteindre l’uranium, on noie le gisement dans un liquide acide qui dissout le métal, avant d’aspirer ce jus, et le métal avec. A Imouraren, le réactif utilisé serait de l’acide sulfurique, mais «les injections seraient de l’ordre de 40 grammes par litre de solution : c’est loin d’être de l’acide pur, c’est de l’eau acidulée», précise le cadre d’Orano.
Une technique étonnante, mais jugée plus écologique que les mines à ciel ouvert classiques, et qu’Orano utilise d’ailleurs déjà au Kazakhstan. Celle-ci est moins énergivore que les mines classiques en raison de l’absence de gros engins miniers consommateurs de diesel, ne pose pas de risque de dissémination de poussières radioactives, et «une fois l’uranium récupéré, les jus sont réinjectés dans le puits en circuit fermé pour alimenter la boucle de production», explique Matthieu Davrinche pour dissiper les craintes autour de la consommation d’eau et les risques de contamination. Une question d’autant plus critique que la nappe de Teloua, qui approvisionne la région en eau potable, est située en dessous du gisement d’Imouraren. «Nous nous sommes engagés à ne pas avoir d’impact sur cette nappe», rassure Matthieu Davrinche.
La décision prévue en 2028
L’enjeu des deux pilotes, dont le premier est prévu début 2024, est donc de tester concrètement l’exploitation par injection-pompage à Imouraren. Rendements, consommation de réactifs, perméabilité des couches… «Le but est d’informer la décision industrielle de lancer ou pas la mine et l’usine et de voir, en accord avec l’Etat du Niger, quelle serait la durée de vie de la mine, ce que l’on peut produire, et si le marché est là», détaille le directeur du projet. La décision de développer ou non le gisement sera prise en 2028.
Si rien n’est certain, le Niger reste important pour l’entreprise française avec ses 1 800 à 2 000 tonnes de production annuelle, souligne Matthieu Davrinche. «Nous sommes au Niger depuis les années 1970 : notre partenariat a plus de 50 ans et nos installations, nos personnels, et nos organisations sont bien rodés», explique-t-il. Le pays, proche de l’Europe, est aussi idéalement situé pour permettre de diversifier les approvisionnements du Vieux Continent et de l’Amérique du Nord. Aujourd'hui, les trois pays où Orano produit de l’uranium sont, dans l’ordre, le Canada, le Kazakhstan et le Niger.
A la Comininak, une gestion environnementale contestée
Depuis le 31 mars 2021, la mine d’Orano d’Akouta, exploitée par la filiale d’Orano Cominak (pour Compagnie minière d’Akouta), est fermée. Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Alors qu’Orano prévoit 150 millions d’euros pour le réaménagement et la fermeture propre de la mine, des associations locales dénoncent une mauvaise gestion environnementale. Début 2023, l’organisation indépendante critique du nucléaire, la Criirad, a alerté sur la présence de 20 000 tonnes de déchets miniers radioactifs résultant de l’exploitation de la mine et pour l’instant stockés à l’air libre. Orano met en avant la faible radioactivité de ces déchets, issus d’un contact avec de l’uranium naturel. Mais cette polémique devrait pousser l’Etat à regarder scrupuleusement les dispositions environnementales prévues pour Imouraren.



