L’alliance devait permettre aux deux acteurs de se hisser dans le top 10 mondial du fret aérien. Mais Air France-KLM et CMA CGM ont annoncé, mardi 16 janvier, leur intention de mettre fin à leur partenariat, moins de deux ans après son lancement. La compagnie aérienne et l’armateur «ont entamé des discussions sur les nouvelles modalités d'une relation commerciale pour opérer de manière indépendante à compter du 31 mars 2024», précisent-ils dans leur communiqué. En clair, les membres de ce duo prometteur, susceptible de bousculer Lufthansa, FedEx ou bien encore UPS, prennent de la distance.
Comment expliquer cette séparation annoncée, effectuée à l’amiable, alors que le partenariat n'est opérationnel que depuis avril 2023 ? D’abord en raison d’un «environnement réglementaire strict dans certains marchés importants», comme le suggèrent les deux industriels. Une explication qui concerne en particulier l’Atlantique nord, qui devait constituer l’une des zones stratégiques du partenariat entre Air France-KLM et CMA CGM. Elle représente à elle-seule 23% des revenus de la compagnie aérienne, trafic passagers inclus. Air France-KLM misait notamment sur l’arrivée de l’armateur marseillais au sein d’une co-entreprise existante avec Delta Airlines et Virgin Atlantic, créée en 2020. Un plan qui est tombé à l'eau
«L’administration Biden a restreint les critères d’attribution des immunités anti trust, ce qui a rendu impossible l’arrivée d’un nouvel acteur», selon une source proche du dossier. Derrière cette initiative américaine, se cache une mesure de rétorsion. La volonté du gouvernement néerlandais de réduire le trafic aérien au niveau de l'aéroport de Schiphol, situé à Amsterdam (Pays-Bas), menace une partie de l'activité de plusieurs compagnies aériennes, dont l'américaine JetBlue. L'administration américaine a pris faits et causes pour cette compagnie en contrecarrant l'initiative d'Air France-KLM, acteur franco-néerlandais.
Dans le fret aérien, la fête est finie
En outre, l’euphorie qui s’est emparé du fret aérien avec la pandémie mondiale a fait long feu. «La coopération avait été envisagée dans un contexte favorable, mais l’année 2023 a été difficile en raison du contexte géopolitique et économique», constate cette même source. Durant le premier semestre 2023, la demande en fret aérien a baissé de 8,1% par rapport à la même période de l’année précédente, d’après l'Association internationale du transport aérien (Iata). Si les derniers mois de l’année ont été plus positifs, les prévisions ne sont guère mirobolantes pour le marché du cargo.
Le chiffre d’affaires du secteur devrait atteindre 111 milliards de dollars en 2024. Un niveau en hausse par rapport à 2019, avec cette année-là 101 milliards de dollars de chiffre, mais près de deux fois inférieur à celui de 2021. «Les rendements continueront d'être impactés négativement par la croissance continue de la capacité de transport en soute, liée à la forte croissance du côté passagers de l'activité, alors que le commerce international stagne», décryptait l’IATA dans un communiqué de presse publié le 6 décembre dernier.
Sortie du conseil d'administration
«L’accord était initialement établi avec le niveau de coopération le plus élevé, mais les deux acteurs reviennent désormais à un niveau plus classique», résume un expert. Pas vraiment un divorce donc, mais une évolution de la coopération. Air France-KLM et CMA-CGM comptent toujours pouvoir inclure leurs capacités respectives dans des offres conjointes. Pour rappel, les deux acteurs misaient sur la mise en commun d’une flotte de 12 appareils, qui aurait pu compter à termes plus d’une vingtaine d’avions tout cargo. L’accord prévoyait également l’utilisation de la flotte de 160 long-courriers d’Air France-KLM.
Alors que CMA-CGM détient aujourd’hui 9% du capital de la compagnie aérienne, l’armateur pourra revoir cette position à partir du 28 février 2025. Pour rappel, l’accord initial prévoyait l’obligation de rester au capital jusqu’en 2025, puis de conserver au moins la moitié des actions jusqu’en 2028, pour être dès lors libéré de tout engagement. Autre conséquence directe de cette remise en cause du partenariat initial : le directeur financier de CMA CGM, Ramon Fernandez, va devoir quitter son siège au sein du conseil d’administration d’Air France-KLM le 31 mars prochain. Le tandem va devoir trouver un autre mode de fonctionnement.



