Nomination

Les quatre défis qui attendent le nouveau patron de Stellantis, Antonio Filosa

Antonio Filosa devient officiellement, lundi 23 juin, le directeur général du constructeur automobile Stellantis. Après avoir passé l’essentiel de sa carrière outre-Atlantique, cet Italien de 52 ans prend les rênes d’un groupe mondial rentable, mais face à de nombreux défis.

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Antonio Filosa et John Elkann Stellantis
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis (à gauche) en compagnie du président du constructeur automobile, John Elkann.

Après quelques semaines de mise en jambes avec une vaste tournée européenne, Antonio Filosa est officiellement intronisé lundi 23 juin directeur général de Stellantis. Le groupe automobile retrouve ainsi un patron un peu plus de six mois après le départ contraint de Carlos Tavares, en décembre 2024. À quelques jours de ses 52 ans, cet Italien, fort d’une carrière essentiellement passée de l’autre côté de l’Atlantique, a du pain sur la planche. Tour d’horizon de ses principaux défis.

1 – Renouer des relations saines avec… tout le monde

Salariés peu valorisés, gouvernements et dirigeants politiques inquiets pour l’emploi industriel, fournisseurs étranglés par la chasse aux coûts, concessionnaires fâchés… À l’issue de l’ère Tavares, les équipes de Stellantis se sont brouillées avec à peu près toutes les parties prenantes.

Si cette politique a longtemps été adoubée par le conseil d’administration, son président John Elkann a changé de braquet après le départ de son directeur général. Prenant les rênes par intérim, il a remis de l’ordre dans la maison et pris son bâton de pèlerin autour du globe pour apaiser les relations. Antonio Filosa a pour tâche de poursuivre ce travail. L’homme, que l’on vante comme accessible, a assuré à ses salariés que «renforcer les liens et la confiance que nous avons avec nos partenaires» sera l’une de ses priorités.

2 – Donner un nouvel élan aux équipes

Ce travail commencera en interne. Charge au nouveau patron de remotiver des équipes désabusées par le management strict de son prédécesseur. En France, les équipes d’ingénierie attendent de nouveaux projets de développement et non plus des emails réguliers les invitant à quitter volontairement l’entreprise… Retenir les talents est important, alors que les départs de cadres se sont multipliés ces derniers mois au profit de BYD, par exemple. 

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3 – Aposer sa marque sur l'orientation stratégique

Pour relancer la machine, encore faut-il une voie clairement définie. En prévision de l’interdiction en 2035 des moteurs thermiques dans l’Union européenne, un plan global baptisé «Dare Forward 2030» visait à l’électrifier l’entièreté des véhicules de Stellantis à cet horizon (tout en gardant une marge de manœuvre grâce à des plateformes techniques multi-énergies).

Mais après le départ de Carlos Tavares, des changements n'ont pas tardé à intervenir sous la houlette de John Elkann. Alors que les États-Unis n’embrassent pas la technologie batterie et que même l’Europe pourrait revoir sa position, Stellantis a débranché son objectif 100% électrique et adapte son offre de motorisations à la demande des clients. Outre-Atlantique, le moteur V8 va carrément faire son retour sur les pickups de la marque RAM. En Europe, les clients sont actuellement friands de l’hybride et de l’hybride rechargeable. La petite plateforme «STLA Small» qui doit accueillir les futures générations de Peugeot 208 et 2008 ou d’Opel Corsa ne sera finalement pas uniquement dédiée à une motorisation électrique.

Alors que Stellantis s'oriente vers une plus grande autonomie donnée aux régions pour qu'elle s'adaptent au rythme de la transition énergétique, une question reste en suspens : Antonio Filosa adoptera-t-il une posture dans la continuité de ce qui a été décidé ces derniers mois ou poussera-t-il toujours pour une électrification rapide des marques ?

4 – Redorer le bilan comptable 

Dernier grand chantier : relancer la machine à cash. Si Stellantis reste très rentable et dispose de ce que ses grands dirigeants aiment appeler «un bilan financier en béton armé» («a fortress balance sheet», en anglais), son plan produit affiche de nombreux retards et ses parts de marché ont structurellement fondu sur ses deux premiers marchés, l’Amérique du Nord et l’Europe. Avec des livraisons en baisse, l’année 2024 s’est soldée par une marge opérationnelle à 5,5%, loin de la fameuse marge à deux chiffres offerte à ses actionnaires depuis 2021.

Confrontés aux droits de douane de Donald Trump, l'entreprise a suspendu ses objectifs financiers pour 2025. En Bourse, le titre a perdu 34% de sa valeur depuis le 1er janvier 2025. Tâche à Antonio Filosa et sa future équipe dirigeante de retrouver des couleurs avec des véhicules adaptés aux demandes des clients selon les marchés, malgré le faible dynamisme des ventes.

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