Nouveau patron, nouvelle vision ? Après quasiment six mois d’attente, les salariés de Stellantis sont fixés. Antonio Filosa, 52 ans, va prendre la suite de Carlos Tavares à la tête du constructeur international, officiellement le 23 juin. Ses défis sont multiples : renouer le dialogue avec les politiques, les salariés, les fournisseurs, les concessionnaires, redresser les marges financières de l’entreprise comme ses ventes alors que ses parts de marché ont fondu aux États-Unis et en Europe sur fond de rappels massifs de véhicules, adapter la feuille de route technologique de l’entreprise en raison de la transition moins rapide que prévu vers l’électrique… En clair, Antonio Filosa va devoir opérer des choix stratégiques majeurs.
«J’ai toujours eu la conviction que faire confiance à nos équipes permet d’atteindre l’excellence», a écrit le nouveau patron dans une lettre à ses collaborateurs mercredi 28 mai au matin. «Dans les jours et les semaines à venir, je me rendrai dans nos usines et nos bureaux partout dans le monde. Je souhaite rencontrer et écouter le plus grand nombre d’entre vous, en personne. J’ai toujours trouvé ma force dans les liens étroits tissés avec mes collègues.»
Quel projet pour la France ?
«Au premier abord, ses intentions ont l’air louables», se réjouit Philippe Diogo, délégué syndical central de Force ouvrière. Qui s’interroge sur la politique sociale et industrielle que mènera le dirigeant. «Carlos Tavares avait sa stratégie “Dare Forward 2030”, très tournée vers l’électrique. Quelle sera celle d’Antonio Filosa ? Quel projet a-t-il pour les usines et la R&D en France ? Micro-hybridation, électrification, plan produits… on attend un message fort», poursuit le syndicaliste. Il n’est pas le seul.
Outre l'amélioration du dialogue social et un meilleur partage de la valeur, la CFE-CGC «attend une vision claire sur la transition vers l’électrique, la gestion des emplois et la préservation des sites industriels en France et en Europe». La CFDT insiste pour sa part sur la nécessité d’ «une répartition équilibrée des activités sur les différentes plaques géographiques ne reléguant pas la France et l’Europe au second plan». «Une inquiétude est qu’avec sa nationalité italienne et son influence américaine, il va peut-être privilégier certaines plaques géographique, comme l’Italie ?», s’interroge Benoit Vernier, le délégué syndical central.

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Un patron qui connaît mal la France
L’Hexagone doit-il craindre l’arrivée à la tête de Stellantis d’un polytechnicien napolitain qui a entamé sa carrière chez Fiat Chrysler, passé l’essentiel de sa carrière en Amérique du Sud et est aujourd’hui basé à Détroit, aux États-Unis ? Son prédécesseur, formé en France avant d’évoluer chez Renault puis PSA Peugeot Citroën, était considéré comme le plus français des Portugais et s’était engagé à ne fermer aucun site de production à la création de Stellantis. Antonio Filosa, lui, ne parle pas le français (mais bien l’anglais et le portugais), et rien ne dit qu’il prendra le même engagement sur le plan industriel – alors que les surcapacités de production sont criantes sur le vieux continent.
Il y a une part d’inconnu : les partenaires sociaux français n’ont encore jamais travaillé avec Antonio Filosa. «Il faut voir dans les faits comment ça va se passer», tempère Laurent Oechsel, délégué syndical central de la CFE-CGC, premier syndicat représentatif du groupe. «Évidemment, de notre point de vue, il vaut mieux un PDG français qu’italien. Mais plus nos entreprises deviennent mondiales, plus il faut s’attendre à ce que la nationalité du patron ne soit pas forcément la nôtre». Du point de vue de la cohésion de l’entreprise, la nomination d’un patron italien peut par ailleurs apaiser les esprits de l’autre côté des Alpes, où les salariés ont régulièrement déploré depuis 2021 une supposée préférence française.
Sa première visite : l'usine de Sochaux
Même si le constructeur a boosté sa production dans des pays «low cost» en Europe de l’Est et au Maroc, la France reste d’ailleurs très bien positionnée dans la galaxie industrielle Stellantis avec près de douze usines modernes pour la majorité dotées d’un plan de charge pour les cinq années à venir. «Depuis cinq ans, Stellantis a investi en France près de trois milliards d’euros dans son outil industriel pour assurer un avenir à toutes nos usines de véhicules, mais aussi à nos usines mécaniques», rappelait en octobre 2024 Arnaud Deboeuf. Le grand patron du manufacturing pour le groupe automobile s’exprimait en marge d’une visite sur le site de Sochaux (Doubs), qui assemble les Peugeot 3008 et 5008. Le site industriel a été complètement réorganisé et compacté en 2022 et s’apprête à accueillir un atelier peinture flambant neuf en 2025.
Preuve de sa performance, c’est dans cette usine qu’Antonio Filosa a choisi d'effectuer sa première visite de terrain européenne mercredi 28 mai, quelques heures après l’annonce de sa nomination. C'est une tradition qui date de l'ère PSA : chaque nouveau PDG passe son premier jour à Sochaux, dans le berceau historique de Peugeot, et visite le musée dédié à la marque.
Ecosystème industriel complet
Sur les autres sites hexagonaux, un gros travail a été réalisé ces dernières années pour réduire les effectifs et continuer d’assurer la rentabilité malgré des volumes de production parfois faibles. Et même si Carlos Tavares était réputé considérer «l’investissement comme un poison», les sites industriels n’ont cessé de se moderniser. En Ille-et-Vilaine, l’usine d’assemblage de Rennes est prête à accueillir un nouveau modèle : la C5 Aircross, désormais disponible en motorisation électrique.
En novembre 2024, le constructeur a dit engager 8,6 millions d'euros pour moderniser sa fonderie de Charleville-Mézières (Ardennes) pour basculer sa production à 85% sur l’électrique et l’hybride. Sans oublier les investissements pour fabriquer des moteurs et des boîtes de vitesses électrifiées à Metz (Moselle), ni les milliards d’euros engagés dans ACC pour fabriquer à Douvrin (Nord) des cellules de batteries.
Reste un cas en suspens : celui de l’usine de Poissy (Yvelines). La production de l'Opel Mokka doit normalement s'y arrêter en 2028 et aucun modèle n’a encore été annoncé pour la remplacer. En attendant, les rumeurs enflent concernant la potentielle installation du nouveau stade du Paris Saint-Germain sur une partie du foncier du site industriel, considéré à risque depuis plusieurs années. Face aux demandes insistantes des syndicats, Stellantis a confirmé en mai réfléchir à lancer à Poissy des activités supplémentaires à l’assemblage final. Ce sera l'un des premiers dossiers français sur le bureau du futur patron.



