Les pénuries de puces sèment la discorde à la journée de la filière automobile

Réunis le 26 octobre, les grands acteurs de la filière automobile française ont réagi aux pénuries de composants. Entre équipementiers et constructeurs, la transparence reste difficile.

Réservé aux abonnés
Journée de la Plateforme automobile 26 octobre 2021
Un millier de personnes de la filière automobile étaient réunies à l'événement organisé par la Plateforme automobile (PFA).

Ambiance électrique à la journée de la filière automobile française. Mardi 26 octobre, les entreprises du secteur se sont réunies pour échanger sur leurs grands défis. La transition électrique à marche forcée n’était pas la seule préoccupation. Lors d’échanges animés, les équipementiers ont interpellé sur une autre problématique à court terme : gérer de façon concertée les pénuries de composants.

« L’automobile est sans doute le seul secteur à ne pas avoir retrouvé son niveau d’activité d’avant-crise, a introduit Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA). Les hausses de prix des matières premières sont insupportables et très difficiles à répercuter. Elles créent des tensions au sein même de notre filière que je n’ai jamais connues. »

L’auto « pas connue pour sa solidarité légendaire »

Sur scène, les discussions sont restées courtoises. Mais personne ne se voile la face sur l’âpreté des négociations, que les difficultés d’approvisionnements n’ont fait que renforcer au cours des derniers mois. « Les relations entre les sous-traitants automobiles et les grands donneurs d’ordre ne se caractérisent pas par la plus grande chaleur », a lancé dans un euphémisme le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. « La filière automobile n’est pas connue pour sa solidarité légendaire », a glissé de son côté François Liotard, le directeur général de Lisi Automotive.

Les équipementiers automobiles ont décrit par le menu leurs difficultés, déclenchant régulièrement des applaudissements dans la salle. « Nous sommes prévenus des pièces à livrer la veille pour le lendemain, quand ce n’est pas le matin même pour le midi. Nous avons été prévenus hier qu’une usine d’assemblage que nous livrons allait s’arrêter aujourd’hui jusqu’à la fin de l’année », a insisté François Liotard.

Renault et Stellantis solidaires… mais pas trop

Certains constructeurs ont renvoyé la balle vers les équipementiers. « Pour que le constructeur puisse donner des informations précises aux équipementiers, il faut aussi que les équipementiers puissent donner des informations précises. En tant que constructeurs, nous souffrons également d’une visibilité nulle d’une semaine à l’autre », a argumenté Nicolas Morel, le directeur adjoint de l’ingénierie chez Stellantis. « Personne n’est à l’abri d’une défaillance, a tenté de modérer Luc Chatel. C’est toute la filière qui est aujourd’hui en soins intensifs, depuis les constructeurs jusqu’aux sous-traitants. »

Le directeur général de Renault a quant à lui été interrogé sur l’accompagnement des acteurs les plus fragiles de la filière. « Les grands constructeurs ont une responsabilité sur le reste du système, mais il y a quand même une limite à cela. Même si dans le passé nous avons fait des choix compliqués qui ont peut-être mis des entreprises dans des conditions difficiles, a répondu Luca de Meo. La compétitivité de l’écosystème Renault en France n’est pas au niveau où elle doit être. »

Les batteries après les puces ?

Les tensions sur la chaîne d’approvisionnement ne concernent pas seulement les puces. « Si nous n’organisons pas un minimum la filière pour synchroniser la remontée en puissance lorsque les semi-conducteurs seront de retour, nous allons peut-être craindre [des tensions] pour les fixations, les pièces de forge ou les pièces d’emboutissage », a prévenu François Liotard.

« Nous savons déjà qu’il y aura une pénurie de batteries en 2025 ou 2026 », a estimé Emile Di Serio, président de la fonderie Saint-Jean Industries. Sur ces composants cruciaux, le directeur général de Renault a reconnu qu’il y aura du travail à faire pour sécuriser « l’accès à des matières premières plutôt critiques ». « Il faudra le faire à l’européenne, c’est-à-dire de façon responsable et durable avec une traçabilité parfaite », a suggéré Luca de Meo.

Bruno Le Maire tente d'arbitrer

Quelles solutions pour réconcilier constructeurs et équipementiers ? L’idée d’états généraux divise. « Si c’est pour aller vers des formules incantatoires, nous allons perdre notre temps », a balayé Claude Cham, président d’honneur de la FIEV (Fédération des industries des équipements pour véhicules). Pour lui, il faut privilégier les discussions bilatérales entre constructeurs et équipementiers : « Cela ne peut pas se faire avec les deux constructeurs réunis. Peugeot ne va pas discuter de ses prix pendant que Renault est en train d’écouter », a-t-il considéré.

Béatrice Foucher, directrice générale de DS Automobiles (groupe Stellantis) a tout de même évoqué le partage d’une « feuille de route sur le futur » pour préparer le redémarrage de la production. « Je ne dis pas que le partage va être simple, mais si nous agissons séparément, nous sommes sûrs que cela sera pire », argumente la dirigeante.

Dans ses orientations à la filière automobile, Bruno Le Maire a tenté un arbitrage. « La compétition est féroce, mais il faut quand même des règles, a tempéré le ministre. La première règle doit être la solidarité nationale entre les grands donneurs d’ordre et les sous-traitants. Il faut plus de solidarité, plus d’écoute, plus de respect des délais des paiements. » Reste à savoir si l’appel sera entendu. À la journée de la filière automobile, constructeurs et équipementiers s’accordent au moins sur un point : les pénuries de composants vont durer.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs