Des parkings remplis de voitures inachevées. Voilà l’image qui pourrait résumer l’impact des pénuries de semi-conducteurs pour les constructeurs automobiles. Jeudi 21 octobre, AlixPartners a rappelé une autre perturbation sur la chaîne d’approvisionnement : la hausse du coût des composants et des matières premières. Selon le cabinet, les effets de l’inflation n’ont été que partiels pour l’instant. Les clients et les constructeurs vont devoir absorber une partie de la hausse des prix.
AlixPartners estime que le coût des matières premières atteignait en moyenne 2 580 dollars (environ 2 215 euros) dans les véhicules légers européens en août 2021. Un bond de 87% par rapport aux prix d’août 2019 et un record historique, entraîné par la flambée de l’acier, de l’aluminium ou encore du caoutchouc. « Le fléchissement sera lent », prévient le cabinet dans son étude. En décembre 2022, le coût des matières premières dans les voitures européennes devrait toujours s’élever à 2 500 dollars (2 147 euros).
Pas seulement des effets conjoncturels
À quel point cette crise est-elle temporaire ? Une bonne partie du surcoût des matières premières s’explique par des effets conjoncturels... Mais pas seulement. AlixPartners mentionne des effets réglementaires, avec l’évolution du système d’échange de quotas d’émissions au niveau européen. En 2021, le prix de la tonne de CO2 a dépassé pour la première fois la barre des 60 euros.

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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
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27 Mars 2026
Gazole France HTT€/litre
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Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
Selon AlixPartners, ces quotas vont représenter un surcoût de 450 dollars (386 euros) en 2021 pour les matières premières utilisées dans les voitures européennes. « C’est nouveau dans la filière automobile. Ces 450 dollars sont répartis sur toute la chaîne. Cela commence par les sidérurgistes, et puis cela va remonter dans la chaîne », observe Georgéric Legros, directeur au sein de l’équipe automobile du bureau parisien d’AlixPartners.
Autre changement durable : la transition électrique qui va encore plus exposer le secteur automobile aux tensions. Selon les données d’AlixPartners, un véhicule 100% électrique contient 179 kilos de matières premières de plus par rapport à un véhicule thermique. Soit l’équivalent de 2 040 dollars (1 751 euros) en considérant le cours moyen des matériaux en 2021.
Le surcoût bientôt transféré aux clients
Qui va absorber l’inflation des matières premières entre les constructeurs, les équipementiers ou les clients ? « Les fournisseurs voient immédiatement ce surcoût, mais ne l’ont pas toujours répercuté. Quand il y a une augmentation de 60 ou 80% du coût d’une matière, ce n’est pas soutenable à long terme. Dans l’automobile, les marges sont très serrées », rappelle Alexandre Marian, directeur général au sein de l’équipe automobile du bureau parisien d’AlixPartners.
« Dans des phases inflationnistes comme celle que nous vivons, il faut typiquement 12 à 18 mois pour que la valeur soit transférée au constructeur. Les constructeurs réfléchissent évidemment à transférer tout ou partie de cet impact de coût au consommateur final », ajoute Alexandre Marian. L’expert rappelle que l’inflation ne concerne pas seulement les matières premières : le coût de la main d'oeuvre augmente en Asie et en Amérique du Nord tandis que les tarifs de la logistique sont poussés à la hausse par les prix de l’énergie.
« Tous ces coûts pourraient générer une certaine pérennité de l’inflation, conclut Alexandre Marian. Il y a beaucoup de risques d’impact sur l’augmentation des prix du côté des clients. » Une bien mauvaise nouvelle pour les consommateurs : en dix ans, le prix des voitures a augmenté de 7 000 euros, pour atteindre une moyenne de 26 789 euros en 2020.



