La bonne nouvelle, c’est que la neutralité carbone des pays du Nord d’ici à 2050 et de la Chine vers 2060, est accessible. «On peut arriver à être "net zéro" en 2050-2060 » explique Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies lors de la présentation du TotalEnergies Energy Outlook 2023, à la veille de la COP 28 de Dubaï. La transition énergétique aurait enfin débuté. «Le découplage entre croissance et demande de pétrole a démarré après les années 2005. On peut générer de la croissance avec moins d’énergie, grâce à meilleure utilisation de l’énergie», constate Helle Kristoffersen, directrice générale stratégie et développement durable du pétrolier.
La mauvaise nouvelle est que cette transition énergétique ne suffira pas à contenir le réchauffement climatique sous les 2°C d’ici à 2100. Même en ramenant la part des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) à 55% du mix énergétique global grâce à un développement massif des énergies renouvelables, en limitant la croissance de la demande d’énergie à 0,3% par an (grâce notamment à des gains d’efficacité énergétique de 2,4% par an entre 2021 et 2050), et en électrifiant les usages, notamment les transports, dans les pays du Nord (plus l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Chili) engagés à la neutralité carbone d’ici à 2050 (NZ50) et en Chine, l’augmentation de la température en 2100 sera de l’ordre de 2,2°C, quand les politiques actuelles nous mènent... à près de 4°C.
Manque de solvabilité des états du Sud
Pour avoir une chance de rester sous les 2°C de réchauffement climatique en 2100 – comparé à l’ère préindustrielle, que TotalEnergies date à 1750 – il faudrait limiter la croissance de la demande en énergie à 0,1% par an avec un gain annuel sur 30 ans d’efficacité énergétique de 2,7%, développer les biogaz et carburants liquides alternatifs pour qu’ils répondent à au moins un sixième de la demande, notamment pour fournir l’aérien et le maritime.
Il faudrait surtout que le «Global South» (soit tous les autres pays, dont l’Inde, la Russie, la Turquie, l’Indonésie, les pays du Golfe, d’Afrique et d’Asie du Sud-Est), applique les leviers de décarbonation des pays NZ50 et abandonne la biomasse traditionnelle. Mais, prévient TotalEnergies «cette transition ne se fera pas sans que les pays riches soutiennent le "Global South" en favorisant une transition juste via des investissements, des transferts de technologie et de la formation». L’électrification des deux et trois roues est opportunité qui pourrait réduire d’ici à 2030 la consommation de 2 à 3 millions de barils de pétrole par jour, estime TotalEnergies.

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Plus facile à dire qu’à faire. Le pétrolier français a investi 5 milliards de dollars en Inde depuis 5 ans, pour pousser le gaz naturel à la place du charbon et développer des renouvelables et l'hydrogène, porte des projets solaires et dans l’électricité au Mozambique et veut installer 1 GW d’hydroélectrique en Ouganda, qui pourtant en déborde déjà faute de réseau... mais «cela fait dix ans que l’on cherche à construire des centrales solaires au Nigéria et que l’on n’y arrive pas !», remarque Patrick Pouyanné. En Ouganda, la proposition de TotalEnergies de passage au gaz naturel, extrait en même temps que le pétrole du projet Tilenga-Eacop, ne se concrétise pas. La principale raison serait l’absence de garantie bancaire. Le PDG de Total appelant même à la création d’une instance mondiale qui pourrait se substituer à la garantie des États.
Gouvernance électrique désorganisée dans le Golfe
Et si TotalEnergies se félicite d’avoir réussi à signer en 2021 en Irak un contrat de 10 milliards de dollars pour augmenter la production de pétrole du champs Artawi, récupérer les gaz torchés sur trois champs pétroliers afin d’alimenter une centrales électrique, construire une usine de dessalement alimenté par un parc solaire de 1 GW, la transition des grands pays producteurs de pétrole et de gaz, notamment du Golfe, n’a rien d’évident. «Tous les pays producteurs de fossiles n’ont pas encore décidé de réinvestir une partie de leur revenu dans la transition énergétique, car ils ont un système pétrolier organisé, mais un système électrique qui n’est pas organisé, voire désorganisé. La gouvernance des secteurs électriques y est encore faible», observe le PDG de TotalEnergies.
Reste aussi l’épineux problème des pays en développement qui ne veulent pas renoncer à l’exploitation de leurs ressources fossiles, alors même que l’Agence internationale de l’Energie a demandé de renoncer à tout nouveau projet pétrolier. Dans le scénario de rupture, permettant de limiter le réchauffement à 1,8°C, il reste encore 40% d’énergies fossiles dans le mix mondial en 2050 dont 6% de charbon et 12% de pétrole. Ces pays «réclament légitimement l’usage des fossiles pour se développer, surtout si elles sont locales», explique de son côté TotalEnergies. Et puis, si ce n’est pas le pétrolier français qui mène ces projets, d’autres le feront, argue l'entreprise. «TotalEnergies n’est qu’un nain», rappelle Patrick Pouyanné.
Rendre les nouveaux projets pétroliers acceptables
Attaqué de toutes parts sur ces projets pétroliers par la société civile, le PDG de TotalEnergies peine à convaincre qu’il faut impérativement forer à nouveau pour répondre à la demande croissante de fossiles lié à la croissance de la population dans les pays du Sud. Sinon, le risque serait un embrasement des populations causé par l’envolée des prix de l’énergie… D’autant plus que ces pays n’ont pas les moyens d’investir dans les énergies renouvelables et les réseaux électriques.
A défaut d’aides étatiques Nord-Sud, les pétrodollars pourraient aider. Mais TotalEnergies ne se sent pas de le faire seul. «Ma conviction est que plus l’on sera nombreux à investir dans les systèmes décarbonés, plus le droit à opérer dans l’oil and gaz sera acceptable», explique Patrick Pouyanné. Las, à la COP 28 de Dubaï, les pétroliers ne devraient, au mieux, que s’engager à réduire d’avantage leurs émissions de méthane.



