Enquête

Les mesures anti-crise énergétique à ne pas pérenniser

Face à la flambée des prix du gaz et de l’électricité, six filières sont contraintes au pire : retour au fioul ou au charbon et réductions ou arrêts de production.

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Fermée en mars 2022, la centrale à charbon de Saint-Avold (Moselle) va reprendre du service cet hiver.

Énergie - L’électricité retourne au charbon

Avec l’objectif de neutralité carbone pour la France en 2050, c’était l’autre mesure forte de la loi énergie-climat de novembre 2019. Les quatre dernières centrales électriques à charbon de métropole seraient définitivement arrêtées d’ici à 2022.

Las, c’était sans compter les déboires du nucléaire... et la crise énergétique provoquée par la guerre russe en Ukraine. Si EDF a bien fermé définitivement celle du Havre en mars 2021, celle de Cordemais (Loire-Atlantique) doit jouer les prolongations jusqu’à la mise en service commercial de l’EPR de Flamanville (Manche) pour garantir l’approvisionnement du Grand Ouest en 2024, voire 2026.

Et si GazelEnergie avait bien fermé ses centrales charbon de Gardanne (Bouches-du-Rhône) en 2021 et Saint-Avold (Moselle) en mars 2022, cette dernière va reprendre du service cet hiver. Pas uniquement pour assurer les pointes de consommation et économiser le gaz, mais parce qu’EDF a dû arrêter 12 réacteurs nucléaires, les plus puissants du parc, pour cause de fissures dans le circuit primaire de refroidissement. Pire, la France, traditionnellement exportatrice d’électricité l’hiver, va en importer d’Allemagne, qui va, elle, prolonger ses deux derniers réacteurs nucléaires devant fermer. En échange, la France exportera du gaz outre-Rhin.

Aurélie Barbaux

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Matériaux de construction - Diesel et fioul lourd chez Saint-Gobain 

Malgré un plan climat ambitieux, Saint-Gobain se tient prêt, face à la crise énergétique, à recourir au diesel ou au fioul lourd pour plusieurs de ses usines européennes. Le géant français des matériaux décrit des mesures temporaires et d’urgence, avec l’objectif de pouvoir « continuer les opérations pendant un mois ou un peu plus avec une source alternative plutôt que d’arrêter les productions », souffle un porte-parole. Ces mesures semblent plus opérationnelles que financières, car le groupe dispose de couvertures de prix pour 80 % de ses besoins en gaz naturel et en électricité en 2022, et à hauteur de 60 % en 2023.

En revanche, les approvisionnements en gaz sont essentiels pour préserver certaines lignes qui ne peuvent s’arrêter sans mettre en péril l’outil industriel. C’est le cas du vitrage pour l’automobile et pour la construction. Sur les treize usines concernées, huit – dont une en France, les autres en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Angleterre – ont déjà finalisé des conversions ou sont en cours de conversion pour utiliser du fioul lourd ou du diesel si nécessaire. Saint-Gobain agit aussi pour ses usines de matériaux d’isolation et de plaques de plâtre, même si ces productions peuvent plus facilement s’adapter à des coupures partielles. 

Julien Cottineau

Verrerie - Retour au fioul et arrêt de fours 

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arc international cristallerie fabrication de verres et arts de la table verre arc international cristallerie fabrication de verres et arts de la table verre (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Arc International a annoncé la mise au chômage partiel de 1600 salariés dans le Pas-de-Calais. @ Pascal Guittet

Des produits plus chers à produire, donc plus chers à la vente, un consommateur qui revoit ses priorités d’achat et privilégie l’essentiel... La crise de l’énergie oblige les verriers des arts de la table à se réorganiser. Près de Saint-Omer (Pas-de-Calais), le site Arc a annoncé la mise au chômage partiel de 1 600 personnes sur les 5 000 qu’il emploie. La décision, qui concerne les fonctions support et administratives, pourrait être étendue aux opérateurs si l’entreprise devait réduire sa production.

Le retour temporaire au fioul est aussi envisagé par l’industriel, dont l’activité est plombée par la hausse du prix du gaz. Un choix peu écologique mais provisoire, assure le verrier, qui s’apprête à être certifié ISO 50001 sur ses systèmes de gestion de l’énergie. Dans le Loiret, le spécialiste du verre trempé Duralex a mis son four en sommeil « pour préserver l’activité et l’emploi ». Une mesure difficile à prendre au vu du potentiel impact sur les fours, et une première, alors que ses ventes étaient en forte croissance, tout comme celles d’Arc.

Laurent Rousselle

Engrais - Importer plutôt que produire en France

Dans le secteur des engrais, l’équation énergétique est dévastatrice, la vulnérabilité inédite. Selon le syndicat Fertilizers Europe, le gaz naturel représentait à la fin août 90 % des coûts variables des productions, or son prix avait bondi de 1 000 % en un an en Europe et 70 % des capacités européennes de production étaient à l’arrêt. Les plus touchés sont les engrais azotés, dont la matière principale est l’ammoniac, lui-même produit à partir de gaz naturel.

Nicolas Broutin, le président de la filiale française du norvégien Yara, évoque deux cas de figure, « des producteurs directement branchés sur le mix européen pour l’achat et la transformation de gaz et d’autres qui peuvent importer de l’ammoniac ». En premier lieu ceux situés près de ports industriels, avec des livraisons possibles depuis les États-Unis, l’Australie ou Trinité-et-Tobago, où le gaz est huit à dix fois moins cher. Pour maintenir des productions d’engrais compétitives en France, les deux acteurs locaux Yara et Borealis ont réduit leur fabrication d’ammoniac, y substituant ces importations. Borealis a d’ailleurs suspendu fin septembre son unité d’ammoniac à Grand-Quevilly (Seine-Maritime).

Julien Cottineau avec Pierre-Henri Girard-Claudon

Plasturgie - Céder à l'appel du groupe électrogène

Le recours à la location de groupes électrogènes (au fioul ou au gasoil) pour réduire la facture énergétique et maintenir l’activité est envisagé par nombre d’industriels. C’est ce à quoi se sont résolus certains plasturgistes. L’envolée brutale du coût de l’électricité est un coup dur pour une majorité de PME, dont la facture énergétique – essentiellement électrique – se situe généralement entre 2,5 et 3 % de leur chiffre d’affaires. « Avec un prix multiplié par sept, huit, voire neuf sans visibilité sur l’avenir, les dirigeants ne savent plus comment faire », témoigne Jean Martin.

Pour surmonter la situation exceptionnelle, quelques patrons songent même à revoir leur organisation en passant à la semaine de quatre jours ou à stopper leur activité. « Les chefs d’entreprise désemparés préfèrent mettre à l’arrêt la production plutôt que de subir des coûts qui risquent de les asphyxier », indique Jean Martin, l’ancien directeur général de Polyvia, remplacé en octobre par Xavier Chastel à la tête de l’union des transformateurs de polymères, qui rappelle que les « carnets de commandes sont plutôt bien remplis ».

Laurent Rousselle

Métallurgie - Recours massif au chômage partiel

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arcelor mittal production d'acier arcelor mittal production d'acier (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

ArcelorMittal a décidé d'arrêter certains de ses hauts-fourneaux, en Allemagne et en Espagne. © Pascal Guittet

Deux fois moins d’acier produit à l’usine Ascoval de Saint-Saulve (Nord) dès octobre, puis une activité concentrée entre le mercredi soir et le dimanche matin en novembre et décembre. Réduction de celle d’acier plat à Dunkerque (Nord), Florange (Moselle) et sur cinq autres sites, ralentissement de l’activité à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et arrêt de hauts-fourneaux en Espagne et en Allemagne chez ArcelorMittal.

Baisse de 22 % de la production d’Aluminium Dunkerque au quatrième trimestre, malgré une subvention de 40 à 50 millions d’euros dans le cadre des aides aux entreprises électro-intensives. Cet hiver, la métallurgie utilisera massivement le chômage partiel. Pour Ascoval et Aluminium Dunkerque, c’est une question de survie. « Certains contrats sont indexés sur des composants comme le fer, le minerai et le charbon, mais pas sur l’électricité », explique Cédric Orban, l’ancien dirigeant d’Ascoval, qui a quitté l’entreprise fin septembre. Pour ArcelorMittal, en revanche, la flambée des prix de l’énergie n’est « qu’un facteur aggravant ». Ce sont la baisse de la demande dans l’auto et le coût du CO2 qui justifient la réduction de la voilure en Europe.

Aurélie Barbaux

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