Où en est le déploiement de l’industrie 4.0 en France ? Olivier Fontanille, associé au cabinet Wavestone et spécialiste de la transformation des opérations industrielles estime qu'il reste en retard même si des points encourageants sont à noter.
L'Usine Nouvelle - Wavestone vient de publier la nouvelle édition de son baromètre de l’industrie 4.0. Que nous apprend-il ?
Olivier Fontanille - Que les industriels français sont plutôt en retard dans le déploiement du 4.0 et qu’ils progressent doucement. On observe un très fort besoin d’investissements dans les infrastructures de l’informatique industrielle au sens large, qui regroupe la connectivité des équipements, la cybersécurité, l’architecture de la donnée, la capacité des serveurs... 79 % des industriels interrogés jugent leur infrastructure informatique actuelle incapable d’accueillir de nouveaux projets industrie 4.0.
Cela est encore plus vrai dans les systèmes d’information (SI) d’exploitation, comme les MES (Manufacturing execution system)...
Le nombre de personnes qui disent maîtriser les SI d’exploitation diminue de 14%. Cela s’explique par l’émergence de nouveaux cas d’usage, que ce soit dans l’intelligence artificielle ou le métavers industriel, qui obligent à renouveler les SI d’exécution. Tout cela montre à quel point le ticket d’entrée dans l’industrie 4.0 est important. À la fois pour renouveler l’infrastructure et pour investir dans de nouveaux logiciels. C’est difficilement accessible aux PME et aux ETI. D’autant que les programmes de financement public ont déjà traité les sujets liés à la robotisation des usines, mais pas la partie applicative industrielle.
Qu’est-ce qui progresse en revanche ?
La gestion de la donnée. Les industriels ont compris l’intérêt de mettre à disposition la bonne donnée au plus proche du terrain. Il est désormais courant d’équiper les chefs d’équipe pour qu’ils suivent directement sur smartphone le TRS [le taux de rendement synthétique qui mesure l’utilisation de machines, NDLR] et le taux de rebut. Les usages de la data pour la maîtrise des procédés, comme la reconnaissance automatisée des défauts, sont aussi rapidement rentables. Le déploiement des outils de suivi et de réduction de la consommation énergétique, qui présentent aussi un retour sur investissement (ROI) rapide, progresse de 8%. Si elle freine certains projets, l’incertitude économique pousse surtout les industriels à regarder plus sévèrement le ROI des décisions d’investissements, à être plus sélectifs... Et donc à accélérer là où cela rapporte de l’argent.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3737 - Décembre 2024



