Etude

Pourquoi les industriels français sont freinés dans le déploiement de projets 4.0

L’édition 2024 du baromètre de l’industrie 4.0 de Wavestone, dévoilée mercredi 9 octobre, confirme le retard français sur le déploiement de projets digitaux. En cause, une infrastructure encore immature, notamment pour le traitement des données, et le manque de compétences.

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EcoStruxure
Démonstration de la solution EcoStruxure de Schneider Electric. Photo d'illustration.

Où en est-on du déploiement de l’industrie 4.0 en France ? C’est la question à laquelle tente de répondre chaque année le baromètre de Wavestone dédié à ce concept, qui englobe à la fois l’automatisation des procédés industriels et la numérisation de l’usine pour un pilotage intelligent par la donnée. Pour l’édition 2024, le résumé fait par Olivier Fontanille, associé au cabinet et spécialiste de la transformation des opérations industrielles, tient en ces mots : «Les industriels français sont est retard, mais cela progresse doucement».

Un chiffre mis en avant par l’étude permet de mieux comprendre le constat : 79% des personnes interrogées jugent leur infrastructure informatique actuelle incapable d’accueillir de nouveaux projets industrie 4.0. Dans le détail, 56% jugent des mises à jour mineures ou majeures nécessaires et 23% estiment que l’infrastructure informatique de leur entreprise présente des obsolescences technologiques. «Cela signifie qu’il y a un très fort besoin d’investissements dans les infrastructures de l’informatique industrielle au sens large, qui regroupe la connectivité des équipements, la cybersécurité, l’architecture de la donnée, la capacité des serveurs… », traduit Olivier Fontanille.

La maîtrise du SI d'exploitation diminue...

D’après l’expert industrie chez Wavestone, les industriels français sont particulièrement en retard en matière de systèmes d’information (SI) d’exploitation, comme les MES (Manufacturing Execution System). «Le retard ici se confirme car le nombre de personnes interrogées qui disent maîtriser les SI d’exploitation diminue de 14%, observe Olivier Fontanille. Cela s’explique par l’émergence de nouveaux cas d’usage, que ce soit dans l’intelligence artificielle ou le métavers industriel, qui obligent à renouveler les SI d’exécution.»

De quoi rappeler que l’industrie 4.0 n’est pas à la portée de toutes les organisations. «Le ticket d'entrée est important, rappelle l’associé chez Wavestone. S’il faut à la fois renouveler l’infrastructure et investir dans de nouveaux logiciels, c’est quelque chose de difficilement accessible aux PME et ETI. D’autant que les programmes de financement public ont traité les sujets liés à la robotisation des usines mais pas la partie applicative industrielle.» 

...mais l'exploitation des données progresse

Il y a tout de même des motifs de satisfaction dans cette édition 2024. C’est le cas du "data management", que 77% des répondants considèrent maîtriser, un taux en hausse de 24%. «Il y a une prise de conscience que tout part de la donnée, estime Olivier Fontanille. Les industriels ont compris l'intérêt de mettre à disposition la bonne donnée au plus proche du terrain. Il est courant d'équiper les chefs d’équipe pour qu'ils suivent les TRS [taux de rendement synthétique, soit le taux d'utilisation de machines, NDLR] et les taux de rebuts directement sur leur smartphone. Les usages de la data pour la maîtrise des procédés, comme la reconnaissance automatisée des défauts, sont aussi rapidement rentables.»

Mais aller plus loin demandera d’investir dans les infrastructures … et les compétences. Le manque de culture et de compétences data/IA est considéré comme le premier frein au fait d’exploiter pleinement le potentiel des données industrielles, cité par 49% des personnes interrogées. Devant la difficulté d’accès aux données (39%), la mauvaise qualité de la donnée (35%), la difficulté à démontrer un retour sur investissement (ROI, 29%), la difficulté à trouver les bons outils SI (21%).

L'incertitude économique pousse à investir là où ca rapporte

Dernier point notable : le déploiement de solutions dédiées au pilotage de la consommation énergique, qui concerne 69% des répondants, et au pilotage des émissions carbone (45%) progressent de 8% par rapport à l’année précédente. Une évolution qui s’explique certainement par la nécessité de décarbonation et par la réglementation. Mais aussi par le contexte économique actuel.

«L’incertitude pousse les industriels à regarder plus sévèrement le ROI des décisions d’investissements, à être plus sélectif et donc à accélérer là où cela rapporte de l’argent», analyse l’associé chez Wavestone. De quoi expliquer un paradoxe mis en lumière par le baromètre : pour 22% des répondants, le contexte économique plus difficile a ralenti la mise en oeuvre des projets Industrie 4.0... tandis qu'il l’a accélérée pour un autre quart du panel. Une question de priorités.

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