Ce n’est pas une surprise. Déjà, il y a un an, quelques lignes dans le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie 2018-2023 – publiée enfin le 20 janvier prochain – laissaient entendre que la réglementation environnementale 2020 (RE 2020) pour les constructions neuves sonnerait le grand retour du chauffage électrique au détriment du gaz. C’est quasiment chose faite.
Le gouvernement vient de dévoiler les paramètres de calcul pour limiter les émissions de CO2 du chauffage des constructions neuves de la RE 2020, qui doit succéder à la réglementation thermique (RT) 2012 et s’appliquer à partir du 1er janvier 2021 et vise à "diminuer l’impact carbone des bâtiments, poursuivre l’amélioration de leur performance énergétique et en garantir la fraîcheur pendant les étés caniculaires", selon un communiqué du ministère de la Transition écologique.
Introduction d'un facteur d'émission fixé à 79 g/kWh
Pour ce faire, elle introduit un facteur d’émissions de CO2 de l’électricité utilisée pour le chauffage limité à 79 g/kWh et passe le coefficient de conversion entre énergie primaire et énergie finale de l’électricité produite en France à 2,3 au lieu de 2,58 dans la RT2012. Selon le gouvernement, ce nouveau coefficient correspond à ce que sera le mix de production d’électricité en France dans les 50 prochaines années, sachant que les d’énergies renouvelables ont un coefficient de "1" alors que le nucléaire et le thermique ont un coefficient "3", dans le calcul.

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27 Mars 2026
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Les gaziers sont vent debout. Car ce coefficient ne reflète pas la réalité du mix électrique actuel. Selon Patrick Corbin, président de l’Association française du gaz, ces paramètres "signent le retour en force du chauffage électrique, ce qui va accroître encore la thermo-sensibilité du réseau, et la pointe", au moins pour les dix ans à venir. "D’ici 2030, on est à peu près sûr que l’hiver, on aura toujours des centrales à gaz qui produiront de l’électricité. Le nucléaire comme le renouvelable ne feront pas l’affaire".
un coefficient de conversion trop optimiste...
Dans l’état actuel du parc, "l’électricité marginale supplémentaire pour assurer ces pointes sera donc nécessairement carbonée", explique-t-il. RTE doit faire appel aux centrales à gaz qui vont émettre plus de CO2 pour produire de l’électricité servant ensuite à produire de la chaleur directement avec du gaz et une chaudière performante. Or, les solutions pour lisser la pointe de consommation électrique résidentielle, comme les radiateurs avec stockage, "le stockage intersaisonnier ou l'installation de millions de bornes de charges réversibles", ne sont "pas encore une réalité", observe Patrick Corbin.
"On veut des coefficients qui représentent la réalité d’aujourd’hui", martèle le président de l’AFG, tout en précisant que les gaziers ne sont "pas contre le chauffage électrique performant, comme les pompes à chaleur. Mais avec les valeurs fixées par le gouvernement, on arrive à une situation qui ne laisse aucune liberté de choix au client".
Mais pas d'évaluation chiffrée du risque par les gaziers
Ces arguments, avancés également depuis des mois par Engie, sont peu audibles. D’autant que, challengé sur ses actions environnementales, le gouvernement doit donner des signaux politiques forts marqués d’actions concrètes en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique et l’engagement sur la route de la neutralité carbone. Et tant pis si, à court terme, la RT 2020 fait grimper les émissions de la production d’électricité en France en hiver. Avec l’arrêt des centrales au fioul et l’ouverture des premiers parcs éoliens offshore, cette augmentation pourrait passer inaperçue. Les dégâts sur la filière chauffage à gaz, eux, risquent d’être plus visibles.
Mais si les gaziers veulent se faire entendre, il va leur falloir, et vite, fournir des évaluations de l’impact à court terme de la RT 2020, et ne pas se contenter de menace sur la pointe d’électricité.



