C’est reparti pour un tour. Le coup d’envoi des négociations commerciales a été officiellement donné ce 1er décembre. Industriels et distributeurs sont encore conviés à se mettre d’accord sur les prix d’ici début mars. L’épisode relève rarement de la promenade de santé : le contexte d’inflation, plus de 12% pour l’alimentation, témoin des hausses déjà passées cette année, augure d’un round particulièrement tendu.
«L’inflation est là, nous ne sommes pas dans le déni, mais nous allons tout faire pour qu’elle soit la moins forte possible», pose Michel-Edouard Leclerc, patron du groupe éponyme, lors de la présentation des résultats de l’Observatoire des nouvelles consommations du groupe ce 1er décembre. «Cela justifie d’une négociation plus dure avec les industriels, poursuit-il. Il y a parfois une inadéquation dans ce que l’on nous propose, il faudra rabioter là où il faut.»
Il ne lui a pas échappé que la hausse des prix pousse déjà les Français à faire attention à leurs achats. Dans un bilan provisoire sur l’inflation paru le 30 novembre, l’Insee pointe un repli des achats en supermarché de 1,4% au mois d’octobre, plus de 7% sur un an. «A combien estime-t-on que la hausse des prix va arrêter les ventes ? questionne le distributeur. Quel est l’intérêt de donner du prix s’il n’y a pas de vente ? Voilà ce qui va caractériser la prochaine négociation.»
De l’autre côté de la table, les industriels sont en état d’alerte. «Le besoin de passer des tarifs n’a jamais été aussi élevé», souligne Marie Buisson, directrice juridique chargée des négociations commerciales à l’Ania, l’Association nationale des industries alimentaires. Dans les discussions avec les fournisseurs de la grande distribution, les besoins de hausses s'élèvent autour de 10%. «Il faut faire passer le besoin tarifaire dans sa globalité, insiste Marie Buisson. En moyenne chez nos adhérents, autour de 20% de ce besoin est lié au prix de l’énergie, autant pour le transport et les emballages. Les industriels sont au milieu de la chaîne : ces hausses, nous sommes obligés de les accepter si nous voulons continuer à produire. Si on ne peut pas les répercuter, il y a de vrais risques d’arrêts de production. C’est un appel à la responsabilité des distributeurs.»

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Nouvelle inflation sur les viandes
Exemple du côté de la viande, l’une des catégories les plus inflationnistes du rayon. Les panelistes de l’IRI rappellent que sur le mois d’octobre les viandes surgelées ont flambé de près de 32% sur un an, des chiffres similaires du côté du rayon frais avec le steak haché qui a pris plus de 24%. Le groupe LDC, dont les marques assurent 40% des ventes de volaille en rayon, a indiqué fin novembre lors de la présentation de ses résultats qu’après une hausse des 35% des prix passée depuis un an et demi, il souhaitait obtenir 10% supplémentaires lors de ces négociations. Le groupe insiste sur l’inflation des prix de l’énergie et des emballages.
Même son de cloche chez Paul Rouche, le directeur de Culture viande, qui regroupe des transformateurs du secteur. «Sur l’énergie, le gouvernement a fait le choix de concentrer les aides sur le consommateur, mais nos entreprises sont en difficulté. Il ne reste que la grande distribution pour passer ces hausses. Elle y a d’ailleurs intérêt, ces augmentations lui permettront de faire passer ses coûts dans le même temps.»«Ce n’est juste pas supportable, la marge s’est déjà effondrée cette année, peste aussi Fabien Castanier, délégué général à la Fict, qui représente les industriels de la charcuterie. Si les entreprises françaises sont mises au pilori par la distribution, l’affaiblissement des entreprises aura des conséquences sur l’amont agricole.»
Les producteurs sont soutenus par l'exécutif. «Les politiques nous demandent de laisser passer les hausses tarifaires pour aider les entreprises sur leurs factures d’énergie, constate Michel-Edouard Leclerc. Pour les TPE et les PME, on va faire du social. Plus elles seront petites, plus on sera à l’écoute. Mais vous avez remarqué que les résultats des grandes marques n’ont pas été mauvais l’an dernier : nous ne nous ferons pas avoir deux fois, nous exigerons de la transparence. Il faut les inciter à négocier un peu plus avec leurs propres fournisseurs. Quand on voit les prix des conteneurs par exemple, on se dit qu’ils peuvent faire mieux. Ce n’est pas au consommateur de payer leurs mauvaises négociations.» En tout état de cause, l’Ilec, qui représente des gros industriels comme Coca-Cola, Nestlé France ou Lustucru, demande des hausses de tarifs de 12 % à 14%, rapporte Le Figaro.
Transparence
L’Ania assure de son côté qu’un effort sur la transparence sera fait. «Il est évident que quand on est sur des demandes supérieures à 10%, l’industriel se doit d’expliquer, explique Marie Buisson. Personne n’ira négocier sans faire preuve de transparence. Mais attention, on ne veut pas que les distributeurs s’ingèrent dans nos entreprises : nous rappelons qu’ils produisent de la MDD (marque de distributeur, NDR).»
Alors que les consommateurs ont voté pour faire passer le prix de la brique de lait emblématique "C'est qui le patron ?!" de 1,09 à 1,27 au 1er janvier, Nicolas Chabanne, son fondateur est confiant quant à son aptitude à faire remonter ces coûts. Les 18 centimes seront répartis entre les producteurs et la laiterie, qui devrait en toucher 6 ou 7 pour faire face à l’inflation des factures d’électricité et d’emballage. «Nous sommes allés chez eux, ils nous ont montré les factures. Quand du côté consommateur tu es sûr qu’il n’y a pas d’abus… On a rajouté les centimes qu’il fallait. L’entreprise doit être en mesure de créer de la valeur : nous nous sommes d'ailleurs assurés que le 1,5 centime irait directement à ses salariés.»
Et puisque c’est le consommateur qui a voté la hausse, la grande distribution devrait suivre… «Nous enchaînons les records de vente sur tous les produits, confie, optimiste, le dirigeant. Les 18 centimes d’augmentation vont certainement jouer sur la consommation, mais il faut rappeler quand notre brique est arrivée à 99 centimes en rayon, le prix moyen était de 62 centimes. »



