Mention bien sur les bulletins du troisième trimestre. En pleine saison de publication des résultats pour les sociétés cotées, les géants de l’agroalimentaire affichent une belle santé, symbole de leur capacité à faire jouer à plein leur pouvoir de fixation des prix («pricing power»).
Le français Danone a annoncé jeudi 27 octobre désormais tabler sur une croissance de son chiffre d’affaires d’au moins 7% sur l’année, illustration de sa capacité à contenir la baisse des volumes (-1,4%) alors qu’il a généré des augmentations de prix de 10,9% en moyenne. La marge opérationnelle décroche légèrement.
Le géant suisse Nestlé avait ouvert le bal en fanfare la semaine précédente, avec un chiffre d’affaires en progression de plus de 9% et une marge opérationnelle sanctuarisée (17%), témoin là aussi des augmentations de prix passées à ses clients. Le positionnement produit du groupe, très présent sur le café ou la nourriture animale, lui permet d’être moins exposé côté rayons aux turbulences de l’inflation que son alter ego français. Unilever, dont les résultats ont aussi été publiés le 27 octobre, affiche aussi des résultats similaires à Danone avec des hausses de prix importantes (+12,5%) qui dopent la croissance de l'entreprise, malgré un léger décrochage sur les volumes (-1,6%).
"Effets d'aubaine"
Des hausses de prix qui n’affectent pas (ou peu) les volumes, le tout combiné à un euro faible, voilà la martingale anti-crise des géants de l’agro européens. «Les entreprises de l’agroalimentaire ont démontré leur capacité à protéger leurs marges, analyse David Autin, gérant actions Europe chez Richelieu Gestion. J’observe une véritable boucle prix-profit : les marges opérationnelles l’an dernier et cette année sont très bonnes, avec de vrais effets d’aubaine.» Ce qui vaut aussi pour les groupes outre-Atlantique. Coca-Cola et ses plus de 500 marques de boissons a publié le 25 octobre un chiffre d’affaire en croissance de 10% et une marge quasi stable à 27,9% grâce à des augmentations de prix conséquentes. L’entreprise américaine est toutefois plus affectée par les taux de change que ses concurrents avec la remontée du dollar.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
La seule vraie inquiétude est venue du côté du néerlandais Heineken, premier brasseur mondial. «Nous avons des raisons croissantes d’être attentifs aux perspectives macroéconomiques, avec des risques de ralentissement sur la demande des consommateurs», a déclaré le directeur général du groupe Dolf van den Brink dans un communiqué concomitant à la publication des résultats le mardi 25 octobre. Conséquence immédiate, l’action a décroché de presque 10% à la Bourse de Copenhague. D’autant que Reuters rappelle que les ventes de bières en Europe, principal marché du groupe néerlandais, n’ont toujours pas retrouvé leurs niveaux pré-Covid. «Ces commentaires ont inquiété les marchés, explique David Autin. Vont-ils pouvoir continuer à monter leurs prix ? Il y a un élément important pour eux, c’est le canal de consommation. Avec l’inflation, il y a le risque d’un déplacement de la consommation des bières à domicile plutôt que dans les bars. Pour eux, ce ne sont pas les mêmes marges qu’en restauration.»
Sans grande surprise les prochains mois seront décisifs pour l'ensemble des acteurs. «Les entreprises n’ont pas encore totalement subi l’inflation des prix de l’énergie, poursuit David Autin. Arriveront-elles à faire remonter leurs surcoûts aux consommateurs dans les prochains mois ? Les plans d’aides des Etats auprès des ménages mais aussi la tenue du marché du travail semblent encore leur laisser de la marge.» C'est d'ailleurs ce qu'a rappelé Alan Jope, le PDG d'Unilever : «Les perspectives macroéconomiques mondiales sont toujours partagées, nous pensons que les problèmes d'inflation élevée persisteront en 2023.»



