Les Etats-Unis puisent dans leurs réserves de pétrole pour faire pression sur l’Opep

Le président américain Joe Biden a annoncé la mise sur le marché de 50 millions de barils de brut prélevés sur les réserves stratégiques américaines. Objectif : contrecarrer la stratégie de l’Opep+ de resserrer l’offre pour faire monter les prix.

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Barils de carburant
Entre 60 et 70 millions de barils devraient être vendus dans les prochains mois par les Etats-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée et la Grande-Bretagne.

La flambée des cours du pétrole aura réussi à réconcilier la Chine et les Etats-Unis... Au moins temporairement. Le président américain Joe Biden a annoncé le 23 novembre la mise sur le marché de 50 millions de barils, prélevés sur les réserves stratégiques des Etats-Unis. La Chine a confirmé faire de même.

Le Japon, l’Inde, la Corée et le Royaume-Uni se sont également mis d’accord pour emboîter le pas aux Etats-Unis dans les prochaines semaines. Une telle action coordonnée est « sans précédent », estime le cabinet spécialisé Rystad Energy. Les Etats-Unis ont déjà puisé dans leurs réserves stratégiques en 2011, lors de la guerre en Libye. Mais la Chine n’en faisait pas partie. En revanche, l’Union européenne n’est pas partie prenante de cette action.

La stratégie de l'Opep+ dans le collimateur 

En augmentant les quantités de brut disponibles sur le marché court terme, les pays consommateurs espèrent faire retomber les prix de l’or noir. Aux Etats-Unis, l’inflation est devenue un sujet d’inquiétude, alors que la reprise économique est soutenue. En novembre, la hausse des prix à la consommation a dépassé 6%. Les économistes craignent qu’elle ne freine la croissance. « Les consommateurs et les entreprises américaines ressentent l’impact des prix élevés à la pompe et sur leur facture de chauffage, parce que l’offre de pétrole n’a pas suivi la demande », pointe la Maison-Blanche dans son communiqué.

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Les Etats-Unis entendent clairement faire pression sur l’Opep et la Russie. Après l’effondrement des cours du pétrole en 2020, les 23 membres de l'organisation et leurs alliés de l’Opep+ avaient décidé de restreindre leur production afin de faire remonter les cours. Depuis, les pays producteurs ont réussi, malgré des tensions internes entre Emiratis et Saoudiens, à maintenir leur discipline et n’ont toujours pas rouvert les vannes en grand. Ils s’en tiennent au rythme d’augmentation très progressif de leur production décidé en juillet, avec 400 000 barils par jour additionnels mis sur le marché chaque mois.

Effets limités à attendre

La prudence de l’Opep frustre les Etats-Unis, alors que la reprise économique mondiale robuste tire la demande. En août, le président américain avait déjà réclamé à l’Opep d’augmenter sa production. Sans succès. Pour Rystad Energy, les Etats-Unis envoient un « message clair à l’Opep+ qu’il n’est pas le seul acteur sur le marché mondial du pétrole ». La stratégie américaine se reflète déjà dans les cours du pétrole. Fin octobre, le cours du baril de brut avait dépassé les 85 dollars. Il est depuis retombé à 78 dollars sur le marché WTI, la référence outre-Atlantique, alors que des rumeurs de vente des stocks pétroliers agitent déjà les marchés depuis plusieurs jours. 

Pas dit que les cours du pétrole reculent davantage. Les volumes concernés restent limités. La totalité des quantités mises sur le marché devraient avoisiner 60 à 70 millions de barils, pour un marché mondial qui dépasse les 80 millions de barils par jour. Sur les 50 millions de barils vendus par les Etats-Unis, 32 millions devront être reconstitués à plus long terme, ce qui ne fait que reporter le problème, selon la Maison-Blanche. Quant à la production américaine de pétrole de schiste, elle redémarre, avec une hausse continue du nombre de puits. Mais redémarrer un puits prend plusieurs mois et les effets sur l’offre mondiale devraient se vérifier surtout en 2022.

Réaction incertaine de l'Opep

Reste à voir surtout la réaction que l’Opep+ adoptera. Le 2 décembre, les pays exportateurs de pétrole se retrouvent pour leur réunion mensuelle. Il n’est pas certain qu’ils obtempèrent aux demandes américaines d’augmenter leur production. La nouvelle vague de Covid en Europe conforte leurs craintes « Si le mouvement est considéré comme agressif par l'Opep+, le groupe pourrait en théorie réduire l'offre pour maintenir ses bénéfices », pronostique Rystad Energie, qui anticipe « une partie de poker » dans les prochains mois.

Les automobilistes outre-atlantiques vont de toute évidence devoir patienter. Aux Etats-Unis, le week-end de Thanksgiving est un des grands chassés croisés annuels sur les routes américaines. « La réalité, c’est que l’annonce de Joe Biden pourrait ne rien changer ou ne changer le prix du carburant à la pompe qu’avec retard », pointe Rystad en rappelant qu’il faudra encore augmenter le raffinage.

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